
Mis à jour le 18 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
Si vous disposiez d'un capital et vouliez en tirer un profit, que feriez-vous ? Beaucoup de personnes qui ne veulent pas laisser leur argent dormir choisissent d'investir sur les marchés financiers. D'autres optent pour une voie plus courte, mais bien plus risquée : les jeux d'argent, aujourd'hui massifiés par les paris en ligne.
Vu de l'extérieur, les deux se ressemblent : on engage de l'argent, on prend une décision et on espère un gain. C'est d'ailleurs pour cela que le trading est souvent confondu avec un jeu de hasard. Pourtant, les différences sont profondes. Cet article les décortique, explique ce que le poker, les échecs, le bridge ou les paris sportifs peuvent apporter aux traders, et met en garde contre la mentalité de casino et l'addiction au trading, deux pièges bien réels.
Pour les personnes éloignées du monde de la finance, investir sur les marchés s'apparente à un jeu de hasard. Faire un choix, puis attendre qu'il rapporte : la mécanique semble identique à un pari.
La différence commence pourtant dès le départ. Investir, c'est d'abord analyser où placer son argent. L'espoir est que, au fil du temps, la valeur de l'instrument choisi progresse et génère un bénéfice. Dans les jeux d'argent, en revanche, il n'y a pas d'analyse préalable : le joueur a une intuition et espère qu'elle se réalisera.
Lorsqu'on investit, deux notions sont étroitement liées : le risque et le rendement. La relation entre les deux est directe. Les actifs les plus risqués tendent à offrir des rendements potentiels plus élevés ; à l'inverse, les instruments à faible risque offrent des rendements plus faibles.
Les actions, par exemple, sont des actifs à revenu variable, donc risqués, mais leurs perspectives de rendement sont élevées : historiquement, sur le long terme, les grands indices boursiers ont tendance à monter, et l'actionnaire peut en plus percevoir des dividendes. À l'autre extrémité, les obligations d'État de première qualité, comme les bons du Trésor américain, comptent parmi les actifs les moins risqués. Un investisseur peut donc équilibrer son portefeuille entre ces catégories.
Cette possibilité de doser le risque, le jeu d'argent ne l'offre pas. C'est un saut sans filet : on gagne ou on perd, et seul le hasard fait la différence.
Il existe une différence de nature, essentielle, entre parier et investir. Quand vous investissez, vous échangez votre argent contre un instrument. En achetant des actions, vous devenez copropriétaire de l'entreprise ; en achetant des obligations d'État, vous devenez créancier de l'émetteur.
En revanche, si vous pariez sur un résultat sportif, vous ne possédez rien. Vous exposez votre argent à une alternative binaire, gagner ou perdre, et surtout le résultat ne dépend en rien de vous : une fois la mise engagée, vous ne pouvez plus qu'attendre.
Certes, certains parieurs professionnels évaluent les risques avec rigueur. Sur les paris sportifs, ils étudient l'historique des équipes, la forme des joueurs, les statistiques. À cet égard, le parieur averti se comporte un peu comme un investisseur. Mais une différence structurelle demeure : au casino comme dans la plupart des paris, les probabilités mathématiques favorisent la maison. Le joueur est désavantagé par construction.
Pour l'investisseur, à l'inverse, le temps travaille plutôt en sa faveur, et une position qui tourne mal laisse des marges de manœuvre. La solution la plus rationnelle consiste à couper la position, limiter la perte et passer à autre chose : vous pouvez souvent récupérer une partie de votre capital. Le parieur, lui, n'a pas cette option. Imaginez : la veille du match, le joueur vedette de l'équipe sur laquelle vous avez misé se blesse. Vos chances s'effondrent, mais le regret ne sert à rien : le pari est en cours, il faut attendre le verdict.
