
Mis à jour le 04 juillet 2026 par Ludovic
Le modèle H (ou H-Model) est une méthode avancée d'actualisation des dividendes que les investisseurs et les analystes utilisent pour estimer la valeur intrinsèque d'une action versant des dividendes.
Contrairement aux modèles plus simples, le modèle H tient compte d'une baisse progressive et linéaire du taux de croissance des dividendes, ce qui le rend souvent plus réaliste : la plupart des entreprises voient en effet leur croissance ralentir graduellement plutôt que chuter brutalement d'une année à l'autre.
Points clés à retenir
Le modèle H est un modèle d'évaluation qui découle du modèle d'actualisation des dividendes. Son principe : la valeur d'une action correspond à la somme actualisée de tous ses dividendes futurs.
Sa particularité tient à la manière dont il traite la croissance. Là où le dividende d'une entreprise mature progresse à un rythme régulier, celui d'une société en forte expansion croît d'abord vite, puis ralentit à mesure que l'entreprise gagne en taille et que son avantage concurrentiel s'érode. Le modèle H capture précisément ce ralentissement graduel.
Pourquoi « H » ?
La lettre H désigne la demi-vie (« half-life ») de la période de forte croissance, c'est-à-dire la moitié de la durée pendant laquelle le taux de croissance décline avant de se stabiliser.
Le modèle H fonctionne en deux phases distinctes qui, ensemble, décrivent le cycle de vie du dividende d'une entreprise.
Au cours de la première phase, le taux de croissance des dividendes diminue chaque année de façon linéaire. Par exemple, la croissance d'une société peut reculer de 2 % par an pendant trois ans, passant de 15 % à 9 %. Cette phase de transition est le cœur de ce qui distingue le modèle H des autres modèles d'actualisation.
La deuxième phase reprend le modèle de croissance de Gordon. Une fois la transition achevée, le taux de croissance des dividendes se stabilise et se maintient indéfiniment à ce niveau. Dans notre exemple, il serait ramené à 7 % puis conservé à perpétuité.
À retenir : La phase 1 apporte la valeur « supplémentaire » liée à la forte croissance, tandis que la phase 2 fournit le socle de valeur que l'action aurait même sans période d'accélération.
La formule d'évaluation des fonds propres d'une entreprise selon le modèle H s'écrit :
Valeur = D0 × (1 + gL) / (r − gL) + D0 × H × (gS − gL) / (r − gL)
Avec :
La formule se lit en deux blocs. Le premier terme, D0 × (1 + gL) / (r − gL), correspond à la valeur de l'action s'il n'existait aucune phase de forte croissance : c'est exactement le modèle de Gordon. Le second terme, D0 × H × (gS − gL) / (r − gL), ajoute la valeur créée par l'excédent de croissance pendant la phase de transition.
Condition indispensable : Le taux de croissance de long terme (gL) doit toujours rester inférieur au taux de rendement exigé (r). Si gL ≥ r, le dénominateur (r − gL) devient nul ou négatif et la formule renvoie une valeur infinie ou négative sans signification.
Prenons l'évaluation des fonds propres d'une entreprise fictive X avec les données suivantes :
On convertit d'abord les pourcentages en décimales : r = 0,08 ; gL = 0,05 ; gS = 0,12. Puis on substitue dans la formule :
Valeur = 25 × (1 + 0,05) / (0,08 − 0,05) + 25 × 2,5 × (0,12 − 0,05) / (0,08 − 0,05)
Composante 1 (croissance stable) = 25 × 1,05 / 0,03 = 26,25 / 0,03 = 875 $
Composante 2 (forte croissance) = 25 × 2,5 × 0,07 / 0,03 = 4,375 / 0,03 = 145,83 $
Valeur totale = 875 + 145,83 = 1 020,83 $
Sur la base de ces hypothèses, la valeur d'une action de l'entreprise X ressort donc à environ 1 020,83 $. On voit clairement que la phase de forte croissance ajoute près de 146 $ à la valeur « de base » de 875 $ qu'aurait l'action en régime de croissance stable.
Le modèle H se situe entre deux approches plus classiques. Le tableau ci-dessous résume leurs différences.
| Critère | Modèle de Gordon | Modèle à deux étapes | Modèle H |
|---|---|---|---|
| Croissance des dividendes | Constante à l'infini | Élevée puis chute brutale vers un taux stable | Élevée puis baisse linéaire vers un taux stable |
| Transition | Aucune | Brutale (saut d'une année sur l'autre) | Progressive et lissée |
| Réalisme | Limité (croissance figée) | Moyen (rupture jugée peu crédible) | Plus élevé dans la plupart des cas |
| Complexité | Très faible | Moyenne | Modérée |
| Usage idéal | Entreprises matures et stables | Sociétés en fin de phase de croissance | Sociétés dont la croissance ralentit graduellement |
La grande faiblesse du modèle à deux étapes est qu'il suppose qu'une entreprise réalise, par exemple, 12 % de croissance la dernière année de la première phase puis retombe soudainement à 5 % l'année suivante. Cette rupture est jugée peu crédible par de nombreux analystes. En lissant la transition, le modèle H offre une représentation généralement plus fidèle du ralentissement réel des entreprises.
Voici la marche à suivre pour valoriser une action à dividende avec le modèle H.
Comme tout modèle d'évaluation, le modèle H présente des atouts et des faiblesses qu'il faut garder à l'esprit avant de s'appuyer sur son résultat.
En corrigeant une idée reçue : le modèle H ne suppose pas une croissance constante des dividendes sur toute la durée. C'est justement le reproche adressé au modèle de Gordon, que le modèle H cherche à dépasser en introduisant une phase de transition. Sa véritable limite tient à l'hypothèse de linéarité de cette transition et à sa forte sensibilité aux taux retenus.
CFA Niveau 2 | Évaluation des actions : modèle d'actualisation des dividendes (modèle H)
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