Mis à jour le 28 juillet 2026 par Ludovic
Un cycle est un événement récurrent, un sommet ou un creux de prix, qui se répète à intervalles relativement réguliers. Il en existe dans la nature, dans l'économie et sur les marchés financiers. La théorie des cycles affirme que des forces cycliques, à l'achat comme à la vente, rythment les mouvements de prix. En pratique, l'analyse cyclique cherche à anticiper les points de basculement du marché : on utilise généralement les creux pour mesurer la durée d'un cycle, puis on projette les creux suivants dans le futur.
Cet article aborde les cycles sous deux angles complémentaires : d'abord le cycle économique (la dimension macroéconomique qui explique les grandes phases de croissance et de récession), puis le cycle boursier (la dimension technique, avec les indicateurs et outils qui permettent de repérer les cycles sur un graphique). Comprendre l'un aide à mieux exploiter l'autre.
Un cycle de marché correspond à une alternance répétitive de phases de hausse et de baisse autour d'un mouvement de fond. Bien qu'il existe des preuves de leur existence, les cycles évoluent dans le temps et peuvent même s'effacer temporairement. Cela peut paraître déroutant, mais les tendances fonctionnent exactement de la même façon : elles ne sont pas toujours actives, disparaissent lorsque le marché entre en range et s'inversent quand les prix changent de direction.
Il ne faut donc pas attendre de l'analyse cyclique qu'elle désigne clairement chaque haut et chaque bas. Elle doit être utilisée en complément des autres outils de l'analyse technique pour anticiper les zones de retournement, jamais comme une boule de cristal.
En science économique, un cycle décompose les fluctuations de l'activité en une succession de phases identifiables qui se répètent de façon ordonnée. On distingue classiquement quatre phases successives, illustrées par le schéma en haut de page.
Contrairement à ce que l'on lit parfois dans d'anciens manuels, la France ne s'est pas arrêtée à la récession de 1993. Selon l'INSEE et le Comité de datation des cycles de l'économie française (CDCEF, créé en 2020 sous l'égide de l'AFSE), le pays a connu quatre récessions majeures depuis 1945 : 1975 (−0,9 %, choc pétrolier), 1993 (−0,6 %, crise du Système monétaire européen), 2009 (−2,9 %, crise des subprimes) et 2020 (−7,5 %, pandémie de Covid-19). Cette dernière fut la plus brève (deux trimestres) mais de loin la plus violente en amplitude.
La notion de cycle recouvre en réalité un ensemble de cycles de périodicités différentes qui s'imbriquent les uns dans les autres. Plusieurs économistes en ont mis en évidence les principales strates :
| Cycle | Durée approximative | Moteur principal |
|---|---|---|
| Tendances séculaires (Trends) | ~100 ans | Grandes phases historiques longues (travaux de Fernand Braudel). |
| Kondratiev (cycle long) | ~40 à 60 ans | Diffusion des grandes vagues d'innovation ; la phase de ralentissement traduit l'épuisement de leur impact. |
| Juglar (cycle classique) | 6 à 11 ans | Cycles d'investissement et de crédit ; comportement à court/moyen terme des agents. |
| Kitchin (cycle court) | ~40 mois | Variations des stocks de produits finis des entreprises. |
| Cycles saisonniers | < 1 an | Variations liées à des secteurs particuliers (agriculture, tourisme, etc.). |
Ces cycles ne s'excluent pas : un cycle Kitchin s'inscrit dans un cycle Juglar, lui-même intégré dans une onde de Kondratiev. Cet emboîtement se retrouve directement en analyse technique, où l'on parle d'harmoniques (voir plus bas).
On attribue généralement l'apparition des cycles à trois grandes familles de causes :
Comprendre ces cycles a une portée pratique : c'est notamment pour les lisser que les États et les banques centrales interviennent. En juillet 2026, la BCE maintient par exemple un taux de dépôt de 2,25 % (après une hausse en juin 2026 destinée à contenir l'inflation), tandis que la Réserve fédérale évolue autour de 3,75-4,00 %. Ces décisions de politique monétaire figurent parmi les principaux moteurs des cycles boursiers et de l'analyse fondamentale.
Le schéma ci-dessous représente un cycle parfait de 100 jours. Le premier sommet est à 25 jours, le second à 125 jours (125 − 25 = 100). Le premier creux est à 75 jours, le second à 175 jours (à nouveau 100 jours plus tard). La courbe croise l'axe des abscisses à 50, 100 et 150 jours, soit un demi-cycle tous les 50 jours.