Le joueur et l'investisseur poursuivent le même but : réaliser un profit, avec le meilleur rendement pour le risque le plus faible possible. Mais tout les sépare dans la méthode. Voici les principales différences :
| Critère | Investissement / Trading rationnel | Jeux d'argent |
|---|---|---|
| Décision | Fondée sur l'analyse et les probabilités | Fondée sur l'intuition et le hasard |
| Ce que vous possédez | Un actif (action, obligation, exposition marché) | Rien : une simple mise engagée |
| Contrôle après l'engagement | Vous pouvez ajuster ou clôturer la position | Aucun : le résultat vous échappe |
| Espérance de gain | Potentiellement positive sur le long terme | Négative : l'avantage est à la maison |
| Rôle du temps | Allié de l'investisseur de long terme | Chaque pari est isolé, sans effet cumulé favorable |
| Gestion des pertes | Stop loss, diversification, sortie possible | Perte sèche si le pari est perdu |
| Compétence utile | Formation, discipline, stratégie | Marginale (sauf poker, paris sportifs experts) |
Attention : ce tableau oppose l'investissement rationnel au jeu. Un trader qui agit sans méthode bascule vite du côté droit du tableau, comme nous le verrons plus loin.
Le poker et les marchés financiers présentent de réelles similitudes, et ce n'est pas un hasard si plusieurs gérants réputés sont aussi d'excellents joueurs de poker. Des travaux universitaires ont même montré que des gérants de fonds performants au poker affichaient de meilleures performances de gestion. Les deux activités exigent de décider vite, sous pression, à partir d'informations incomplètes, en cherchant les situations où l'on possède un avantage. Voici les compétences que le poker peut transférer au trading.
Penser long terme plutôt que court terme. Sur 100 mains, un bon jeu peut ne rien donner : l'échantillon est trop réduit. Sur 100 000 mains, des décisions à espérance positive produisent presque à coup sûr un résultat favorable. Le trading obéit à la même logique : la pensée à court terme pousse aux décisions impulsives et émotionnelles, tandis que la réflexion de long terme, nourrie d'analyse, construit une performance régulière. Gagner n'est jamais linéaire, ni au poker ni sur les marchés : les séries de pertes font partie du jeu. Si vos pertes (drawdowns) deviennent importantes, c'est le signal qu'il faut revoir votre stratégie, pas l'accélérer.
Enfin, il n'existe pas une seule bonne façon de faire. Certains joueurs réussissent à l'instinct, d'autres par la psychologie ou une approche mathématique. De même, il y a mille manières de gagner sur les marchés. Les meilleurs, dans les deux domaines, sont ceux qui s'adaptent à un environnement mouvant.
Au poker, vous ne voyez jamais les cartes de vos adversaires ; en trading, vous ne connaissez jamais tout ce qui est déjà intégré dans le prix. Dans les deux cas, ce que l'on ne sait pas, et ne peut pas savoir, pèse souvent plus lourd que ce que l'on sait. Le bon joueur comme le bon trader ne cherchent donc pas la certitude : ils prennent la meilleure décision possible avec les informations disponibles, en acceptant de se tromper parfois.
Sur le poker en ligne, où l'on ne peut pas lire le langage corporel, les joueurs s'appuient sur le jeu « optimal selon la théorie des jeux » (GTO) : une stratégie équilibrée, difficile à exploiter. L'équivalent pour un trader est une méthode robuste, qui fonctionne sans avoir à deviner les intentions de chacun.
Les joueurs de poker appellent tilt cet état où, après un coup malheureux, la frustration pousse à jouer trop de mains et à miser trop gros. Le trader connaît exactement le même phénomène : c'est le trading de revanche, qui suit une série de pertes. Les deux disciplines y répondent de la même façon : des règles fixées à l'avance et le réflexe de faire une pause. Ce sujet est au cœur de la psychologie du trader et des biais psychologiques en trading.
Les cotes implicites mesurent le gain attendu d'une main en tenant compte des mises futures, et pas seulement du pot actuel. Après le flop, il peut vous manquer une carte pour compléter une quinte ou une couleur : si elle tombe, les adversaires qui ont déjà une bonne main continueront de miser et le gain final peut être important. En gestion de portefeuille, c'est le raisonnement qui conduit à augmenter l'exposition à une classe d'actifs en anticipant un contexte favorable : les matières premières, par exemple, ne sont pas l'actif le plus rémunérateur sur longue période, mais elles peuvent protéger un portefeuille déséquilibré face à l'inflation.
Les cotes implicites inversées mesurent le revers : vous complétez votre main, mais un adversaire a mieux et vous perdez gros. Sur les marchés, c'est le risque d'alourdir ses actions en pleine phase haussière juste avant un retournement. Évaluer une décision, c'est donc toujours peser le scénario favorable et le scénario défavorable.
