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L'ESMA alerte sur les risques des marchés financiers en 2026


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L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) vient de publier son TRV Risk Monitor n°2 de 2026, consacré aux tendances, aux risques et aux vulnérabilités des marchés financiers européens. Le rapport, publié le 10 septembre 2026, dresse un état des lieux particulièrement intéressant après une première moitié d’année marquée par les tensions géopolitiques, le choc énergétique, la volatilité des marchés et la poursuite du recul des crypto-actifs.

Pour l’ESMA, le niveau de risque reste élevé. Les risques de marché, de contagion et opérationnels sont toujours considérés comme les plus importants, tandis que le risque de crédit demeure élevé. L'autorité estime également que les valorisations élevées de certains marchés, notamment les actions américaines et technologiques, constituent une source importante de vulnérabilité.

Une forte incertitude géopolitique et macroéconomique

Le premier semestre 2026 a été fortement influencé par l'aggravation des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le conflit a provoqué une hausse importante des prix de l'énergie et ravivé les craintes de stagflation.

L'ESMA souligne que les prévisions de croissance européenne ont été revues à la baisse. La Commission européenne table désormais sur une croissance du PIB de 1,1 % dans l'Union européenne en 2026, soit 0,3 point de moins que dans ses prévisions précédentes.

L'énergie constitue l'un des principaux facteurs de risque. Dans le scénario de référence de la BCE, le pétrole devait atteindre en moyenne environ 81 dollars le baril en 2026. Dans le scénario défavorable, le prix pourrait atteindre 126 dollars et monter jusqu'à 150 dollars dans un scénario de choc énergétique plus sévère.

Cette hausse des prix de l'énergie se traduit également par une remontée des anticipations d'inflation. L'inflation de la zone euro est désormais anticipée à 3,1 % en 2026, avant un retour vers l'objectif en 2027-2028.

Dans ce contexte, la BCE a relevé ses taux directeurs de 25 points de base en juin 2026, les portant dans une fourchette comprise entre 2,25 % et 2,65 %.

Les actions résistent malgré les risques

Malgré le choc géopolitique, les marchés actions ont fait preuve d'une remarquable résistance.

Les indices mondiaux ont fortement reculé en mars, avec une baisse d'environ 7 %, mais ils ont rapidement récupéré une grande partie de leurs pertes. Les marchés actions européens ont progressé de 12 % au premier semestre 2026.

Les performances ont toutefois été très différentes selon les pays. Les indices français et allemands ont progressé respectivement de 6 % et 2 %, tandis que l'Italie et l'Espagne ont enregistré des hausses beaucoup plus importantes, de 18 % et 15 %.

Aux États-Unis, le S&P 500 et les autres grands indices ont également résisté. Le marché américain a gagné environ 10 % au premier semestre, porté notamment par les bénéfices des entreprises technologiques.

Mais cette résistance constitue aussi une source d'inquiétude pour l'ESMA. Les valorisations restent élevées alors que l'environnement macroéconomique s'est détérioré.

Le secteur technologique est particulièrement surveillé. Les ratios cours/bénéfices des marchés européens et américains ont rebondi au-dessus de leurs moyennes historiques après la correction de mars.

L'ESMA considère donc que le risque d'une correction brutale des marchés actions reste élevé, notamment si les bénéfices ou les perspectives de croissance des entreprises technologiques déçoivent.

La volatilité des marchés obligataires inquiète

Les obligations n'ont pas joué leur rôle traditionnel de valeur refuge lors du stress de mars.

Les rendements obligataires ont fortement progressé, notamment sous l'effet des nouvelles anticipations d'inflation. En Allemagne, le rendement à deux ans a temporairement augmenté de 70 points de base et celui à dix ans de 40 points de base.

La situation est également préoccupante aux États-Unis : le rendement du Treasury américain à dix ans a augmenté de 29 points de base pour atteindre 4,4 % fin juin 2026.

L'ESMA observe par ailleurs une augmentation importante de la volatilité des obligations souveraines européennes et américaines. Cette évolution remet en question le rôle traditionnel des obligations d'État comme protection lorsque les actions chutent.

La corrélation entre les marchés actions et obligataires européens a atteint son niveau le plus élevé jamais enregistré dans les données étudiées par l'ESMA. Cette évolution constitue un changement important pour les investisseurs utilisant traditionnellement les obligations pour diversifier leur portefeuille.

Le risque de crédit recommence à augmenter

Les tensions sur le crédit constituent une autre source d'inquiétude.

