
Mis à jour le 05 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
Le cash and carry (ou cash and carry trade) est une stratégie d'arbitrage qui consiste à acheter un actif sur le marché au comptant et à vendre simultanément un contrat à terme sur ce même actif. Le trader ne parie pas sur la hausse ou la baisse du prix : il cherche à encaisser l'écart entre le prix à terme et le prix au comptant, une fois déduits les frais de détention de l'actif.
Cette opération, aussi appelée basis trade ou arbitrage comptant-terme, est utilisée sur les matières premières, les obligations d'État, les indices boursiers et les cryptomonnaies. Ce guide explique son fonctionnement, la manière de calculer son rendement, ses variantes et ses risques.
Points clés à retenir
Sur les marchés financiers, l'arbitrage désigne le fait de profiter d'un écart de prix entre deux marchés pour un même actif. Dans un cash and carry, les deux marchés sont le marché au comptant (cash ou spot) et le marché à terme. L'arbitragiste prend deux positions opposées :
Comme le prix de vente futur est déjà fixé par le contrat, les variations du cours n'ont plus d'effet sur le résultat final : ce que l'une des deux jambes gagne, l'autre le perd. Il s'agit d'une stratégie dite neutre par rapport au marché.
Prenons un producteur qui détient 10 000 barils de pétrole. S'il vend 10 contrats à terme de 1 000 barils chacun, il fixe dès aujourd'hui son prix de vente. Un arbitragiste fait la même chose sans être producteur : il achète le pétrole au comptant uniquement pour le livrer plus tard au prix du contrat.
Qu'appelle-t-on la base ?
La base est la différence entre le prix du contrat à terme et le prix au comptant. Quand le contrat à terme est plus cher que le comptant, le marché est dit en contango (ou en report). Dans le cas inverse, il est en backwardation (ou en déport). À l'échéance, les deux prix se rejoignent et la base devient nulle.
Un contrat à terme n'est pas plus cher que le comptant par hasard. Détenir un actif jusqu'à une date future a un coût, appelé coût de portage (cost of carry). Il comprend :
En théorie, le prix à terme d'équilibre se déduit du prix au comptant :
Prix à terme théorique = prix au comptant + coût de financement + coût de stockage − revenus de l'actif
Si le contrat à terme cote exactement ce prix, il n'y a rien à gagner. L'occasion d'arbitrage apparaît lorsque le prix à terme observé sur le marché dépasse ce prix théorique :
Profit du cash and carry = (prix à terme − prix au comptant) − coûts de portage − frais de transaction
Le même raisonnement s'applique aux devises, où l'écart entre le cours au comptant et le cours à terme dépend des taux d'intérêt des deux monnaies : c'est la parité des taux d'intérêt. Sur les matières premières, la forme de la courbe des prix à terme détermine aussi le rendement de roulement des positions en futures.
Relevez le prix au comptant et le prix du contrat à terme, puis estimez tous vos coûts jusqu'à l'échéance : financement, stockage, commissions, écarts acheteur-vendeur. L'opération n'est pertinente que si la base dépasse nettement ce total.
Achetez la quantité exacte correspondant à la taille du contrat à terme. Pour un actif financier (ETF, obligation, cryptomonnaie), l'achat se fait en quelques clics. Pour une matière première, il faut organiser le stockage.
Vendez au même moment le contrat à terme sur la même quantité. Les deux ordres doivent être exécutés ensemble : un décalage de quelques secondes peut suffire à réduire l'écart visé.
Le compte de futures est réévalué chaque jour. Si le prix monte, la jambe vendue affiche une perte latente et la chambre de compensation réclame un complément de marge. Gardez des liquidités disponibles pour y faire face.
À l'expiration, vous livrez l'actif contre le prix convenu, ou vous clôturez les deux positions au moment où les prix ont convergé. La base est alors encaissée.
Un baril de pétrole se négocie 87 $ au comptant. Le contrat à terme d'échéance trois mois cote 90 $. Le stockage, l'assurance et le financement coûtent au total 2 $ par baril sur la période. Un arbitragiste achète 1 000 barils et vend un contrat à terme de 1 000 barils.
| Élément | Par baril | Pour 1 000 barils |
|---|---|---|
| Achat au comptant | 87 $ | 87 000 $ |
| Vente à terme | 90 $ | 90 000 $ |
| Base (écart brut) | 3 $ | 3 000 $ |
| Coûts de portage | 2 $ | 2 000 $ |
| Profit net | 1 $ | 1 000 $ |
Ce résultat ne dépend pas du prix du pétrole à l'échéance. Le tableau suivant le vérifie pour trois scénarios :
| Prix à l'échéance | Résultat sur le comptant | Résultat sur le contrat à terme | Coûts | Profit net par baril |
|---|---|---|---|---|
| 70 $ | −17 $ | +20 $ | −2 $ | 1 $ |
| 90 $ | +3 $ | 0 $ | −2 $ | 1 $ |
| 110 $ | +23 $ | −20 $ | −2 $ | 1 $ |
Rapporté aux 87 $ immobilisés, un gain de 1 $ en trois mois représente environ 1,15 %, soit près de 4,6 % en rythme annuel. Ce rendement doit être comparé à celui d'un placement sans risque de même durée : s'il n'est pas supérieur, l'opération ne rémunère pas le travail et les risques qu'elle implique.
Une erreur fréquente
On lit parfois que le cash and carry est rentable « si le prix de l'actif monte ». C'est inexact : le gain d'une hausse sur le comptant est annulé par la perte équivalente sur le contrat à terme. Le profit vient uniquement de la base, et il est connu dès l'ouverture de la position.