Le poker se pratique en cash game, où l'on se dispute directement les jetons (donc l'argent) des autres joueurs de la table, ou en tournoi, où l'on paie un droit d'entrée fixe en espérant finir dans les places payées. Le cash game ressemble au trading du sous-jacent lui-même. Le tournoi ressemble à l'achat d'une option en dehors de la monnaie : une perte limitée à la prime, contre une petite chance d'un gain important.
De même que le poker compte plusieurs variantes (No Limit Hold'em, Limit Hold'em, Omaha, Stud, Draw), les marchés offrent plusieurs « tables » aux règles différentes : actions, obligations, matières premières, devises, taux d'intérêt ou cryptomonnaies.
La gestion de bankroll consiste à fixer la taille des mises pour pouvoir jouer longtemps sans se ruiner. C'est l'équivalent direct du money management et de la maîtrise de l'effet de levier : un portefeuille doit pouvoir encaisser une baisse de marché sans pertes irrécupérables. Le bluff, lui, rappelle que les prix ne reflètent pas toujours les fondamentaux : à court terme, le sentiment et les flux d'argent dominent souvent. Enfin, un joueur trop prévisible se fait exploiter ; varier ses stratégies et ses mains au poker, c'est l'équivalent de la diversification entre classes d'actifs et entre stratégies.

L'exemple le plus emblématique est celui de Vanessa Selbst. Fin 2017, cette joueuse, ancienne numéro un mondiale au Global Poker Index, triple vainqueure des World Series of Poker et gagnante de près de 12 millions de dollars, a annoncé qu'elle quittait le poker pour rejoindre le célèbre fonds spéculatif Bridgewater Associates, dirigé par Ray Dalio. Son constat est parlant : le trading, disait-elle, « ressemble beaucoup au poker », à la fois « épuisant, excitant et humiliant chaque jour ».
Les joueurs de poker et les traders traînent les mêmes clichés : des activités menées à des heures antisociales, parfois assimilées à de simples jeux d'argent. Pourtant, les professionnels des deux mondes insistent sur ce qui les unit vraiment : l'éducation et la discipline.
La distinction est nette entre un joueur de poker professionnel et un simple parieur, tout comme entre un trader professionnel et quelqu'un qui décide un matin de « faire du trading » sans formation ni règles. Personne ne se réveille en se disant qu'il va devenir chirurgien du cerveau ; le trading n'est pas différent. Certains formateurs vont jusqu'à écarter de leurs cursus les profils présentant des tendances au jeu : quelqu'un qui passe ses journées aux machines à sous ne fera pas un bon trader.
Au-delà du professionnalisme, ceux qui réussissent partagent d'autres traits : ils sont à l'aise dans l'incertitude, savent saisir les opportunités quand elles se présentent (on ne les crée pas soi-même), et surtout ils encaissent une perte, respirent, et repartent sans laisser la frustration dicter le coup suivant. Enchaîner les pertes jusqu'à ce que « l'argent ne compte plus » et tout miser d'un coup, c'est le scénario qui met fin à une carrière, au poker comme en trading.
Le poker n'est pas le seul jeu à entraîner des réflexes utiles sur les marchés. Échecs, bridge, paris sportifs ou jeux de société économiques obligent eux aussi à réfléchir en stratège, à évaluer des probabilités, à gérer un risque et à s'adapter quand la situation change. Aucun ne remplace une vraie formation, mais chacun éclaire une facette du métier de trader.

Aux échecs comme en trading, chaque décision ouvre plusieurs suites possibles qu'il faut évaluer avant d'agir. Si votre adversaire a trois réponses plausibles et que vous en avez trois à chacune, une seule séquence de coups crée déjà 9 branches, puis 81 au coup suivant. Ce travail de projection porte un nom : le calcul. Le trader fait la même chose lorsqu'il prépare des scénarios : que faire si le marché casse ce support, si la banque centrale surprend, si la volatilité explose ?
Les échecs enseignent aussi l'usage de l'histoire. Les ouvertures portent le nom de lieux ou de maîtres du passé (défense sicilienne, ouverture anglaise, gambit Benko) et les joueurs modernes étudient ces parties pour enrichir la « théorie ». Les acteurs du marché étudient de la même façon l'histoire économique et financière pour replacer la situation présente dans son contexte. Quant au sacrifice d'une pièce pour obtenir un avantage de position, il rappelle qu'un investisseur accepte parfois un coût immédiat, ou un coût d'opportunité, en vue d'un gain futur.