Le taux de défaut des entreprises européennes à haut rendement est passé de 1 % au second semestre 2025 à 1,54 % au premier semestre 2026, dépassant ainsi sa moyenne historique depuis 2015.

L'ESMA observe également une hausse progressive des défauts des entreprises européennes non financières et estime que les besoins importants de refinancement pourraient accentuer les difficultés si la croissance économique ralentit davantage.

Les risques liés au private credit sont particulièrement surveillés aux États-Unis. Plusieurs fonds américains de crédit privé ont subi des demandes importantes de rachats après la dégradation de certaines valorisations, notamment dans le secteur des logiciels.

L'ESMA estime que les risques européens provenant du private credit pourraient surtout être liés aux expositions des investisseurs européens au marché américain.

Les crypto-monnaies poursuivent leur correction

Le marché des crypto-actifs a connu un premier semestre particulièrement difficile.

Après le flash crash d'octobre 2025, la capitalisation totale du marché crypto a encore diminué de 25 % au premier trimestre 2026, pour atteindre environ 2 200 milliards d'euros fin mars.

La baisse s'est poursuivie au deuxième trimestre. À fin juin, la capitalisation totale ne représentait plus qu'environ 1 900 milliards d'euros, soit une baisse de 28 % depuis le début de l'année.

Les principales cryptomonnaies ont fortement reculé :

Le Bitcoin a néanmoins mieux résisté que la plupart des autres grandes cryptomonnaies, ce qui confirme son statut relativement plus liquide et institutionnalisé.

Les produits d'investissement crypto ont également subi cette correction. La valeur des fonds et ETP crypto disponibles dans l'EEE est passée d'environ 18 milliards d'euros fin 2025 à 12 milliards en juin 2026, soit une baisse d'environ un tiers.

Les stablecoins deviennent un risque structurel

Après leur forte croissance en 2025, les stablecoins ont cessé de progresser en 2026. Leur encours s'est stabilisé autour de 275 milliards d'euros.

Le marché reste toutefois extrêmement concentré : USDT et USDC représentent environ 82 % de la valeur totale des stablecoins.

Pour l'ESMA, cette concentration constitue une vulnérabilité structurelle compte tenu du rôle croissant des stablecoins dans l'écosystème crypto et de leurs liens de plus en plus importants avec la finance traditionnelle.

Plus d'un investisseur européen sur 40 utilise des produits dérivés

L'une des parties les plus intéressantes du rapport concerne les investisseurs particuliers.

Entre 2022 et 2025, plus de 10 millions d'investisseurs particuliers européens, soit environ 2,6 % de la population adulte, ont acheté ou vendu des produits dérivés ou des produits structurés.

Les produits à effet de levier occupent une place importante dans les transactions complexes. Les CFD représentent 35 % des transactions étudiées, contre 18 % pour les turbos et 13 % pour les options.

L'ESMA rappelle que les CFD et les turbos peuvent être utilisés à des fins de couverture, mais qu'ils sont fréquemment utilisés pour de la spéculation à court terme.

L'effet de levier augmente les gains potentiels mais également les pertes et les coûts liés au trading, notamment les spreads et les frais de financement. Il augmente aussi le risque qu'une position soit rapidement clôturée lorsque le marché évolue défavorablement.

Le rapport souligne également une évolution intéressante : les transactions sur les turbos augmentent tandis que celles sur les CFD ne suivent pas la même tendance. L'ESMA estime que certains investisseurs pourraient utiliser les turbos comme substituts aux CFD.

L'autorité rappelle enfin que certains produits présentés comme des « perpetual futures » ou « perpetual contracts » pourraient entrer dans le champ des mesures européennes applicables aux CFD.

Les réseaux sociaux deviennent un facteur de risque pour les investisseurs

L'augmentation du nombre de nouveaux investisseurs sur les plateformes numériques apporte davantage de participation aux marchés, mais elle comporte également des risques.

L'ESMA insiste notamment sur l'influence des réseaux sociaux. Les investisseurs inexpérimentés peuvent être exposés à des informations fausses ou trompeuses et prendre des décisions de trading basées davantage sur le sentiment collectif que sur les fondamentaux.

Au cours du premier semestre 2026, le sentiment exprimé sur les réseaux sociaux concernant les actions du Stoxx 600 est resté relativement favorable alors que le sentiment général des investisseurs se détériorait. Pour l'ESMA, cette divergence peut indiquer que les discussions sur les réseaux sociaux ne reflètent pas correctement les fondamentaux du marché.

