
Mis à jour le 29 juin 2026 par Ludovic
Le ratio de Sortino permet aux traders et aux investisseurs d'évaluer la performance ajustée au risque de leurs portefeuilles ou de leurs stratégies. Il répond à une question simple : combien de rendement obtient-on pour chaque unité de risque de baisse réellement subie ?
Sa particularité est de ne pénaliser que la volatilité défavorable. Contrairement au ratio de Sharpe, qui sanctionne de la même façon les fortes hausses et les fortes baisses, le ratio de Sortino considère que seules les pertes constituent un véritable risque pour l'investisseur. C'est cette nuance qui en fait un outil de plus en plus utilisé dans l'évaluation des fonds, des stratégies systématiques et des portefeuilles d'actifs volatils.
Points clés à retenir
Le ratio de Sortino est une mesure de performance ajustée au risque, développée comme une amélioration du ratio de Sharpe. Il porte le nom de Frank A. Sortino, qui a contribué à populariser l'idée que la volatilité à la hausse ne devrait pas être traitée comme un risque.
L'intuition est la suivante : un investisseur ne se plaint jamais d'un mois où son portefeuille progresse fortement. Ce qui le préoccupe, ce sont les périodes où la valeur recule sous un certain seuil. Le ratio de Sortino isole donc cette volatilité à la baisse (downside deviation) et la met en regard du rendement excédentaire généré.
Cette approche est particulièrement pertinente pour les portefeuilles dont la distribution des rendements est positivement asymétrique : par exemple les stratégies qui achètent des options, qui sont longues convexité ou longues gamma, ou encore les portefeuilles « à parité de risque » qui diversifient les classes d'actifs pour limiter les baisses. Pour ces profils, le ratio de Sortino reflète souvent mieux la qualité réelle du gain ajusté au risque que le ratio de Sharpe.
Les deux ratios partagent la même logique, rapporter un rendement à un risque, mais diffèrent sur la définition du risque utilisée au dénominateur.
| Critère | Ratio de Sharpe | Ratio de Sortino |
|---|---|---|
| Risque mesuré | Volatilité totale (écart-type) | Volatilité à la baisse uniquement |
| Volatilité à la hausse | Pénalisée | Ignorée |
| Dénominateur | Écart-type des rendements | Écart à la baisse |
| Idéal pour | Comparaison large et standardisée | Stratégies asymétriques, actifs volatils |
| Valeur relative | Souvent plus basse | Souvent plus élevée |
Concrètement, deux portefeuilles peuvent afficher un ratio de Sharpe quasi identique tout en ayant des profils très différents : l'un alterne fortes hausses et fortes baisses, l'autre progresse plus régulièrement avec des pertes contenues. Le ratio de Sortino fait ressortir cette différence en récompensant le second, dont la volatilité à la baisse est plus faible.
À l'inverse, pour les stratégies à asymétrie négative, comme la vente d'options, où les gains sont réguliers mais ponctuellement perturbés par des pertes importantes, le ratio de Sortino pénalise plus justement le risque de baisse que ne le ferait le ratio de Sharpe.
Le ratio de Sortino, noté S, se définit ainsi :
S = (R − T) / DR
Où :
L'écart à la baisse DR est égal à :
DR = √[ ∫ (T − r)² · f(r) dr ]
Où :
L'intégrale est calculée sur la zone allant de T jusqu'à −∞ (infini négatif) : seuls les rendements inférieurs au seuil contribuent au risque. Une fonction continue, plutôt que discrète, est souvent utilisée pour éviter d'avoir besoin de très nombreux points de données. Pour rester cohérent, l'objectif de rendement annuel doit être ramené en termes mensuels : par exemple, viser 10 % par an revient à exiger environ 0,8 % par mois, ce qui permet d'identifier un risque plus fin que l'objectif annuel.
Bon à savoir
En pratique, sur des données discrètes (rendements mensuels ou annuels), on calcule l'écart à la baisse en ne conservant que les rendements sous le seuil, en élevant chaque écart au carré, puis en prenant la racine carrée de leur moyenne. C'est la méthode détaillée dans l'exemple ci-dessous.
