
Mis à jour le 03 juillet 2026 par Ludovic
Le RAROC (de l'anglais Risk-Adjusted Return On Capital, ou rendement du capital ajusté au risque) est un indicateur financier utilisé par les banques, les sociétés d'investissement et les entreprises pour mesurer la rentabilité d'une activité en tenant compte du risque qu'elle fait courir. Plutôt que de regarder uniquement le profit généré, il rapporte ce profit au capital nécessaire pour couvrir les pertes potentielles.
Cet outil permet d'évaluer sur une base cohérente la performance d'un portefeuille, d'une unité commerciale ou d'une entreprise entière, même lorsque leurs profils de risque sont très différents. C'est aujourd'hui un pilier de la gestion du risque et de l'allocation de capital dans le secteur bancaire.
Points clés à retenir
Le RAROC est un cadre de mesure de la rentabilité basé sur le risque. Son objectif est simple : répondre à la question « ce profit vaut-il le risque pris pour l'obtenir ? »
Historiquement, il a été développé à la fin des années 1970 au sein de la banque américaine Bankers Trust, sous l'impulsion de Charles Sanford et du concepteur Dan Borge. D'abord limité aux activités de marché, il a ensuite été étendu à l'ensemble des métiers bancaires. En France, il a été adopté à partir de 1995 par Paribas et le Crédit Lyonnais, puis par la Société Générale et la BNP à la fin des années 1990, dans le sillage de la réglementation bancaire de l'époque.
L'idée centrale est de remplacer une vision comptable de la rentabilité (comme le ROE) par une vision économique, qui intègre à la fois les pertes attendues et le capital réellement mobilisé pour faire face aux risques.
On rencontre le RAROC sous deux formes, selon le degré de précision recherché.
La formule conceptuelle, la plus répandue pour l'enseignement :
RAROC = Rendement attendu ÷ Capital économique
Le rendement attendu correspond au profit espéré de l'investissement ; le capital économique au montant nécessaire pour couvrir les pertes potentielles compte tenu du risque.
La formule bancaire complète, utilisée en pratique dans les établissements financiers :
RAROC = (Revenus − Coûts d'exploitation − Pertes attendues) ÷ Capital économique
Le numérateur est le résultat net ajusté au risque : la marge, après déduction des charges et des pertes moyennes anticipées. Le dénominateur reste le capital économique, qui couvre les pertes exceptionnelles.
Le résultat s'exprime en pourcentage. Plus le RAROC est élevé, meilleure est la rentabilité pour un niveau de risque donné.
Trois grandeurs structurent le calcul :
La distinction entre pertes attendues (couvertes par les provisions et intégrées au numérateur) et pertes inattendues (couvertes par le capital économique au dénominateur) est au cœur de la logique du RAROC.
Supposons qu'une banque accorde un prêt et souhaite en mesurer la rentabilité ajustée au risque. Les données sont les suivantes :
| Élément | Montant |
|---|---|
| Revenus (marge d'intérêt + commissions) | 150 000 € |
| Coûts d'exploitation et de financement | − 20 000 € |
| Pertes attendues (PD × LGD × EAD) | − 10 000 € |
| Résultat net ajusté au risque | 120 000 € |
| Capital économique requis | 1 000 000 € |
Le calcul devient :
RAROC = 120 000 € ÷ 1 000 000 € = 0,12 soit 12 %
Le prêt génère un rendement de 12 % sur le capital économique mobilisé.
Ce résultat de 12 % n'a de sens qu'une fois comparé au taux seuil de la banque, ce qui nous amène au hurdle rate.
Un RAROC isolé ne dit pas grand-chose. Pour l'interpréter, on le compare à un hurdle rate, ou taux de rentabilité minimal exigé. Ce seuil correspond généralement au coût des fonds propres de l'établissement ou à son coût moyen pondéré du capital (WACC), souvent situé autour de 10 %.
Dans notre exemple, un RAROC de 12 % face à un coût des fonds propres de 10 % signale une opération créatrice de valeur. Si le seuil exigé avait été de 15 %, la même opération aurait au contraire été jugée insuffisamment rentable au regard du risque.
