
Mis à jour le 26 juillet 2026 par Ludovic
Un sous-ensemble souvent sous-estimé de l'analyse technique, appelé données de marché de niveau II (ou Level 2), peut s'avérer très utile pour les traders actifs. Là où le niveau I se limite au meilleur cours acheteur, au meilleur cours vendeur et au dernier prix, les données de niveau II ouvrent le capot du marché : elles affichent un éventail bien plus large d'ordres en attente, à plusieurs niveaux de prix de chaque côté.
Elles sont aussi appelées « profondeur du marché » (ou DOM, pour Depth Of Market), car elles indiquent le nombre d'actions, de contrats ou de lots disponibles à chaque prix individuel, et « carnet d'ordres » (order book), puisqu'elles listent une série d'ordres passés et en attente d'exécution. Un ordre s'exécute lorsqu'un acheteur et un vendeur acceptent de traiter à un prix donné.
Ce guide explique concrètement ce que contient le niveau II, comment le lire, où l'obtenir en 2026, sur quelles plateformes le visualiser (MT5, cTrader, L2 Dealer) et pourquoi il faut l'interpréter avec prudence en particulier sur le forex et les CFD.
Points clés à retenir
➡️ Les données de niveau I indiquent le meilleur cours acheteur/vendeur, les volumes et le dernier cours négocié. C'est l'information standard consultée par la plupart des traders.
➡️ Les données de niveau II (profondeur du marché / carnet d'ordres) complètent ces informations en affichant plusieurs niveaux d'achat et de vente provenant de différents acteurs du marché.
➡️ Elles révèlent le volume disponible à chaque prix, ce qui aide à évaluer le support, la résistance et la liquidité.
➡️ Les teneurs de marché et les ECN apparaissent au niveau II : on voit qui fournit la liquidité en affichant des cotations d'achat/vente.
➡️ Le niveau II entraîne souvent des frais supplémentaires pour les actions et les contrats à terme (Nasdaq TotalView, NYSE Integrated), tandis que de nombreux brokers forex/CFD le proposent gratuitement via le DOM.
➡️ Le tape reading combine le niveau II et le fil des transactions (time and sales) pour déterminer qui, des acheteurs ou des vendeurs, tient réellement le marché.
➡️ Attention au spoofing et aux ordres iceberg : le niveau II n'est jamais une garantie et ne doit pas être utilisé seul.
➡️ Idéal pour les day traders actifs et les scalpers sur les marchés liquides ; peu adapté aux débutants et aux traders swing.
Les données de niveau I comprennent les éléments suivants :
L'analyse technique traditionnelle, trading basé sur l'action des prix ou sur des indicateurs dérivés du prix et du volume, s'appuie sur des données de niveau I. Celles-ci sont généralement fournies gratuitement par votre courtier. Voici par exemple des données de niveau I sur l'action Google (GOOG) :

On y lit le bid, l'ask, le cours actuel et la taille (l'affichage « 2×2 » signifie ici environ 200 actions à l'achat comme à la vente).
Les données de niveau II ajoutent plusieurs prix d'achat et de vente au-delà du meilleur bid et du meilleur ask. Elles montrent ce que les autres acteurs du marché dont les teneurs de marché proposent d'acheter et de vendre à différents niveaux de prix.
Que sont les teneurs de marché ? Ce sont des intervenants qui fournissent de la liquidité en se tenant prêts à acheter et à vendre à des prix affichés en permanence. Au niveau II, on distingue aussi les ECN (réseaux de communication électronique) qui acheminent les ordres directement.
Concrètement : imaginons une action cotée 25,00 $, avec un bid à 24,98 $ et un ask à 25,02 $ (données de niveau I). Le niveau II ajouterait la liste des cours en amont et en aval : par exemple des bids à 24,95 $ et 24,92 $, et des asks à 25,05 $ et 25,08 $. On trouve généralement entre cinq et vingt niveaux de chaque côté, provenant de teneurs de marché et de participants différents.
Ce que contient le niveau II
🔹 Prix multiples à l'achat : le bid de niveau I et tous les bids inférieurs. Sur les marchés les plus liquides (large caps), on voit souvent un bid à chaque incrément de 0,01 $. Sur les actifs à écart large, les niveaux sont plus espacés.
🔹 Taille des bids : la quantité recherchée à l'achat à chaque niveau de prix.
🔹 Prix multiples à la vente : l'ask de niveau I et tous les asks supérieurs, généralement proches les uns des autres sur les marchés liquides, plus dispersés sur les marchés illiquides.
🔹 Taille des asks : la quantité proposée à la vente à chaque niveau de prix.
Pour tirer parti du niveau II, trois notions doivent être maîtrisées : le carnet de prix, la taille des ordres et l'information pondérée (les concentrations de volume).
Le niveau II vous dit s'il y a davantage d'ordres en attente à l'achat ou à la vente près des meilleurs prix. Un côté nettement plus fourni traduit une pression, et un grand nombre d'ordres signale une bonne liquidité — donc un actif plus facile à traiter.