Les fonds européens restent solides mais exposés aux valorisations

Le secteur européen de la gestion d'actifs a globalement résisté à la volatilité.

Les flux vers les fonds sont restés positifs dans la plupart des catégories et les performances ont progressé. Les fonds de matières premières ont notamment bénéficié de l'environnement de marché.

Les actifs sous gestion du secteur des fonds de la zone euro ont atteint 23 100 milliards d'euros, en hausse de 3,7 % au premier semestre 2026. Les fonds actions représentent environ 34 % de ces actifs, devant les fonds obligataires à 22 % et les fonds mixtes à 18 %.

Mais l'ESMA continue de surveiller le risque de valorisation, notamment parce que les fonds actions européens sont fortement exposés au marché américain. Environ 45 % des actifs des fonds actions sont exposés aux actions américaines.

Les fonds immobiliers restent sous surveillance

Les difficultés rencontrées par plusieurs fonds immobiliers allemands en 2026 illustrent les problèmes potentiels de liquidité dans ce secteur.

Six fonds immobiliers allemands ont suspendu les rachats en 2026. L'ESMA considère toutefois que le phénomène reste limité : les fonds suspendus représentaient environ 5 milliards d'euros fin 2025, soit seulement 0,5 % du secteur européen.

Les fonds concernés sont néanmoins davantage exposés à l'immobilier commercial, dont les prix restent environ 12 % sous leur niveau de 2022.

Le risque cyber devient systémique

L'un des nouveaux risques majeurs identifiés par l'ESMA concerne la cybersécurité et l'intelligence artificielle.

Les infrastructures financières sont de plus en plus dépendantes de systèmes informatiques interconnectés. Une attaque contre un acteur systémique ou un prestataire informatique essentiel pourrait donc se propager rapidement à plusieurs institutions.

L'arrivée de modèles d'IA de plus en plus puissants accentue cette menace. Ces outils peuvent accélérer considérablement la découverte et l'exploitation de vulnérabilités informatiques.

L'ESMA considère que les acteurs financiers doivent donc renforcer leurs capacités de défense, leurs tests de résilience et leur surveillance des prestataires technologiques.

Le risque est particulièrement important en raison de l'interconnexion du système financier : une panne ou une attaque durant plusieurs jours et touchant simultanément plusieurs institutions pourrait transformer un incident informatique en choc macrofinancier.

Le marché européen des fonds reste trop fragmenté

L'ESMA met également en évidence la fragmentation du marché européen de la gestion d'actifs.

Les ménages européens détenaient environ 39 000 milliards d'euros d'actifs financiers fin 2024, mais une part importante reste placée sur des dépôts à faible rendement.

L'Europe compte par ailleurs environ cinq fois plus de fonds communs de placement que les États-Unis, alors que les fonds américains gèrent davantage d'actifs. Cette fragmentation réduit les économies d'échelle et peut augmenter les coûts pour les investisseurs.

Plus de 30 % des OPCVM européens commercialisés dans plusieurs pays, soit environ 4 000 fonds, ne sont disponibles que dans deux pays au maximum.

Le financement privé européen reste en retard

Le rapport souligne aussi le potentiel encore inexploité du private equity, du capital-risque et des autres formes de financement privé en Europe.

L'Europe et l'EEE ne représentent qu'une part relativement faible du financement privé mondial au cours des dix dernières années. Leur poids reste notamment très inférieur à celui des États-Unis.

Les opérations de buyout représentent la principale catégorie d'investissement privé en Europe, devant les infrastructures et l'immobilier. Le capital-risque reste relativement limité, malgré son importance pour financer l'innovation.

Des valorisations technologiques particulièrement élevées

L'ESMA consacre une analyse spécifique aux grandes introductions en Bourse technologiques américaines.

Le cas de SpaceX est particulièrement spectaculaire. Son introduction en Bourse du 12 juin 2026 aurait permis de lever 75 milliards de dollars, pour une valorisation implicite d'environ 1 800 milliards de dollars.

La valorisation a temporairement atteint environ 2 100 à 2 500 milliards de dollars sur le marché secondaire avant de revenir sous le prix d'émission.

Avec un chiffre d'affaires de 18,7 milliards de dollars en 2025 et une perte nette de 4,9 milliards, SpaceX a été valorisée à environ 95 fois son chiffre d'affaires, et jusqu'à plus de 110 fois lors des premières transactions.

Pour l'ESMA, ces niveaux de valorisation montrent à quel point le marché mise sur la croissance future des revenus des entreprises technologiques.

