
Mis à jour le 21 juillet 2026 par Ludovic
Le trading du forex fonctionne différemment des marchés réglementés d'actions ou de contrats à terme : un broker peut choisir de prendre la contrepartie des trades de ses clients plutôt que de les transmettre au marché. Ce système, utilisé par les brokers Market Maker (Dealing Desk), est connu sous le nom de « B booking ».
Les brokers ECN / STP (« No Dealing Desk ») envoient quant à eux tous les trades de leurs clients vers des fournisseurs de liquidité ou directement sur les marchés interbancaires : c'est le système « A booking ». En pratique, la majorité des brokers forex professionnels utilisent aujourd'hui un modèle hybride, combinant les deux approches selon le profil de chaque client.
Dans les marchés réglementés comme les futures ou les actions, toutes les transactions transitent par une bourse centralisée qui confronte les ordres d'acheteurs et de vendeurs par ordre de prix et d'arrivée. Le forex OTC ne dispose pas de ce mécanisme, ce qui laisse aux brokers une plus grande latitude dans la gestion des ordres.
Les brokers ECN (Electronic Communication Network) et STP (Straight Through Processing) utilisent exclusivement le modèle A Book. Ce sont des intermédiaires purs qui transmettent les ordres de leurs clients directement vers des fournisseurs de liquidité ou des systèmes multilatéraux de trading (MTF). Ces brokers se rémunèrent via une majoration du spread ou une commission fixe sur le volume des ordres.
L'avantage fondamental du modèle A Book est l'absence de conflit d'intérêts : que le client soit gagnant ou perdant, le broker perçoit la même commission. Mieux encore, ce type de broker a tout intérêt à ce que ses clients soient rentables, car des traders gagnants augmentent leurs volumes de trading et donc les revenus du broker.
Les courtiers forex qui utilisent un B Book gardent les ordres de leurs clients en interne. Ils prennent l'autre côté des trades de leurs clients, ce qui signifie que leurs profits sont souvent égaux aux pertes des traders. Les brokers gèrent le risque associé à la tenue d'un B Book grâce à plusieurs stratégies : couverture interne en confrontant les ordres inverses des autres clients, variation de spread, ou couverture partielle via des fournisseurs de liquidité.
La majorité des traders de détail perdant de l'argent (selon les statistiques AMF et ESMA, entre 70 et 80 % des comptes particuliers sont déficitaires), l'utilisation d'un B Book est structurellement très rentable pour les brokers.
Attention aux conflits d'intérêts
Ce modèle engendre mécaniquement un conflit d'intérêts entre le broker et ses clients. Les traders rentables peuvent faire perdre de l'argent au broker. C'est pourquoi la réglementation (MiFID II, AMF, FCA) impose des obligations strictes de divulgation et de gestion de ces conflits.
Le modèle hybride est devenu le plus courant en 2026 parmi les brokers forex professionnels. Il permet de combiner la rentabilité du B Book avec la crédibilité et la conformité réglementaire du A Book.
Son principe fondamental est la segmentation des clients : les traders qui génèrent régulièrement des profits (et représentent donc un risque financier pour le broker s'ils sont internalisés) sont acheminés en A Book vers des fournisseurs de liquidité. Les clients structurellement perdants sont placés en B Book, permettant au broker de capturer leurs pertes comme revenus directs.
Cette segmentation repose sur une analyse continue du comportement de trading : rentabilité historique, taille des positions, utilisation des stops de protection, niveau de levier employé, etc. Des logiciels spécialisés permettent aux brokers de router dynamiquement chaque ordre en temps réel.
Le modèle hybride peut bénéficier aux traders
Les revenus générés par le B Book permettent aux brokers hybrides d'offrir des spreads plus compétitifs à l'ensemble de leurs clients. L'inconvénient principal reste le risque opérationnel : si le broker gère mal l'exposition du B Book, il peut subir des pertes importantes en période de volatilité extrême.
Pour router efficacement les ordres entre A Book et B Book, les brokers forex s'appuient sur plusieurs critères de segmentation :
Le pourcentage de traders gagnants augmente significativement pour les dépôts supérieurs à 10 000 $. Les gros comptes sont plus souvent route en A Book.
Un trader qui affiche des gains réguliers sur plusieurs mois sera rapidement identifié et basculé en A Book pour protéger le broker.
L'utilisation de stops de protection, un ratio risque/récompense maîtrisé et un faible niveau de levier signalent un trader expérimenté qui sera placé en A Book.
Le scalping intense, les ouvertures à cheval sur les annonces économiques ou l'utilisation de robots (EA) peuvent déclencher un routage A Book automatique.
Un levier très élevé combiné à des micro-comptes est caractéristique d'un profil débutant, souvent placé en B Book.
Une même paire de devises n'affiche jamais exactement le même prix, à la même seconde, chez deux brokers différents. Ce n'est ni une anomalie ni la preuve d'une manipulation : le marché des changes est un marché de gré à gré (OTC), sans bourse centralisée qui confronterait l'ensemble des ordres en un point unique. Chaque broker construit donc son propre flux de cotations, et le modèle A Book ou B Book qu'il applique est l'un des facteurs déterminants de ce prix.
