Mis à jour le 29 mai 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
Les marchés financiers sont liés par un vaste réseau de devises, chacune ayant sa propre valeur par rapport aux autres. Ces valeurs fluctuent en fonction de divers facteurs : performances économiques, événements géopolitiques et décisions politiques.
L'un des principaux mécanismes par lesquels ces valeurs monétaires sont déterminées est la relation entre les prix des devises au comptant (spot) et à terme (forward). Cette dynamique n'influence pas seulement les valorisations des devises, mais aussi le commerce international, les décisions d'investissement et les politiques économiques.
Nous examinons ci-dessous la relation entre les prix des devises au comptant et à terme, l'impact des différences de taux d'intérêt sur cette relation, les conséquences d'une baisse gérée de la monnaie, le rôle des contrôles de capitaux et la durée typique de la phase de défense monétaire.
Principaux enseignements :
➡️ Il est essentiel de comprendre la relation entre les prix des devises au comptant et à terme pour saisir leur impact sur le commerce international, les décisions d'investissement et les politiques économiques.
➡️ Le différentiel de taux d'intérêt joue un rôle central dans la formation du cours à terme : une devise avec un taux d'intérêt plus élevé sera mécaniquement en déport par rapport à la devise de contrepartie.
➡️ L'anticipation d'une dépréciation future de la monnaie peut entraîner une hausse des taux d'intérêt nationaux, des retraits de capitaux et une spéculation sur la dévaluation, aggravant la situation économique.
➡️ Les contrôles de capitaux sont souvent inefficaces pour empêcher les sorties de capitaux et peuvent déclencher une panique (fuite des capitaux par ceux qui ne veulent pas être piégés).
➡️ La phase de défense monétaire est généralement de courte durée (environ six mois) et peut avoir des conséquences importantes si les réserves de change sont épuisées.
Pour bien comprendre l'importance des mécanismes spot/forward, il convient de souligner l'ampleur du marché sur lequel ils opèrent. Selon l'enquête triennale de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) d'avril 2025, le volume quotidien moyen des échanges sur le marché des changes OTC a atteint environ 9 600 milliards de dollars, soit une hausse de 28 % par rapport à 2022.
Le dollar américain (USD) reste la devise dominante, présente dans 89 % des transactions. L'euro représente environ 30 % des échanges. À noter que la montée en puissance des transactions spot et forward pur est plus rapide que celle des swaps de change, ce qui souligne la demande croissante de couverture directe du risque de change.
La forte volatilité enregistrée en avril 2025, notamment liée aux annonces américaines sur les droits de douane, a contribué à cette hausse record des volumes, illustrant le rôle clé des marchés à terme dans la gestion des risques en période d'incertitude.
Le cours spot (ou taux au comptant) est le prix d'une devise contre une autre pour une livraison quasi immédiate, conventionnellement à J+2 jours ouvrés. C'est la référence de marché utilisée pour la grande majorité des transactions courantes.
Le cours forward (ou taux à terme) est un taux convenu aujourd'hui pour une livraison à une date future : une semaine, un mois, trois mois, six mois, un an, voire davantage. Il s'agit d'un engagement ferme entre deux contreparties, qui permet notamment aux entreprises exportatrices ou importatrices de sécuriser leur taux de conversion à venir.
La différence entre le cours spot et le cours forward s'exprime en points de terme (ou points de swap). Elle n'est pas aléatoire : elle résulte directement du différentiel de taux d'intérêt entre les deux devises, conformément à la parité des taux d'intérêt (PTI).
La relation entre a) le différentiel de taux d'intérêt et b) la relation entre le cours au comptant et le cours à terme est fondamentale en finance internationale.
Le montant de la baisse attendue d'une devise est incorporé dans le niveau de baisse du prix à terme par rapport au prix au comptant. Par exemple, si le marché s'attend à ce qu'une devise diminue de 5 % en un an, il exigera un rendement supérieur de 5 % pour cette devise.
Les décideurs politiques qui doivent faire face à l'inflation liée à la monnaie (dépréciation entraînant des importations plus chères) doivent être attentifs à ce facteur, car il représente l'ampleur de la hausse des taux d'intérêt nécessaire pour créer un marché à double sens pour la monnaie et mettre fin à la pression inflationniste.
Cela devient encore plus important lorsque la dépréciation attendue porte sur des périodes plus courtes. Si une dépréciation de 5 % est attendue sur un mois, la monnaie devra produire un taux d'intérêt supérieur de 5 % sur ce mois. Or un intérêt mensuel de 5 % équivaut à un taux d'intérêt annuel d'environ 80 % et non 60 %, car il s'agit d'un taux composé : [(1+0,05)^12 - 1], un niveau susceptible de provoquer une contraction économique sévère dans une économie déjà fragile.
