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RAROC : le rendement du capital ajusté au risque

Rendement du capital ajusté au risque (RAROC)

Mis à jour le 03 juillet 2026 par Ludovic

Le RAROC (de l'anglais Risk-Adjusted Return On Capital, ou rendement du capital ajusté au risque) est un indicateur financier utilisé par les banques, les sociétés d'investissement et les entreprises pour mesurer la rentabilité d'une activité en tenant compte du risque qu'elle fait courir. Plutôt que de regarder uniquement le profit généré, il rapporte ce profit au capital nécessaire pour couvrir les pertes potentielles.

Cet outil permet d'évaluer sur une base cohérente la performance d'un portefeuille, d'une unité commerciale ou d'une entreprise entière, même lorsque leurs profils de risque sont très différents. C'est aujourd'hui un pilier de la gestion du risque et de l'allocation de capital dans le secteur bancaire.

Points clés à retenir

  • Formule simplifiée : RAROC = rendement attendu ÷ capital économique.
  • Formule bancaire complète : RAROC = (revenus − coûts − pertes attendues) ÷ capital économique.
  • Le capital économique correspond aux fonds propres nécessaires pour absorber les pertes inattendues à un niveau de confiance élevé (99,9 % par exemple).
  • Le RAROC se compare à un hurdle rate (taux seuil) : au-dessus, l'activité crée de la valeur ; en dessous, elle en détruit.
  • Il fait partie de la famille des indicateurs RAPM, aux côtés du RORAC et du RARORAC.

Qu'est-ce que le RAROC ?

Le RAROC est un cadre de mesure de la rentabilité basé sur le risque. Son objectif est simple : répondre à la question « ce profit vaut-il le risque pris pour l'obtenir ? »

Historiquement, il a été développé à la fin des années 1970 au sein de la banque américaine Bankers Trust, sous l'impulsion de Charles Sanford et du concepteur Dan Borge. D'abord limité aux activités de marché, il a ensuite été étendu à l'ensemble des métiers bancaires. En France, il a été adopté à partir de 1995 par Paribas et le Crédit Lyonnais, puis par la Société Générale et la BNP à la fin des années 1990, dans le sillage de la réglementation bancaire de l'époque.

L'idée centrale est de remplacer une vision comptable de la rentabilité (comme le ROE) par une vision économique, qui intègre à la fois les pertes attendues et le capital réellement mobilisé pour faire face aux risques.

Formule du RAROC

On rencontre le RAROC sous deux formes, selon le degré de précision recherché.

La formule conceptuelle, la plus répandue pour l'enseignement :

RAROC = Rendement attendu ÷ Capital économique

Le rendement attendu correspond au profit espéré de l'investissement ; le capital économique au montant nécessaire pour couvrir les pertes potentielles compte tenu du risque.

La formule bancaire complète, utilisée en pratique dans les établissements financiers :

RAROC = (Revenus − Coûts d'exploitation − Pertes attendues) ÷ Capital économique

Le numérateur est le résultat net ajusté au risque : la marge, après déduction des charges et des pertes moyennes anticipées. Le dénominateur reste le capital économique, qui couvre les pertes exceptionnelles.

Le résultat s'exprime en pourcentage. Plus le RAROC est élevé, meilleure est la rentabilité pour un niveau de risque donné.

Les composantes du RAROC

Trois grandeurs structurent le calcul :

Le résultat ajusté au risque
La marge (intérêts et commissions) diminuée des coûts d'exploitation et des pertes attendues. C'est le profit « nettoyé » du risque moyen déjà anticipé.
Les pertes attendues (Expected Loss)
Le coût moyen du risque, calculé comme EL = PD × LGD × EAD : probabilité de défaut, perte en cas de défaut et exposition au moment du défaut.
Le capital économique
Les fonds propres nécessaires pour absorber les pertes inattendues à un seuil de confiance élevé (99,9 % par exemple). Il dépend des critères internes de l'entreprise, non du régulateur.

La distinction entre pertes attendues (couvertes par les provisions et intégrées au numérateur) et pertes inattendues (couvertes par le capital économique au dénominateur) est au cœur de la logique du RAROC.

Exemple de calcul du RAROC

Supposons qu'une banque accorde un prêt et souhaite en mesurer la rentabilité ajustée au risque. Les données sont les suivantes :

ÉlémentMontant
Revenus (marge d'intérêt + commissions)150 000 €
Coûts d'exploitation et de financement− 20 000 €
Pertes attendues (PD × LGD × EAD)− 10 000 €
Résultat net ajusté au risque120 000 €
Capital économique requis1 000 000 €

Le calcul devient :

RAROC = 120 000 € ÷ 1 000 000 € = 0,12 soit 12 %

Le prêt génère un rendement de 12 % sur le capital économique mobilisé.

Ce résultat de 12 % n'a de sens qu'une fois comparé au taux seuil de la banque, ce qui nous amène au hurdle rate.