Le forex est passé d'une organisation centrée sur les relations bilatérales entre banques à une structure de marché décentralisée et fragmentée. La montée en puissance des institutions financières non bancaires et des plateformes d'agrégation a multiplié les contreparties et les lieux d'exécution possibles. Cette fragmentation a réduit les coûts de transaction et accéléré l'exécution, mais elle implique mécaniquement que deux brokers agrégeant des pools de liquidité différents affichent des cotations légèrement différentes.
La liquidité désigne la facilité avec laquelle un instrument peut être acheté ou vendu sans provoquer de mouvement de prix significatif. Elle dépend du nombre et de l'activité des participants, de la profondeur du carnet d'ordres et de la qualité des fournisseurs de liquidité auxquels le broker accède. Une liquidité abondante resserre l'écart entre le cours acheteur et le cours vendeur ; une liquidité réduite l'élargit et augmente le risque de glissement (slippage).
Comment comparer utilement deux brokers
Un spread affiché « à partir de 0,0 pip » ne veut rien dire hors contexte : il s'agit souvent d'un minimum observé sur le compte le plus exigeant. Comparez au même instant, sur le même type de compte, et raisonnez en coût total : spread + commission par lot + frais de financement overnight (swap) + éventuels frais de conversion de devise. C'est cette somme, et non le spread seul, qui détermine votre rentabilité. Notre comparatif des brokers forex et notre analyse de la qualité d'exécution détaillent ces éléments broker par broker.
L'infrastructure technique d'un broker n'est pas un détail : elle détermine la vitesse d'exécution, la stabilité des cotations et le taux de rejet des ordres. Les brokers sérieux s'appuient sur des centres de données et des services de colocation pour obtenir une connectivité à faible latence avec leurs fournisseurs de liquidité. La plateforme de trading elle-même, l'agrégateur de prix et le pont de liquidité forment une chaîne dont le maillon le plus lent fixe la qualité d'exécution perçue par le client. Les brokers les plus avancés proposent en complément des API de trading permettant une connexion directe pour les stratégies automatisées.
C'est aussi pour cette raison que les stratégies très court terme sont les plus sensibles au modèle d'exécution : un scalpeur ou un robot subit de plein fouet la latence, les requotes et le glissement, là où un trader de position ne les remarquera pas.
La question du conflit d'intérêts inhérente au modèle B Book fait l'objet d'une attention réglementaire croissante en Europe. En décembre 2025, l'ESMA a annoncé le lancement d'une Action de Surveillance Commune (ASC) menée conjointement avec les autorités nationales compétentes (ANC) en 2026, portant spécifiquement sur la gestion des conflits d'intérêts par les entreprises d'investissement dans le cadre de MiFID II.
Cette action de surveillance examinera notamment :
MiFID II et best execution
La directive MiFID II impose à tous les brokers européens d'exécuter les ordres dans les meilleures conditions possibles pour leurs clients (obligation de « best execution »). Les brokers B Book et hybrides doivent démontrer que leur modèle ne désavantage pas systématiquement les clients, et publier une politique de gestion des conflits d'intérêts détaillée.
L'article 39a du règlement MiFIR, entré en vigueur le 28 mars 2024, interdit à une entreprise d'investissement agissant pour des clients de détail de percevoir une rémunération, une commission ou un avantage non monétaire en échange de l'acheminement de leurs ordres vers un lieu d'exécution donné. Un régime transitoire permettait aux États membres qui autorisaient déjà cette pratique de la maintenir jusqu'au 30 juin 2026 ; seule l'Allemagne avait notifié l'ESMA de son intention d'en bénéficier. Cette dérogation ayant expiré, l'interdiction du PFOF s'applique désormais sans exception dans les 27 États membres. La France, elle, ne l'avait jamais autorisée.
La conséquence est structurante pour le secteur : un broker européen doit financer son activité d'exécution par le spread, une commission explicite, un abonnement ou l'internalisation des ordres via son propre lieu d'exécution. Cette dernière voie — la plus proche de la logique du B Book — reste intégralement soumise à l'obligation de meilleure exécution et aux règles de gestion des conflits d'intérêts.
Tenir un B Book suppose d'être agréé pour la « négociation pour compte propre », un service d'investissement nettement plus exigeant en capital que la simple réception-transmission et exécution d'ordres : de l'ordre de 750 000 € de capital initial dans l'Union européenne, contre 150 000 € pour un intermédiaire pur. S'y ajoutent, sous le régime IFR/IFD, des exigences de fonds propres calculées par facteurs de risque (K-factors) et des coussins de liquidité. Le modèle d'exécution n'est donc pas un simple choix commercial : il conditionne le périmètre de l'agrément et la solidité financière du broker.