Les échecs montrent enfin le rôle de l'intelligence artificielle. Depuis la victoire de Deep Blue (IBM) sur Garry Kasparov en 1997, les machines dominent l'humain. Les meilleurs joueurs évoluent autour de 2 800 points Elo, quand les moteurs comme Stockfish dépassent les 3 600 points sur les classements dédiés aux logiciels. L'IA n'y est plus un adversaire : c'est un outil d'entraînement. Sur les marchés, les algorithmes traitent aussi l'information plus vite que l'humain, et les prix réagissent presque instantanément aux nouvelles (voir notre dossier sur l'IA appliquée au trading).
Système fermé contre système ouvert. Les échecs ont des règles fixes et un nombre de coups fini : une IA peut y trouver le coup optimal. Les marchés sont un système ouvert : les événements économiques et politiques changent sans cesse, et les décisions des intervenants modifient elles-mêmes les prix, dans une boucle de rétroaction. Aucun modèle, même très puissant, ne peut donc les prévoir parfaitement : le jugement humain et la gestion du risque restent indispensables.

Le bridge est connu pour être la passion de Warren Buffett, qui y consacre plusieurs heures chaque semaine. Ce n'est pas un hasard : le jeu combine plusieurs qualités que l'on retrouve chez les bons investisseurs.

Les paris sportifs illustrent mieux que tout autre jeu la notion de valeur attendue (ou espérance de gain) : la somme des gains et des pertes possibles, chacun pondéré par sa probabilité. Elle indique si une décision est rentable à long terme, sur un grand nombre de répétitions.
| Exemple | Scénario favorable | Scénario défavorable | Valeur attendue |
|---|---|---|---|
| Pari de 100 € à une cote de 2,50 | 40 % de chances de gagner 150 € | 60 % de chances de perdre 100 € | (0,40 × 150) − (0,60 × 100) = 0 € |
| Achat d'une action à 100 € | 60 % de chances de monter à 120 € (+20 %) | 40 % de chances de baisser à 80 € (−20 %) | (0,60 × 20 %) − (0,40 × 20 %) = +4 % |
Un pari à valeur attendue nulle revient à jouer à pile ou face : répété un grand nombre de fois, il ne rapporte… rien. Et dans la réalité, c'est pire : les bookmakers intègrent une marge dans leurs cotes, qui sont donc un peu plus basses que la cote « juste ». L'espérance du parieur moyen devient négative. Le second exemple, volontairement simplifié, montre au contraire une décision à espérance positive : c'est ce type d'opération, répétée avec discipline, qui construit une performance.
Les parieurs professionnels gagnent en exploitant de petits écarts : une cote mal évaluée, un biais des algorithmes des bookmakers, une information négligée. Ils misent avant que la cote ne s'ajuste, et leurs mises importantes font d'ailleurs bouger le prix. L'investisseur qui repère un actif sous-évalué avant le reste du marché fait exactement la même chose. Dans les deux cas, la gestion de l'argent est décisive : limiter chaque mise à un petit pourcentage du capital, ne jamais augmenter la taille pour se refaire et éviter les « actifs chauds » que l'on ne comprend pas.
Le mathématicien Edward Thorp en est l'exemple le plus célèbre. Après avoir prouvé qu'on pouvait battre le blackjack en comptant les cartes, il a appliqué les mêmes principes aux marchés et fondé l'un des premiers fonds quantitatifs. Sa méthode de dimensionnement des mises est expliquée dans notre article sur Edward Thorp et le critère de Kelly.

Le Monopoly simule l'achat, la vente et la location de biens immobiliers. Il fait travailler des notions très concrètes : le couple risque/rendement (acheter cher pour encaisser plus de loyers), l'évaluation des actifs selon leur emplacement et leur potentiel, la négociation lors des échanges entre joueurs et surtout la gestion de trésorerie : un joueur riche en propriétés mais sans liquidités peut être ruiné par un seul loyer. C'est aussi un jeu d'horizon de temps et de diversification : posséder plusieurs groupes de rues réduit la dépendance à la chance.