Le hurdle rate : comment interpréter le RAROC

Un RAROC isolé ne dit pas grand-chose. Pour l'interpréter, on le compare à un hurdle rate, ou taux de rentabilité minimal exigé. Ce seuil correspond généralement au coût des fonds propres de l'établissement ou à son coût moyen pondéré du capital (WACC), souvent situé autour de 10 %.

RAROC > hurdle rate
  • L'activité crée de la valeur pour l'actionnaire.
  • Elle mérite qu'on lui alloue davantage de capital.
  • Le prix pratiqué couvre bien le risque pris.
RAROC < hurdle rate
  • L'activité détruit de la valeur malgré un profit apparent.
  • Il faut la restructurer, la repricer ou réduire l'exposition.
  • Le capital serait mieux employé ailleurs.

Dans notre exemple, un RAROC de 12 % face à un coût des fonds propres de 10 % signale une opération créatrice de valeur. Si le seuil exigé avait été de 15 %, la même opération aurait au contraire été jugée insuffisamment rentable au regard du risque.

Attention à ne pas confondre hurdle (le minimum requis pour ne pas détruire de valeur) et cible (l'objectif moyen de performance visé pour une activité).

Comment calculer le RAROC étape par étape

1
Calculer les revenus de l'activité
Additionnez la marge d'intérêt et les commissions générées par l'opération, le portefeuille ou l'unité analysée sur la période retenue.
2
Estimer les pertes attendues
Multipliez la probabilité de défaut (PD) par la perte en cas de défaut (LGD) et par l'exposition au moment du défaut (EAD) : EL = PD × LGD × EAD.
3
Déduire les coûts d'exploitation
Soustrayez des revenus les coûts opérationnels et de financement, ainsi que les pertes attendues, pour obtenir le résultat net ajusté au risque.
4
Déterminer le capital économique
Estimez le capital nécessaire pour absorber les pertes inattendues à un niveau de confiance élevé (par exemple 99,9 % sur un an).
5
Calculer le ratio RAROC
Divisez le résultat net ajusté au risque par le capital économique. Le résultat, en pourcentage, correspond au RAROC.
6
Comparer au hurdle rate
Confrontez le RAROC au taux seuil (coût des fonds propres ou WACC). S'il est supérieur, l'activité crée de la valeur.

Les applications du RAROC

Banques et institutions financières

Les banques utilisent le RAROC pour déterminer la rentabilité de leurs prêts et de leurs investissements. En intégrant la solvabilité des emprunteurs et le risque de défaut, il leur permet de fixer le prix de leurs produits en fonction du risque encouru plutôt que sur une base uniforme.

Portefeuilles d'investissement

Les gestionnaires de portefeuille appliquent le RAROC pour répartir efficacement les actifs. En mesurant le rendement par rapport au capital-risque, ils identifient les investissements offrant les meilleurs rendements corrigés du risque et optimisent la performance globale.

Prise de décision au sein de l'entreprise

Au-delà du secteur bancaire, le RAROC sert à évaluer des projets et des opportunités d'investissement. Il aide à déterminer si le rendement potentiel d'un projet justifie les risques et le capital alloué, et facilite l'attribution de bonus aux unités selon leur performance ajustée au risque.

RAROC, RORAC et RARORAC : les indicateurs RAPM

Le RAROC appartient à la famille des RAPM (Risk-Adjusted Performance Measures), des mesures dérivées du ROE mais corrigées du risque. Elles se distinguent par l'endroit où l'ajustement s'applique.

IndicateurAjustement du risquePrincipe
RAROCNumérateur uniquementOn déduit une prime de risque (les pertes attendues) du résultat, rapporté au capital.
RORACDénominateur uniquementOn rapporte le résultat non ajusté au capital corrigé du risque (capital économique). En pratique, RORAC = P&L ÷ VaR.
RARORACNumérateur et dénominateurOn ajuste à la fois le résultat et le capital. C'est la mesure la plus complète, associée à la notion de « profit économique ».

Une nuance importante : le RORAC s'appuie souvent sur le capital réglementaire (défini par les accords de Bâle), tandis que le RAROC privilégie le capital économique propre à l'entreprise. Des extensions du modèle ont d'ailleurs été proposées pour réconcilier ces deux visions.

RAROC face au ROI et au ROE

Le RAROC est souvent comparé au retour sur investissement (ROI) et au retour sur fonds propres (ROE). Sa force tient à l'intégration explicite du risque.

CritèreROI / ROERAROC
Prise en compte du risqueNonOui (pertes attendues + capital économique)
Base de capitalCapital comptable / fonds propresCapital économique
Comparaison entre activités risquéesPeu fiableCohérente
Usage principalRentabilité globaleTarification, allocation de capital, pilotage du risque

Contrairement au ROI, qui ignore le risque, le RAROC offre une vision plus complète. Le ROE mesure quant à lui la rentabilité des capitaux propres, mais sans corriger du risque, là où le RAROC le fait explicitement.