Côté britannique, la consultation CP25/36 de la FCA, ouverte en décembre 2025 et close le 2 février 2026, propose de rationaliser les règles relatives aux conflits d'intérêts (SYSC 10) sans en modifier la substance, et de réformer la catégorisation des clients — notamment via une nouvelle voie de renonciation aux protections du statut de client de détail pour les particuliers disposant d'au moins 10 millions de livres d'actifs investissables. La déclaration de politique définitive est attendue courant 2026. Pour un trader français, l'enjeu est indirect mais réel : passer sous statut professionnel fait perdre le plafonnement du levier et, selon les cas, la protection contre le solde négatif.
En France, l'AMF (Autorité des marchés financiers) exige que les brokers agréés communiquent clairement sur leur modèle d'exécution et sur les risques de conflit d'intérêts. Un broker non régulé qui utilise un B Book sans aucun garde-fou représente un risque significatif pour les traders.
Aucun broker n'annonce sur sa page d'accueil qu'il prend la contrepartie des trades de ses clients. L'information existe pourtant : MiFID II impose la publication d'une série de documents contractuels et réglementaires dans lesquels le modèle d'exécution est décrit, parfois en termes techniques. Voici ceux qu'il faut lire avant d'ouvrir un compte.
C'est le document le plus révélateur. Les mentions « négociation pour compte propre », « le broker agit en qualité de contrepartie » ou « principal » signalent un B Book. À l'inverse, « agent », « matched principal » ou « transmission des ordres à des tiers » indiquent un modèle STP ou ECN de type A Book.
Il définit les procédures d'ouverture de compte, les modalités de dépôt et de retrait, les frais et commissions, les protocoles d'exécution des ordres et le traitement des litiges. Vérifiez la ségrégation des fonds clients et les clauses autorisant les requotes ou le rejet d'ordres.
Elle expose les risques liés à la volatilité, au levier et à la liquidité. Elle contient également le pourcentage de comptes de clients de détail perdants sur les douze derniers mois, dont l'affichage est obligatoire depuis les mesures d'intervention de l'ESMA sur les CFD.
Elle précise les exigences de marge, les ratios d'effet de levier applicables, le seuil de clôture automatique des positions (50 % de la marge requise pour les clients de détail dans l'UE) et la protection contre le solde négatif. Voir aussi notre comparaison entre compte au comptant et compte sur marge.
Document obligatoire sous MiFID II, souvent le plus explicite sur l'internalisation des ordres, la rémunération des équipes commerciales et les incitations reçues de tiers. C'est précisément ce dispositif que l'ESMA passe au crible en 2026.
Un signal simple à vérifier
Un broker qui refuse de préciser son modèle d'exécution, ou dont les documents réglementaires sont introuvables, indisponibles en français ou non datés, doit être écarté quel que soit l'attrait de ses spreads. Vérifiez systématiquement son agrément auprès de l'AMF (registre REGAFI) ou du régulateur européen dont il détient le passeport.
ADGM : Abu Dhabi • ASIC : Australie • BaFin : Allemagne • BVIFSC : Îles Vierges britanniques • BACEN : Brésil • CMA : Kenya • CySEC : Chypre • CMVM : Portugal • CFTC : USA • CBFSAI : Irlande • DFSA : Dubaï • FSCM : Île Maurice • FCA : Royaume-Uni • FINMA : Suisse • FRSA : Abu Dhabi • FSAS : Seychelles • FSCA : Afrique du Sud • JFSA : Japon • KNF : Pologne • MAS : Singapour • OCRI : Canada • SCB : Bahamas • SFC : Colombie
⚠️ Le trading de CFD implique un risque de perte significatif. 70 à 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent en négociant des CFD.
Le système A Book et B Book est au cœur du fonctionnement des brokers forex. D'un côté, le A Book repose sur la transparence et l'absence de conflit d'intérêts : les ordres sont transmis directement aux fournisseurs de liquidité. De l'autre, le B Book, typique des brokers Market Makers, permet une rentabilité accrue grâce aux pertes des traders, mais soulève des questions légitimes sur l'équité du modèle.
En 2026, la grande majorité des brokers professionnels adopte une approche hybride, combinant les deux systèmes pour maximiser la rentabilité tout en maintenant une certaine crédibilité réglementaire. L'étau réglementaire se resserre néanmoins : action de surveillance commune de l'ESMA sur les conflits d'intérêts, interdiction totale du paiement pour flux d'ordres depuis le 30 juin 2026 et exigences de capital renforcées pour les entreprises négociant pour compte propre. La transparence du secteur devrait progressivement y gagner.
Ce cadre explique aussi pourquoi les prix diffèrent d'un broker à l'autre : dans un marché OTC fragmenté, chaque courtier construit son flux de cotations à partir de ses propres fournisseurs de liquidité, de son markup et de son infrastructure technique. Comparer les spreads affichés n'a de sens qu'au même instant, sur le même type de compte et en raisonnant en coût total.
Pour les traders, la clé reste de choisir un broker régulé par une autorité sérieuse (AMF, FCA, CySEC), de comprendre son modèle d'exécution, et d'adapter son choix à son profil : un trader actif et rentable gagnera à privilégier un broker A Book ECN, tandis qu'un débutant pourra commencer avec un Market Maker bien encadré.