Créé par Sid Sackson et publié par 3M en 1964, Acquire est l'un des premiers jeux de société inspirés de la bourse. Les joueurs achètent des parts de chaînes hôtelières et cherchent à détenir le portefeuille le plus précieux. On y retrouve la gestion du risque (trop miser sur une seule chaîne est dangereux), le timing d'achat et de vente des parts, la gestion de portefeuille et un mécanisme de fusions-acquisitions : quand deux chaînes fusionnent, les actionnaires de la chaîne absorbée sont rémunérés, exactement comme lors d'une OPA réelle.

Dans Les Colons de Catane (Catan), les joueurs exploitent des ressources limitées (bois, brique, minerai, blé, laine) pour bâtir colonies, villes et routes. Le parallèle avec l'investissement porte sur l'allocation du capital entre actions, obligations ou matières premières, sur la négociation des échanges et sur la planification : il faut construire une stratégie de long terme tout en saisissant les opportunités. Le jeu montre aussi combien la frustration ou l'euphorie peuvent fausser les décisions.

Les simulateurs de trading et concours boursiers reproduisent le marché avec de l'argent virtuel. Les données de marché, parfois différées, permettent d'acheter et de vendre de vrais titres, de tester l'achat-conservation, le day trading ou le swing trading, et de se mesurer à d'autres joueurs. C'est le meilleur terrain d'entraînement avant de passer au réel, à une réserve près : sans argent réel, la pression émotionnelle est absente. Notre guide sur les comptes démo et simulateurs détaille leurs avantages et leurs limites.
Ce tableau résume ce que chaque jeu peut apporter à un trader ou à un investisseur.
| Jeu | Compétence principale | Équivalent sur les marchés |
|---|---|---|
| Poker | Décider avec des informations incomplètes, maîtriser ses émotions | Rapport risque/récompense, gestion du capital, discipline face aux pertes |
| Échecs | Anticiper plusieurs coups, calculer des scénarios | Plan de trading, scénarios alternatifs, étude de l'historique |
| Bridge | Probabilités, patience, communication | Choix du bon moment, dialogue avec son broker ou conseiller |
| Paris sportifs | Valeur attendue, exploitation de petits écarts | Espérance de gain, recherche d'actifs mal valorisés, taille de position |
| Monopoly | Trésorerie et valorisation des biens | Gestion des liquidités, investissement immobilier, diversification |
| Acquire | Portefeuille de parts, timing, fusions | Gestion de portefeuille, opérations de fusions-acquisitions |
| Les Colons de Catane | Allocation de ressources limitées, négociation | Allocation d'actifs, stratégie de long terme |
| Simulateurs boursiers | Pratique sans risque | Test de stratégies avant de trader en réel |
Point commun à tous ces jeux : ils récompensent la méthode et non la chance sur un coup isolé. C'est précisément ce qui sépare le trader du joueur de casino, comme le montre la section suivante.
La mentalité de casino est un biais psychologique qui touche certains participants aux marchés. Ils abordent leurs opérations comme un jeu de hasard, où l'essentiel serait de réussir quelques coups. Les fondamentaux, la stratégie et un plan de trading détaillé sortent de leur champ de vision. Agir ainsi peut entraîner de lourdes pertes avec le temps, quels que soient les succès du début.
C'est la finance comportementale qui a identifié ce profil : des personnes qui entrent sur les marchés sans préparation, prennent position sur une intuition et espèrent que la « prévision » se réalise. Quelques réussites initiales renforcent la tendance. Les options binaires et un certain traitement médiatique de la finance ont amplifié ce phénomène.
Dans cette mentalité, la rationalité disparaît : pas de stratégie, des fondamentaux réduits à quelques nouvelles, aucun plan pour atténuer le risque ni de règle de sortie. L'avidité est le biais dominant, surtout après quelques gains : l'autosatisfaction pousse à parier au-delà du raisonnable. Or, au bout du chemin, les analystes constatent qu'il n'y a quasiment pas de gagnants. La mentalité de casino est une forme d'auto-sabotage.
Est-ce une simple erreur de débutant ? En partie. La plupart des nouveaux venus ignorent comment fonctionnent les marchés. Leur atout, c'est qu'ils peuvent apprendre de leurs erreurs. Deux chemins s'ouvrent alors : l'un mène à la formation et à une approche professionnelle ; l'autre, sinueux, peut conduire à la dépendance, lorsque les succès initiaux se muent en défaites et que le trader tente de se refaire à tout prix.