Le RAROC expliqué en vidéo

Avantages et limites du RAROC

Avantages
  • Encourage une culture de la prise de conscience et de la gestion du risque.
  • Soutient la planification stratégique et l'alignement sur l'appétit pour le risque.
  • Permet une comparaison équitable d'unités aux profils de risque variés.
  • Améliore l'allocation du capital vers les opportunités les plus rentables ajustées au risque.
Limites
  • La détermination du capital économique est complexe.
  • Un calcul précis exige des données de haute qualité, pas toujours disponibles.
  • Les modèles de risque comportent une part de subjectivité.
  • Utiliser le capital réglementaire comme approximation peut fausser le résultat.

Le RAROC pour les traders particuliers

Bien que conçu pour les banques, l'esprit du RAROC est précieux pour tout investisseur. La plupart des traders débutants échouent en prenant des risques trop importants : lorsqu'ils gagnent, ils ne conservent pas longtemps leurs profits.

Il est pratiquement impossible d'obtenir un succès constant en trading sans un contrôle rigoureux du risque. Le principe fondamental du RAROC, maximiser le rendement par unité de risque tout en maintenant le portefeuille dans des paramètres acceptables, s'applique donc directement.

Un particulier n'a pas de capital économique bancaire, mais des mesures comme le ratio de Sharpe ou le rendement rapporté au capital réellement exposé jouent un rôle équivalent : elles obligent à raisonner en performance ajustée au risque plutôt qu'en gain brut.

En rapport :

Conclusion

Le RAROC est un outil de référence pour évaluer la rentabilité des investissements et des activités commerciales avec une vision intégrée du risque. En rapportant un résultat corrigé des pertes attendues au capital économique, il offre un cadre cohérent pour la tarification, l'allocation de capital et le pilotage de la performance.

Son efficacité dépend toutefois de la qualité de la mesure du risque et des hypothèses retenues pour le capital économique. Bien utilisé, il transforme la question « combien avons-nous gagné ? » en une question bien plus utile : « combien avons-nous gagné au regard du risque pris ? », un réflexe précieux, du banquier au trader particulier.

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FAQ - Questions fréquentes

Qu'est-ce que le RAROC ?
Le RAROC (Risk-Adjusted Return On Capital) est un indicateur de rentabilité ajustée au risque. Il rapporte le résultat net d'une activité, diminué des pertes attendues, au capital économique nécessaire pour couvrir les pertes inattendues. Il permet de comparer des activités aux profils de risque très différents.
Comment se calcule le RAROC ?
Le RAROC se calcule en divisant le résultat net ajusté au risque (revenus moins coûts d'exploitation moins pertes attendues) par le capital économique. En version simplifiée, on écrit : RAROC = rendement attendu ÷ capital économique.
Quelle est la différence entre le RAROC et le ROE ?
Le ROE mesure la rentabilité des capitaux propres comptables sans tenir compte du risque. Le RAROC ajuste le numérateur en déduisant les pertes attendues et remplace les capitaux propres comptables par le capital économique, ce qui reflète le risque réel de l'activité.
Qu'est-ce que le capital économique ?
Le capital économique est le montant de fonds propres qu'une institution doit détenir pour absorber les pertes inattendues à un niveau de confiance élevé, par exemple 99,9 % sur un horizon d'un an. Contrairement au capital réglementaire, il dépend des critères internes de risque de l'entreprise.
Qu'est-ce que le hurdle rate en RAROC ?
Le hurdle rate est le taux de rentabilité minimal exigé. On compare le RAROC à ce seuil, souvent le coût des fonds propres ou le WACC. Si le RAROC dépasse le hurdle rate, l'activité crée de la valeur ; sinon, elle en détruit.
Quelle différence entre RAROC, RORAC et RARORAC ?
Le RAROC ajuste le numérateur (le résultat) en déduisant une prime de risque. Le RORAC ajuste le dénominateur en utilisant le capital ajusté au risque. Le RARORAC ajuste les deux à la fois, ce qui en fait la mesure la plus complète.
Comment calcule-t-on les pertes attendues ?
La perte attendue (Expected Loss) se calcule en multipliant trois paramètres : la probabilité de défaut (PD), la perte en cas de défaut (LGD) et l'exposition au moment du défaut (EAD). Formule : EL = PD × LGD × EAD.
Un RAROC de 15 % est-il bon ?
Cela dépend du hurdle rate. Un RAROC de 15 % est favorable si le coût des fonds propres se situe autour de 10 %, car l'activité crée alors de la valeur. En revanche, si le seuil exigé est supérieur à 15 %, l'opération détruit de la valeur malgré un rendement en apparence élevé.
Le RAROC est-il utile pour un trader particulier ?
Oui, dans l'esprit. Un trader n'a pas de capital économique bancaire, mais le principe de maximiser le rendement par unité de risque reste central. Des mesures comme le ratio de Sharpe ou le rendement rapporté au capital réellement exposé remplissent un rôle similaire.
Qui a inventé le RAROC ?
Le RAROC a été développé à la fin des années 1970 au sein de Bankers Trust, sous l'impulsion de Charles Sanford et du concepteur Dan Borge. En France, il a été adopté à partir de 1995 par Paribas et le Crédit Lyonnais, puis par la Société Générale et la BNP.

Avertissement : Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.

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