Prenons la série de rendements annuels suivante :
10 %, 4 %, 15 %, −5 %, 20 %, −2 %, 8 %, −6 %, 13 % et 23 %.
Le ratio de Sortino de ce portefeuille est donc d'environ 0,39. De nombreuses classes d'actifs produisant des ratios de Sortino de l'ordre de 0,2 à 0,3 sur le long terme, ce résultat est raisonnable, sans être exceptionnel.
Plus le ratio est élevé, meilleur est le rendement obtenu pour un niveau de risque de baisse donné. Un ratio élevé signale un portefeuille qui a généré un bon rendement relatif avec peu de baisses sévères. Il n'existe pas de seuil universel, mais des repères pratiques sont largement utilisés :
| Ratio de Sortino | Interprétation |
|---|---|
| Inférieur à 0 | Le portefeuille ne couvre pas le seuil de rendement minimum : le risque de baisse n'est pas rémunéré. |
| Entre 0 et 1 | Performance acceptable mais insuffisante au regard des pertes produites. |
| Entre 1 et 2 | Profil équilibré, correctement construit. |
| Supérieur à 2 | Combinaison rendement/risque excellente du point de vue du risque de baisse. |
Ces repères restent indicatifs. Un ratio n'a de sens qu'en comparaison : deux portefeuilles ne peuvent être comparés que s'ils sont évalués sur la même période et avec le même seuil de référence. Comparer le Sortino d'un fonds actions calculé avec un MAR de 0 % à celui d'un fonds obligataire calculé avec un MAR de 3 % n'aurait aucun sens.
Le ratio de Sortino corrige l'un des principaux reproches faits au ratio de Sharpe, mais il conserve quelques fragilités qu'il faut connaître.
Le ratio de Sortino doit s'utiliser avec discernement. Trois précautions principales s'imposent.
Le choix du seuil est décisif. Le rendement minimum acceptable peut être fixé à 0 % (ne rien perdre), au taux d'inflation, ou au taux sans risque. En zone euro mi-2026, l'OAT française à 10 ans évolue autour de 3,6 % et le taux de dépôt de la BCE est à 2,25 % : c'est l'ordre de grandeur d'un taux sans risque actuel. Mais un MAR plus exigeant fera mécaniquement baisser le ratio.
La taille de l'échantillon compte. S'il y a peu de rendements négatifs dans la période, l'écart à la baisse repose sur très peu de points et devient instable : le ratio peut être trompeur. Plus l'historique est long et représentatif, plus le résultat est robuste.
Ce n'est qu'un indicateur parmi d'autres. Le ratio de Sortino éclaire le couple rendement/risque de baisse, mais il ne dit rien du drawdown maximum, de la liquidité ou du contexte de marché. Il gagne à être croisé avec le ratio de Sharpe, le ratio de Calmar ou le maximum drawdown pour une vision complète.
Attention
Un ratio de Sortino élevé sur une période courte ou favorable ne garantit en rien la performance future. Les marchés peuvent rester durablement défavorables et un indicateur calculé sur le passé ne capture pas les risques extrêmes rares.
Le ratio de Sortino affine la lecture du couple rendement/risque en se concentrant sur ce qui compte vraiment pour l'investisseur : les pertes. En ne pénalisant que la volatilité à la baisse, il rend justice aux stratégies qui acceptent de fortes hausses tout en maîtrisant leurs reculs.
Il reste néanmoins sensible au seuil retenu et à la qualité des données, et ne remplace pas une analyse complète. Le meilleur usage consiste à l'employer en complément du ratio de Sharpe et d'autres mesures de risque, pour comparer des portefeuilles évalués sur des bases identiques. Bien utilisé, il constitue un excellent garde-fou contre les stratégies qui paraissent performantes mais cachent un risque de baisse élevé.
⚠️ Investir comporte des risques de perte en capital.
Avertissement : Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.
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