Étant donné qu'une faible dépréciation attendue de la monnaie (5 à 10 % par an) équivaut à une forte prime de taux d'intérêt (5 à 10 % supplémentaires par an), cette voie devient rapidement intenable.
Deux situations se présentent selon le sens de l'écart entre cours spot et cours forward :
Cette distinction est essentielle pour les entreprises qui utilisent le change à terme comme outil de couverture : connaître la position en report ou en déport leur permet d'anticiper le coût (ou le bénéfice) de la couverture par rapport au cours spot actuel.
Une baisse gérée de la monnaie accompagnée d'une diminution des réserves conduit le marché à anticiper une dépréciation continue. Cette situation fait grimper les taux d'intérêt nationaux, ce qui constitue un frein à un moment où l'économie est déjà vulnérable.
En outre, l'anticipation d'une dévaluation continue stimule les retraits de capitaux et la spéculation sur la dévaluation, ce qui creuse l'écart de la balance des paiements et oblige la banque centrale à épuiser davantage de réserves pour protéger la monnaie.
La défense monétaire par la dépense des réserves devra cesser, car aucun décideur prudent ne voudra épuiser ce qui est essentiellement de l'épargne nationale. Ces séquences se produisent généralement juste avant que le cycle ne passe à l'étape suivante : l'abandon de la défense et la libre dépréciation de la monnaie.
Lors de la défense monétaire (augmentation des taux d'intérêt, utilisation des réserves pour racheter sa propre monnaie), le prix à terme de la monnaie baisse généralement plus vite que le prix au comptant.
Ce résultat découle du lien entre le différentiel de taux d'intérêt et le prix de la devise au comptant/à terme. Si le pays resserre sa politique monétaire pour soutenir sa monnaie, il augmentera le différentiel de taux d'intérêt pour soutenir artificiellement la monnaie au comptant. Bien que cela soutienne le spot, la monnaie à terme continuera à baisser par rapport à ce dernier.
Il en résulte un effet de fouet : le forward entraîne le spot vers le bas à mesure que le différentiel de taux d'intérêt s'accroît. Le taux de change au comptant finit par rejoindre le forward une fois que la monnaie est relâchée (lorsque les décideurs politiques cessent de la soutenir), et la baisse du cours spot permet au différentiel de taux d'intérêt de se réduire, ce qui fait remonter le cours forward par rapport au spot.
Taux de change à terme et parité des taux d'intérêt : calcul et explication
À ce stade du cycle, le contrôle des capitaux devient un troisième levier (souvent de dernier recours) qui s'avère rarement efficace. Bien qu'ils puissent paraître attrayants aux décideurs politiques en réduisant directement le nombre de personnes qui retirent leurs capitaux, l'histoire montre qu'ils échouent généralement pour deux raisons :
L'impossibilité de retirer de l'argent d'un pays est comparable à l'impossibilité de retirer de l'argent d'une banque : la seule crainte d'un tel blocage peut provoquer une ruée. Les contrôles de capitaux peuvent parfois servir de solution temporaire, mais ils ne constituent jamais une solution durable à une crise de change.
En règle générale, cette phase de défense monétaire est relativement courte : environ six mois, les réserves étant réduites d'environ 10 à 20 % avant que la défense ne soit abandonnée. Passé ce seuil, les autorités monétaires acceptent généralement la dépréciation plutôt que de risquer l'épuisement complet de leurs réserves de change, qui représentent un filet de sécurité indispensable pour l'économie nationale (importations essentielles, service de la dette extérieure…).
Il est important de comprendre l'interaction entre la fixation des prix des devises au comptant et à terme et le rôle des taux d'intérêt, non seulement pour les décideurs politiques, mais aussi pour les entreprises et les traders qui naviguent dans l'économie mondiale. En 2025-2026, dans un contexte de divergence marquée entre les politiques monétaires des grandes banques centrales (Fed, BCE, Banque du Japon…), cette maîtrise est plus précieuse que jamais.
Une légère variation des taux d'intérêt ou des anticipations de dépréciation future peut avoir des effets d'entraînement significatifs sur la valeur d'une devise, influençant à son tour les réalités économiques. Les mesures politiques telles que les contrôles de capitaux, bien qu'apparemment attrayantes, sont rarement efficaces à long terme et peuvent exacerber les craintes du marché. Une défense de la monnaie est souvent brève, mais ses répercussions sur la santé économique d'un pays peuvent être durables.
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