Lorsque le contrat à terme cote en dessous de son prix théorique, l'arbitrage s'inverse. Dans un reverse cash and carry, le trader vend l'actif à découvert au comptant, place le produit de la vente et achète le contrat à terme. À l'échéance, il prend livraison de l'actif par le contrat et le restitue au prêteur.
Cette version est plus difficile à mettre en œuvre : il faut pouvoir emprunter l'actif, payer des frais de prêt-emprunt, et la vente à découvert n'est pas praticable sur la plupart des matières premières physiques.
Sur les marchés de taux, l'opération est connue sous le nom de Treasury basis trade. Un fonds achète une obligation du Trésor américain et vend le contrat à terme correspondant, qui cote avec une légère prime. L'achat de l'obligation est financé à très court terme sur le marché du repo (prêt garanti par des titres).
L'écart capté est très faible, souvent quelques centièmes de point de pourcentage. Pour obtenir un rendement significatif, les hedge funds utilisent un levier élevé. C'est ce qui rend l'opération fragile : en mars 2020, la hausse brutale des appels de marge et du coût du repo a forcé de nombreux fonds à dénouer leurs positions en même temps, ce qui a perturbé le marché des bons du Trésor et conduit la Réserve fédérale à intervenir massivement.
Les cryptomonnaies ont rendu le cash and carry accessible à un public plus large. Les contrats à terme sur bitcoin cotent souvent avec une prime par rapport au comptant, surtout en phase haussière, lorsque la demande de positions acheteuses à levier est forte. L'arbitrage consiste à acheter du bitcoin (ou des parts d'un ETF bitcoin au comptant) et à vendre le contrat à terme de même montant.
Deux variantes existent :
Le rendement de cette opération varie fortement selon les périodes : élevé dans l'euphorie, proche de zéro voire négatif lorsque le marché se retourne. Elle ajoute aussi un risque propre aux cryptomonnaies, celui de la plateforme qui détient les fonds et la marge.
Le coût de financement est la variable centrale d'un cash and carry. Certains traders cherchent donc un financement moins cher que celui de leur courtier, et le trouvent sur le marché des options grâce au box spread. Cette combinaison de quatre options sur deux prix d'exercice verse à l'échéance un montant fixe, quel que soit le cours du sous-jacent. Elle équivaut à un prêt ou à un emprunt à taux fixe.
Exemple : un box spread sur un ETF indiciel entre les prix d'exercice 400 et 500 vaut 100 $ par action à l'échéance, soit 10 000 $ par contrat de 100 actions. Si ce box se négocie aujourd'hui 9 615 $ pour une échéance d'un an, le taux d'intérêt implicite est d'environ 4 % (10 000 / 9 615 − 1). Le trader qui vend ce box encaisse 9 615 $ et rembourse 10 000 $ dans un an : il a emprunté à 4 %. Si son courtier facture davantage sur la marge, le financement par les options est plus avantageux.
Les deux noms se ressemblent, mais les stratégies sont différentes. Le carry trade classique consiste à emprunter dans une devise à faible taux pour placer dans une devise à taux élevé. Il rapporte le différentiel de taux, mais il reste exposé aux variations du taux de change.
| Critère | Cash and carry | Carry trade |
|---|---|---|
| Source du gain | Écart entre prix à terme et prix au comptant | Écart de taux d'intérêt |
| Positions | Achat au comptant + vente à terme du même actif | Emprunt d'une devise, placement dans une autre |
| Exposition au prix | Couverte | Non couverte |
| Gain connu à l'avance | Oui, à l'échéance | Non |
| Risque principal | Appels de marge, financement | Variation du taux de change |
Le terme basis trade, lui, désigne bien la même opération que le cash and carry : acheter l'actif et vendre le contrat à terme pour capter la base.
L'arbitrage cash and carry est plus simple à réaliser sur les actifs financiers que sur les matières premières : une action, un ETF ou une cryptomonnaie ne demande ni entrepôt ni transport, et le coût de portage se limite au financement.
Le cash and carry est souvent présenté comme un arbitrage sans risque. C'est vrai sur le papier, si la position est tenue jusqu'à l'échéance. En pratique, plusieurs éléments peuvent faire échouer l'opération :
Ces écarts sont surveillés en permanence par des banques et des fonds équipés d'algorithmes, qui se financent à des taux inaccessibles aux particuliers. Comme pour l'arbitrage forex, les occasions visibles par un trader individuel sont rares et les marges restantes sont minces.
Un cash and carry nécessite un intermédiaire qui donne accès à la fois au marché au comptant et aux contrats à terme, avec des frais et un taux de financement faibles.
⚠️ Investir comporte des risques de perte.
Le cash and carry consiste à acheter un actif au comptant et à vendre le contrat à terme correspondant pour encaisser la base. Le gain ne dépend pas de l'évolution du prix : il est égal à l'écart entre les deux marchés, diminué des coûts de financement, de stockage et de transaction.
Le principe est simple, mais son application est exigeante. La marge est faible, les frais doivent être calculés avec précision, et l'opération demande des liquidités disponibles pour faire face aux appels de marge jusqu'à l'échéance. Avant de l'envisager, assurez-vous de bien comprendre le fonctionnement des contrats à terme et comparez toujours le rendement attendu à celui d'un placement sans risque. Pour découvrir d'autres approches, consultez notre guide des stratégies de trading.