Les concentrations d'ordres d'achat en dessous du prix forment des zones de support potentiel, tandis que les grosses accumulations d'ordres de vente au-dessus forment des zones de résistance potentielle. Il reste prudent de confirmer ces niveaux par l'analyse technique du graphique, car ces ordres peuvent disparaître à tout moment.

Voici un exemple de niveau II pour une action du NASDAQ :

Le haut du tableau affiche le bid (160,950) et l'ask (160,960), soit les données de niveau I. Les bids apparaissent en bas de la colonne centrale gauche, les asks en bas de la colonne centrale droite. À gauche des cours acheteurs se trouve la taille (le nombre d'actions offertes à ce niveau), puis la taille cumulée, le total des actions qui soutiendraient le cours avant qu'il n'atteigne ce prix. Le même principe s'applique du côté vendeur. Les colonnes extrêmes indiquent les teneurs de marché.
Beaucoup de traders surveillent la taille cumulée à chaque niveau : un déséquilibre indique le côté vers lequel penche le marché. Dans cet exemple, davantage d'actions sont offertes côté acheteur, ce qui suggère un biais haussier — une information qui peut nourrir la prise de décision, sans jamais constituer une certitude.
Autre illustration au niveau I seul : une obligation Ford (F) affiche 80 000 $ au bid contre 3 000 $ à l'ask, un déséquilibre nettement haussier.

Même logique sur une obligation Petrobras (PETBRA), avec 250 K$ au bid et 155 K$ à l'ask : un bid supérieur à l'ask traduit une pression haussière.

À l'inverse, sur le titre Omega Healthcare Investors (OHI), la taille à l'ask est environ deux fois supérieure à celle du bid, ce qui traduit une tendance plus baissière.

Certains traders regardent aussi où se situent les dernières transactions : plus près du bid, le prix tend à baisser ; plus près de l'ask, il tend à monter. Rien de tout cela n'est infaillible : de nouveaux ordres peuvent surgir à tout moment et renverser la lecture.
Les données de niveau II proviennent de plusieurs types de sources. Voici les principales, à jour en 2026 :
⚠️ Sur les actions et les futures, le niveau II est généralement plus cher que le niveau I. Certains courtiers l'offrent gratuitement mais se rattrapent sur des commissions plus élevées. Vérifiez toujours le tarif exact et le nombre de niveaux affichés avant de vous abonner.
La profondeur de marché indique la liquidité d'un instrument à chaque niveau de prix. Une bonne profondeur signifie une bonne liquidité et donc moins d'impact d'un gros ordre sur le prix. La plupart des plateformes affichent le DOM sous forme d'échelle d'ordres d'achat/vente mise à jour en temps réel. Trois plateformes se distinguent :
MetaTrader 5 (MT5), développée par MetaQuotes, est l'une des plateformes les plus populaires dotées d'un DOM. Pensée comme une évolution de MT4, elle offre une profondeur de marché accessible depuis le Market Watch, avec des opérations de marché (achat/vente au meilleur prix) et des demandes de transaction (ordres en attente à un prix précis). Compte tenu de l'adoption massive de MetaTrader, des brokers comme ActivTrade et AvaTrade proposent ce DOM.

cTrader, développée par Spotware Systems, est réputée pour son modèle sans dealing-desk, ses outils graphiques riches et sa tarification de niveau II. Elle propose trois types de DOM : le DOM standard (visualisation sans trading), le DOM de prix (entrée avec ordres stop et limite, gestion des positions) et le DOM VWAP, qui pondère le volume à chaque prix. Des brokers comme FP Markets et Skilling la proposent.

Proposée par IG, la plateforme L2 Dealer donne accès à l'ensemble du carnet d'ordres, avec la profondeur issue de plusieurs bourses. Elle permet d'évaluer le sentiment du marché, participants haussiers ou baissiers, et d'utiliser les mesures de volume pour caler ses entrées sur la liquidité du sous-jacent. Elle s'adresse aux traders qui veulent un contrôle direct de leurs positions CFD.