Ce n'est bien sûr qu'une description idéale : la plupart des cycles réels sont beaucoup moins réguliers.
Durée du cycle : on mesure généralement la longueur entre deux creux, puis on la projette dans le futur. Le sommet est attendu quelque part entre deux creux.
Décalage (translation) : un cycle culmine rarement pile en son milieu. Le décalage à droite (right translation), sommet dans la seconde moitié du cycle, est typique des marchés haussiers. Le décalage à gauche, sommet dans la première moitié, signale plutôt un marché baissier. Les prix montent donc plus tard en marché haussier et plus tôt en marché baissier.
Harmoniques : les grands cycles se divisent en cycles plus petits et proportionnels. Un cycle de 40 semaines se scinde en deux cycles de 20 semaines, eux-mêmes divisibles en cycles de 10 semaines et inversement.
Emboîtement (nesting) : un creux est renforcé lorsque plusieurs cycles pointent simultanément vers un point bas. Quand les cycles de 10, 20 et 40 semaines forment un creux au même moment, le signal est bien plus fiable.
Inversion : il arrive qu'un sommet survienne là où un creux était attendu (ou l'inverse), parce qu'un demi-cycle est écrasé ou sauté. Un creux peut être quasi inexistant dans une forte tendance haussière. Les inversions sont plus fréquentes sur les cycles courts que sur les cycles longs.
Les points d'un graphique se répartissent en trois catégories : données de tendance (mouvement directionnel soutenu, à la hausse ou à la baisse), données cycliques (écarts récurrents de part et d'autre de la moyenne) et données aléatoires (le bruit du marché, lié à la volatilité intraday ou quotidienne).
Isoler un cycle revient donc à retirer la tendance et le bruit :
Voici une méthode progressive pour identifier et exploiter un cycle. Les outils « Lignes de cycles » évoqués sont disponibles sur les plateformes MetaTrader 4 et MetaTrader 5.
Sur une échelle arithmétique, une hausse de 100 à 200 (+100 %) occupe le même espace qu'une hausse de 300 à 400 (+33 %). L'échelle logarithmique corrige ce biais et rend les variations en pourcentage comparables sur longue période, indispensable pour repérer les cycles.

Une moyenne mobile simple de 5 jours suffit souvent à effacer le bruit aléatoire et à faire ressortir les creux de réaction, surtout quand la volatilité est élevée.

Le DPO retire la tendance d'une série de prix pour ne conserver que la composante cyclique. Il repose sur une moyenne mobile centrée, c'est-à-dire décalée vers la gauche (dans le passé) d'un facteur (N/2 + 1).
Un DPO de 20 jours s'appuie ainsi sur une moyenne mobile de 20 jours décalée de 11 jours [(20/2 + 1) = 11]. Le DPO correspond alors au cours de clôture moins la valeur de cette moyenne mobile décalée. L'oscillateur obtenu reflète les écarts de prix au-dessus et en dessous de la moyenne, et se termine avant le dernier cours puisqu'il est aligné sur la moyenne décalée. On règle sa période sur la durée du cycle recherché.
Sur l'exemple ci-dessous, le S&P 500 est affiché en échelle logarithmique, représenté par une moyenne mobile simple de 5 jours décalée de 3 jours (au centre de la période). L'analyse visuelle suggère un cycle d'environ trois mois : le DPO est donc réglé à 65 jours pour le confirmer. Il devient négatif tous les quelques mois, validant la périodicité. Les flèches indiquent les estimations initiales du cycle de 65 jours ; l'outil « Lignes de cycles » les projette ensuite uniformément dans le futur.