Attention à ne pas confondre hurdle (le minimum requis pour ne pas détruire de valeur) et cible (l'objectif moyen de performance visé pour une activité).
Les banques utilisent le RAROC pour déterminer la rentabilité de leurs prêts et de leurs investissements. En intégrant la solvabilité des emprunteurs et le risque de défaut, il leur permet de fixer le prix de leurs produits en fonction du risque encouru plutôt que sur une base uniforme.
Les gestionnaires de portefeuille appliquent le RAROC pour répartir efficacement les actifs. En mesurant le rendement par rapport au capital-risque, ils identifient les investissements offrant les meilleurs rendements corrigés du risque et optimisent la performance globale.
Au-delà du secteur bancaire, le RAROC sert à évaluer des projets et des opportunités d'investissement. Il aide à déterminer si le rendement potentiel d'un projet justifie les risques et le capital alloué, et facilite l'attribution de bonus aux unités selon leur performance ajustée au risque.
Le RAROC appartient à la famille des RAPM (Risk-Adjusted Performance Measures), des mesures dérivées du ROE mais corrigées du risque. Elles se distinguent par l'endroit où l'ajustement s'applique.
| Indicateur | Ajustement du risque | Principe |
|---|---|---|
| RAROC | Numérateur uniquement | On déduit une prime de risque (les pertes attendues) du résultat, rapporté au capital. |
| RORAC | Dénominateur uniquement | On rapporte le résultat non ajusté au capital corrigé du risque (capital économique). En pratique, RORAC = P&L ÷ VaR. |
| RARORAC | Numérateur et dénominateur | On ajuste à la fois le résultat et le capital. C'est la mesure la plus complète, associée à la notion de « profit économique ». |
Une nuance importante : le RORAC s'appuie souvent sur le capital réglementaire (défini par les accords de Bâle), tandis que le RAROC privilégie le capital économique propre à l'entreprise. Des extensions du modèle ont d'ailleurs été proposées pour réconcilier ces deux visions.
Le RAROC est souvent comparé au retour sur investissement (ROI) et au retour sur fonds propres (ROE). Sa force tient à l'intégration explicite du risque.
| Critère | ROI / ROE | RAROC |
|---|---|---|
| Prise en compte du risque | Non | Oui (pertes attendues + capital économique) |
| Base de capital | Capital comptable / fonds propres | Capital économique |
| Comparaison entre activités risquées | Peu fiable | Cohérente |
| Usage principal | Rentabilité globale | Tarification, allocation de capital, pilotage du risque |
Contrairement au ROI, qui ignore le risque, le RAROC offre une vision plus complète. Le ROE mesure quant à lui la rentabilité des capitaux propres, mais sans corriger du risque, là où le RAROC le fait explicitement.
Bien que conçu pour les banques, l'esprit du RAROC est précieux pour tout investisseur. La plupart des traders débutants échouent en prenant des risques trop importants : lorsqu'ils gagnent, ils ne conservent pas longtemps leurs profits.
Il est pratiquement impossible d'obtenir un succès constant en trading sans un contrôle rigoureux du risque. Le principe fondamental du RAROC, maximiser le rendement par unité de risque tout en maintenant le portefeuille dans des paramètres acceptables, s'applique donc directement.
Un particulier n'a pas de capital économique bancaire, mais des mesures comme le ratio de Sharpe ou le rendement rapporté au capital réellement exposé jouent un rôle équivalent : elles obligent à raisonner en performance ajustée au risque plutôt qu'en gain brut.
En rapport :
Le RAROC est un outil de référence pour évaluer la rentabilité des investissements et des activités commerciales avec une vision intégrée du risque. En rapportant un résultat corrigé des pertes attendues au capital économique, il offre un cadre cohérent pour la tarification, l'allocation de capital et le pilotage de la performance.
Son efficacité dépend toutefois de la qualité de la mesure du risque et des hypothèses retenues pour le capital économique. Bien utilisé, il transforme la question « combien avons-nous gagné ? » en une question bien plus utile : « combien avons-nous gagné au regard du risque pris ? », un réflexe précieux, du banquier au trader particulier.
Avertissement : Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.
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