💡 Pour aller plus loin, consultez notre comparateur des plateformes d'analyse du flux d'ordres (order flow & volume).
Dans le contexte du niveau II, le tape reading consiste à étudier en temps réel le carnet d'ordres et le fil des transactions (time and sales) afin d'anticiper les mouvements de prix à très court terme. Le niveau II montre la profondeur (les ordres en attente) ; le téléscripteur affiche les transactions réellement exécutées. Le trader cherche à comprendre l'interaction entre les deux.
L'objectif : voir quel côté du marché montre une réelle force. Si les acheteurs frappent agressivement l'ask (ils acceptent de payer le prix vendeur pour être exécutés vite), cela signale une pression acheteuse. Des ventes constantes sur le bid signalent l'inverse.
Un gros ordre d'achat dans le carnet peut sembler être un soutien, mais s'il disparaît juste avant que le prix ne l'atteigne, il s'agissait sans doute d'un faux ordre destiné à influencer les autres. À l'inverse, si le même ordre réapparaît après exécution, cela peut trahir un ordre iceberg : un gros acteur achète ou vend discrètement plus que ce qu'il affiche.
L'absorption se produit quand le prix atteint plusieurs fois un niveau sans le franchir, parce que quelqu'un absorbe tous les ordres de l'autre côté — souvent le signe d'une grande institution en train de constituer une position. Les traders surveillent aussi le rythme du téléscripteur : une accélération traduit une dynamique qui s'intensifie, un ralentissement à faible volume annonce souvent une pause.
Le tape reading peut donner un avantage au trader expérimenté en révélant l'équilibre offre/demande avant même qu'il n'apparaisse sur le graphique en chandeliers. Il est particulièrement utile sur les marchés liquides (futures sur indices, large caps). Ses limites : les algorithmes et le trading à haute fréquence masquent souvent les intentions réelles, et il faut beaucoup de pratique pour éviter les erreurs d'interprétation. C'est une compétence avancée, surtout adaptée aux scalpers et day traders.
C'est le point que le marketing oublie souvent de préciser, et qui déroute beaucoup de débutants. Le véritable niveau II provient d'un carnet d'ordres central géré par une bourse. Or le forex au comptant et les CFD n'ont pas de carnet central unique.
Quand vous tradez un CFD, vous traitez au prix de votre broker, pas sur la bourse sous-jacente. La « profondeur » qu'affiche une plateforme CFD provient donc du carnet de son ou ses fournisseurs de liquidité, ou d'un flux agrégé, pas du véritable order book Nasdaq ou NYSE de l'action concernée. Cette profondeur reste utile pour jauger la liquidité disponible chez votre broker, mais elle ne reflète pas l'intégralité de l'offre et de la demande du marché mondial.
À retenir : sur actions et futures, le niveau II = le carnet officiel de la bourse. Sur forex/CFD, il s'agit d'une profondeur fournie par le broker ou son agrégateur, à interpréter comme telle. Avant de vous abonner, demandez-vous si votre stratégie a réellement besoin de la profondeur — pour un trader swing, le niveau I suffit largement.
Le carnet se met à jour plusieurs fois par seconde. Ce mouvement constant crée un « bruit » qui rend difficile la distinction entre activité significative et flux aléatoire, particulièrement déroutant pour les débutants.
De gros ordres peuvent apparaître puis disparaître avant exécution. Cette tactique, le spoofing, illégale sur les marchés régulés, vise à faire croire à un intérêt réel d'achat ou de vente, et fragilise le niveau II en tant que signal autonome.
Toute la liquidité n'est pas visible. Les institutions utilisent des ordres iceberg où seule une fraction de la taille réelle est affichée : se fier uniquement au niveau II peut conduire à mal évaluer la profondeur réelle.
Le niveau II indique où se trouvent les ordres maintenant, pas où ils seront. Un support ou une résistance apparents peuvent s'évaporer à l'instant suivant.
Sur beaucoup de courtiers actions/futures, le niveau II implique des frais, ou n'est débloqué qu'avec un abonnement, un frein pour les petits comptes.
Sur les titres peu négociés, le carnet présente des écarts larges et des informations clairsemées, ce qui rend l'interprétation bien moins fiable que sur les large caps ou les futures sur indices.
Les données de niveau II, aussi appelées profondeur du marché et carnet d'ordres, prolongent le niveau I en dévoilant les bids, asks et tailles au-delà des meilleurs prix. Bien lues, elles aident à repérer support, résistance, déséquilibres et zones de liquidité, et — combinées au tape reading — à sentir l'équilibre offre/demande avant qu'il n'apparaisse sur le graphique.
Elles restent toutefois un outil de confirmation, jamais une stratégie à part entière : le spoofing, les ordres iceberg et la volatilité du carnet imposent de les croiser avec l'analyse technique ou fondamentale. Sur actions et futures, elles proviennent du carnet officiel de la bourse (souvent payant) ; sur forex et CFD, d'une profondeur fournie par le broker. Réservées aux day traders et scalpers actifs sur marchés liquides, elles apportent surtout de la valeur à ceux qui savent déjà pourquoi et comment les utiliser.
⚠️ Investir comporte des risques de perte en capital.