Le secteur informatique mondial se négocie autour de 40 fois les bénéfices, bien au-dessus de ses moyennes historiques. Une déception sur les revenus ou les perspectives de croissance pourrait donc entraîner une correction rapide.

La tokenisation des actions progresse rapidement

La tokenisation des actions reste encore marginale, mais sa progression est rapide.

La valeur des actions tokenisées est passée d'environ 300 millions d'euros fin 2024 à 1,9 milliard d'euros fin juin 2026, soit une multiplication par 6,5 en seulement dix-huit mois.

L'objectif est de représenter les actions sur une infrastructure blockchain afin de faciliter leur émission, leur transfert et leur règlement.

L'ESMA souligne toutefois que la majorité des projets actuels reposent sur des structures « wrapped » : le token représente une exposition économique à une action détenue par un tiers, mais le titre de propriété juridique reste hors blockchain.

La tokenisation pourrait à terme permettre un règlement atomique, dans lequel le transfert du titre et le paiement interviennent simultanément. Mais de nombreux systèmes actuels restent hybrides, avec le transfert du token sur blockchain et le règlement du cash via les infrastructures traditionnelles.

La fragmentation de la liquidité constitue également un risque. Plusieurs représentations d'une même action pourraient exister sur différentes plateformes, ce qui pourrait réduire la profondeur de marché et compliquer la formation des prix.

Les marchés prédictifs connaissent une forte croissance

L'ESMA s'intéresse enfin aux prediction markets, ces plateformes permettant de négocier des contrats dont le résultat dépend de la réalisation d'un événement futur.

Des plateformes comme Polymarket et Kalshi connaissent une croissance rapide et attirent désormais l'attention des grandes infrastructures financières.

Au quatrième trimestre 2025, les volumes trimestriels ont atteint environ 8,8 milliards de dollars sur Kalshi et 12 milliards sur Polymarket.

Le phénomène commence également à intéresser les marchés financiers traditionnels. Plusieurs acteurs comme CME, CBOE, Nasdaq ou ICE développent des produits ou des partenariats liés aux marchés prédictifs.

Mais l'ESMA identifie d'importants risques : manipulation des marchés, délit d'initié, manque de transparence, risques liés aux oracles et aux données utilisées pour déterminer le résultat des contrats.

La dimension fortement spéculative de ces plateformes et leur intégration avec les cryptomonnaies, la DeFi, l'intelligence artificielle et les réseaux sociaux renforcent également les risques pour les investisseurs particuliers.

Ce qu'il faut retenir du rapport de l'ESMA

Le rapport TRV n°2 de 2026 présente finalement un environnement financier particulièrement incertain.

Les marchés ont démontré leur capacité à absorber rapidement les chocs géopolitiques, mais cette résistance ne signifie pas que les risques ont disparu. Au contraire, l'ESMA identifie plusieurs sources potentielles de corrections importantes :

  • valorisations élevées des actions, notamment dans la technologie ;

  • forte concentration du marché américain autour des grandes valeurs technologiques ;

  • hausse de la volatilité obligataire ;

  • risques de refinancement pour les entreprises ;

  • augmentation des défauts des entreprises à haut rendement ;

  • poursuite de la correction des crypto-actifs ;

  • concentration du marché des stablecoins ;

  • risques liés aux produits à effet de levier, notamment CFD, turbos et options ;

  • influence croissante des réseaux sociaux sur les investisseurs particuliers ;

  • augmentation des cyber-risques liés notamment à l'intelligence artificielle ;

  • développement rapide de nouveaux marchés, comme la tokenisation et les prediction markets.

Pour les investisseurs et les traders, le principal message du rapport est donc celui de la vigilance. L'ESMA estime que les marchés restent capables d'absorber les chocs, mais que l'écart entre des valorisations élevées et un environnement macroéconomique beaucoup plus incertain pourrait provoquer des mouvements de marché rapides et importants. Les investisseurs doivent notamment conserver des liquidités suffisantes pour faire face à une éventuelle correction brutale.

Source : ESMA, « TRV Risk Monitor – ESMA Report on Trends, Risks and Vulnerabilities No. 2, 2026 », publié le 10 septembre 2026. Le rapport précise qu'il s'agit d'une analyse des tendances et risques des marchés et non de prévisions ou de conseils en investissement.


Le trading de CFD implique un risque de perte significatif, il ne convient donc pas à tous les investisseurs. 70 à 80% des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent en négociant des CFD.

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