Le cycle présidentiel repose sur les quatre années du mandat présidentiel américain. Il n'a rien d'infaillible, mais il a donné des résultats intéressants sur les dernières décennies. En moyenne, le S&P 500 progresse davantage dans la seconde moitié du mandat que dans la première :
Dans le mandat en cours, 2025 correspond à l'année 1 (le S&P 500 a tout de même gagné environ +18 % malgré l'épisode de correction lié aux droits de douane au printemps), 2026 à l'année de mi-mandat, traditionnellement la plus volatile, et 2027 à l'année préélectorale, statistiquement la plus favorable. Comme tout schéma saisonnier, ce cycle reste une tendance moyenne, à confirmer par le contexte réel plutôt qu'à suivre aveuglément.

Yale Hirsch, fondateur du Stock Trader's Almanac, a mis en évidence un cycle saisonnier de six mois. La période novembre-avril tend à être plus favorable aux actions que la période mai-octobre, d'où l'adage anglo-saxon « Sell in May and go away ». Sy Harding a combiné ce cycle de six mois avec le cycle présidentiel et y a ajouté un indicateur MACD pour affiner le timing : acheter lorsque les deux cycles sont favorables et que la MACD passe positive, vendre lorsqu'ils sont défavorables et que la MACD devient négative. C'est un bon exemple d'association de plusieurs cycles avec un indicateur de confirmation.
Le cycle économique se traduit très concrètement dans l'allocation de portefeuille via la rotation sectorielle : les capitaux se déplacent d'un secteur à l'autre selon la phase du cycle, chaque secteur ne réagissant pas de la même façon à la conjoncture. Ce cadre est notamment formalisé par le modèle « Business Cycle Approach to Sector Investing » de Fidelity.
| Phase du cycle | Secteurs favorisés | Logique |
|---|---|---|
| Reprise / début d'expansion | Financières, technologie, industrie | Sensibles au redémarrage de la croissance et à la baisse des taux. |
| Expansion mature | Consommation discrétionnaire, matériaux, énergie | Profitent de la hausse de la demande et de la production. |
| Fin de cycle / surchauffe | Matières premières, secteurs défensifs, obligations de qualité | Les tensions inflationnistes et le resserrement monétaire changent la donne. |
| Récession | Consommation de base, santé, services publics, liquidités, obligations d'État | Revenus stables et faible sensibilité à la conjoncture. |
Les valeurs cycliques (automobile, voyage, industrie lourde) amplifient les hausses en expansion mais souffrent davantage en récession ; les valeurs défensives (alimentation, santé) offrent une meilleure stabilité, au prix d'un potentiel de hausse plus limité. Bien anticipée, la lecture du cycle permet donc de moduler l'exposition aux matières premières, aux actions et aux obligations en fonction de l'environnement.
Les cycles ne concernent pas que les actions. Le marché des changes présente lui aussi des comportements cycliques, largement dictés par les politiques monétaires et les écarts de taux entre zones (carry trade), le calendrier des annonces économiques et le sentiment des investisseurs. La divergence de cycle entre banques centrales, par exemple une BCE resserrant sa politique pendant qu'une autre banque centrale l'assouplit, crée des tendances de fond sur les paires de devises. L'analyse cyclique s'y utilise en complément de l'analyse technique classique, comme sur les autres marchés.
Une fois identifiés et compris, les cycles ajoutent une réelle valeur à la boîte à outils du trader. Mais ils ne sont pas parfaits : certains échoueront, d'autres disparaîtront, d'autres encore offriront de belles opportunités. La règle d'or reste de les combiner avec les autres briques de l'analyse : la tendance donne la direction, les oscillateurs mesurent la dynamique, et les cycles anticipent les points de retournement.
Recherchez toujours une confirmation : un support ou une résistance sur le graphique, un retournement d'oscillateur, l'emboîtement de plusieurs cycles. Le marché actions combine par exemple des cycles de 10, 20 et 40 semaines, qui peuvent être associés au cycle de six mois et au cycle présidentiel pour affiner les décisions. Les signaux deviennent plus fiables lorsque plusieurs cycles convergent vers un même creux ou un même sommet. Enfin, gardez à l'esprit que le trading comporte un risque élevé de perte en capital : la gestion du risque prime toujours sur la prévision.