Parlons d'un sujet délicat. La dépendance au trading survient lorsque le trader cesse d'agir de façon rationnelle et selon un plan, pour agir de manière compulsive. Comme d'autres addictions, elle peut provoquer des dégâts profonds : pertes de capital, endettement, ruptures familiales, atteinte à la santé.
Le mécanisme est en partie neurologique. Une transaction gagnante active le circuit de la récompense du cerveau (le noyau accumbens) et libère de la dopamine, le neurotransmetteur du plaisir. Chez les personnes sensibles, ce qui commençait comme un plaisir excitant devient une compulsion : après les premières pertes, le cerveau réclame de nouvelles doses de dopamine, et l'on multiplie les opérations pour retrouver la sensation. Le trading en ligne, disponible en permanence, combiné à l'effet de levier, accélère ce cycle. Des spécialistes ont observé une aggravation des cas durant la pandémie, notamment sur les crypto-monnaies et chez les plus jeunes.
Fait notable : les succès comme les échecs peuvent alimenter la dépendance. De bons résultats nourrissent l'avidité et poussent à trader plus, souvent avec un levier accru ; des pertes importantes déclenchent le besoin de « se refaire », loin de toute logique. Dans les deux cas, la spirale peut mener au désastre.
Comme pour toute addiction, la personne concernée est souvent la dernière à voir le problème. L'entourage repère fréquemment les premiers signaux. Parmi les plus courants :
La dépendance au trading n'est pas un problème que l'on affronte seul. Le premier soutien à rechercher est celui des proches. Restez ouvert : ne vous fermez pas à votre entourage si vous commencez à prendre conscience du problème.
Demandez ensuite l'aide d'un professionnel. La volonté de s'en sortir est essentielle, mais rarement suffisante : la dépendance est souvent le symptôme de difficultés sous-jacentes, et un accompagnement thérapeutique change la donne. Renseignez-vous aussi sur les groupes de soutien réunissant des personnes confrontées aux mêmes situations.
Besoin d'aide ? En France, Joueurs Info Service (09 74 75 13 13, appel non surtaxé, 8h-2h) et SOS Joueurs (09 69 39 55 12) proposent une écoute gratuite et confidentielle pour le jeu et le trading. Les plateformes régulées permettent aussi de fixer des limites de dépôt ou de recourir à l'auto-exclusion.
Si vous débutez, c'est le bon moment pour ne pas vous laisser gagner par la mentalité du joueur. Voici une méthode en six étapes pour trader de façon rationnelle plutôt que compulsive.
Rappelez-vous que les statistiques sont impitoyables pour qui trade comme un joueur. Selon l'étude de référence de l'AMF sur le Forex et les CFD en France, près de 9 clients particuliers sur 10 étaient perdants sur quatre ans, avec une perte moyenne d'environ 10 900 €. C'est aussi pourquoi les courtiers régulés affichent qu'entre 70 et 85 % des comptes perdent de l'argent. Depuis 2018, l'ESMA encadre d'ailleurs le levier des particuliers (jusqu'à 30:1 sur les grandes paires de devises, 2:1 sur les crypto-actifs) et impose une protection contre le solde négatif, précisément pour éviter que les comptes ne soient rasés en quelques minutes.
Avant de vous lancer, prenez le temps de bien choisir votre intermédiaire : notre guide explique comment choisir un broker sérieux et régulé.
Investir et parier partagent une même surface, engager de l'argent et espérer un gain, mais reposent sur des logiques opposées. L'investisseur analyse, possède un actif, gère son risque et raisonne sur le long terme ; le joueur s'en remet au hasard, sans contrôle une fois la mise engagée, face à des probabilités qui favorisent la maison.
Le trading n'est donc pas un jeu d'argent… tant qu'on ne le transforme pas en pari. La frontière est mince : dès que l'intuition remplace la méthode et que l'avidité prend le pas sur le plan, on bascule dans la mentalité de casino, avec au bout du chemin des pertes quasi certaines, voire l'addiction. La bonne nouvelle, c'est que la discipline s'apprend : le poker professionnel, les échecs, le bridge ou la logique de valeur attendue des parieurs avertis le prouvent. Formez-vous, écrivez vos règles, gérez votre risque et jugez-vous sur la durée : c'est ainsi que l'on met les probabilités de son côté.

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*Les CFD sont des instruments complexes à effet de levier : 69 à 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent.