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Monnaies numériques de banque centrale (CBDC) : euro numérique, yuan numérique et impact sur les crypto en 2026

Monnaies numériques de banque centrale (CBDC)

Mis à jour le 11 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr

Points clés à retenir

  • Une CBDC (Central Bank Digital Currency) est la version numérique de la monnaie légale, émise et garantie directement par la banque centrale, comme les billets.
  • Selon l'Atlantic Council (mai 2026), 146 pays et unions monétaires représentant plus de 98 % du PIB mondial explorent une CBDC ; trois seulement l'ont pleinement lancée (Bahamas, Jamaïque, Nigeria).
  • L'euro numérique a franchi une étape décisive : le Parlement européen a voté le 9 juillet 2026 l'ouverture des négociations avec le Conseil. La BCE vise un pilote à partir de mi-2027 et une première émission en 2029.
  • Le yuan numérique (e-CNY) reste le projet le plus avancé des grandes économies, et peut être rémunéré depuis le 1er janvier 2026.
  • Les États-Unis ont fait le choix inverse : interdiction de tout dollar numérique par décret en janvier 2025 et encadrement des stablecoins privés avec le GENIUS Act.
  • Pour les crypto-monnaies, la concurrence vise surtout les stablecoins ; le Bitcoin, actif rare et décentralisé, répond à un besoin différent.

La monnaie que nous utilisons au quotidien est déjà largement numérique : virements, cartes bancaires, paiements mobiles. Pourtant, la seule monnaie émise directement par la banque centrale et accessible aux particuliers reste aujourd'hui le billet de banque. Les monnaies numériques de banque centrale visent à combler ce vide.

La Banque populaire de Chine (PBoC), la Banque centrale européenne (BCE), la Riksbank suédoise ou encore la Banque d'Angleterre travaillent sur leur propre CBDC, tandis que la Réserve fédérale a dû abandonner le sujet. Ces projets ont des implications économiques et technologiques, mais aussi géopolitiques, et intéressent directement les investisseurs en crypto-monnaies comme les traders sur le marché des devises. Ce guide fait le point sur leur fonctionnement, l'état d'avancement des principaux projets, le rôle de la blockchain et leurs conséquences pour les marchés.

Qu'est-ce qu'une CBDC ?

Une monnaie numérique de banque centrale (MNBC en français, CBDC en anglais) est une forme électronique de la monnaie nationale, émise et gérée par la banque centrale. Chaque unité numérique vaut exactement une unité physique : un euro numérique vaudra toujours un euro en billets.

Il ne faut pas la confondre avec les services de paiement comme Apple Pay, PayPal, Venmo ou Alipay. Ces outils facilitent les échanges électroniques, mais ils transportent de la monnaie bancaire, c'est-à-dire une créance sur une banque commerciale ou un établissement de paiement. Une CBDC transforme la monnaie légale elle-même en code informatique, au même titre que le renminbi numérique.

La différence est importante en cas de défaillance. Un dépôt bancaire n'est garanti que jusqu'à un certain montant (100 000 € par déposant et par banque dans l'Union européenne). Une CBDC, comme un billet, est un engagement direct de la banque centrale : elle ne peut pas disparaître dans la faillite d'une banque. Sa valeur peut en revanche s'éroder avec l'inflation.

On distingue deux familles de projets :

CritèreCBDCMonnaie bancaireStablecoinCrypto-monnaie (Bitcoin)
ÉmetteurBanque centraleBanque commercialeSociété privéeAucun (protocole décentralisé)
Valeur1 pour 1 avec la monnaie nationale1 pour 1 avec la monnaie nationaleIndexée sur une devise, adossée à des réservesFixée par l'offre et la demande
Risque de défautNul (comme un billet)Garanti jusqu'à 100 000 €Risque émetteur et réservesPas d'émetteur, forte volatilité
Cours légalOui (prévu pour l'euro numérique)NonNonNon (sauf exceptions)
ConfidentialitéDéfinie par la banque centraleSecret bancaire, KYCKYC à l'entrée et à la sortiePseudonymat sur la blockchain
Cadre européenRèglement spécifique (en négociation)Droit bancaireRèglement MiCARèglement MiCA

CBDC, stablecoin et crypto : trois logiques différentes

Le Bitcoin et l'Ethereum sont décentralisés et ne sont garantis par aucun État. Les stablecoins comme l'USDT ou l'USDC reproduisent la stabilité du dollar, mais reposent sur la solidité d'une entreprise privée. La CBDC est la seule des trois à offrir la garantie de l'État. Elle est d'ailleurs explicitement exclue du champ du règlement européen MiCA.

Pourquoi les banques centrales créent-elles leur monnaie numérique ?

Le recul de l'argent liquide

Le monde s'éloigne de l'argent physique au profit des paiements numériques, plus souples et plus pratiques. Aux États-Unis, la part des transactions réglées en espèces est passée d'environ 30 % en 2009 à moins de 21 % en 2020, et la tendance s'est accélérée depuis la pandémie. Le même mouvement est observé en zone euro, où la carte et les paiements mobiles grignotent chaque année la part du cash dans les commerces.

Part des transactions en espèces aux États-Unis de 2009 à 2020
Part des transactions en espèces dans le total des transactions aux États-Unis (source : Nordea, Fed d'Atlanta)

Or, si les espèces disparaissent, les citoyens n'ont plus aucun accès direct à la monnaie de banque centrale : tout leur argent devient une créance sur des acteurs privés. La CBDC est pensée comme un « billet numérique » qui préserve ce lien.

Garder le contrôle de la monnaie

Les banques centrales veulent conserver le contrôle de la création monétaire et du crédit à l'intérieur de leurs frontières : c'est l'un de leurs principaux pouvoirs. Lorsque des monnaies alternatives (crypto-monnaies, stablecoins, monnaies numériques étrangères) se diffusent, elles rendent la monnaie nationale et la politique monétaire moins efficaces.

La croissance des stablecoins adossés au dollar, dont la capitalisation dépasse désormais plusieurs centaines de milliards de dollars, inquiète particulièrement la BCE : une adoption massive en Europe ferait dépendre une partie des paiements d'émetteurs américains.

La souveraineté des paiements

En Europe, l'essentiel des paiements par carte transite par des réseaux non européens (Visa, Mastercard) et une part croissante des paiements mobiles par des solutions américaines ou chinoises. L'euro numérique est présenté par ses promoteurs comme un moyen de disposer d'une infrastructure de paiement paneuropéenne, utilisable partout dans la zone euro.

Une transmission plus directe des politiques publiques

Pendant la pandémie de Covid-19, les chèques de relance américains ont mis des semaines à parvenir aux ménages : il fallait réunir les adresses ou les coordonnées bancaires de chaque bénéficiaire, et certaines personnes ont été oubliées. Si chacun disposait d'un portefeuille numérique à la banque centrale, ce type de transfert pourrait être quasi instantané. Nous revenons sur cet aspect dans la partie consacrée à la politique monétaire.

L'inclusion financière

Dans les pays où une grande partie de la population n'a pas de compte bancaire, une CBDC accessible depuis un simple téléphone peut donner accès aux paiements numériques. C'est l'argument principal des projets lancés aux Bahamas, en Jamaïque ou au Nigeria, et l'une des raisons pour lesquelles les pays émergents sont les plus actifs dans ce domaine.

Où en sont les CBDC dans le monde en 2026 ?

Selon le traqueur de l'Atlantic Council mis à jour en mai 2026, 146 pays et unions monétaires, représentant plus de 98 % du PIB mondial, explorent une monnaie numérique de banque centrale. 77 d'entre eux sont à un stade avancé (développement, pilote ou lancement) et 41 mènent un projet pilote. Tous les pays du G20 travaillent sur le sujet, à l'exception des États-Unis.

Seuls trois pays ont pleinement lancé leur CBDC de détail : les Bahamas (Sand Dollar, octobre 2020), le Nigeria (eNaira, octobre 2021) et la Jamaïque (JAM-DEX, 2022). Leur adoption reste modeste, ce qui rappelle qu'une CBDC ne s'impose pas d'elle-même face aux moyens de paiement existants.

Avancement des projets de CBDC par pays en 2021
Avancement des projets de CBDC en 2021 (source : Nordea Markets). La Suède faisait alors figure de pionnière occidentale ; la zone euro l'a depuis dépassée.

Pays / zoneProjetStatut en octobre 2026
Zone euroEuro numériqueRèglement en trilogue depuis juillet 2026 ; pilote visé mi-2027, émission possible en 2029
Chinee-CNY (yuan numérique)Pilote à très grande échelle ; rémunérable depuis janvier 2026
Suèdee-couronneTravaux techniques menés depuis 2020 ; la Riksbank demande une enquête parlementaire avant toute décision
Royaume-UniLivre numériquePhase de conception en cours en 2026, aucune décision de lancement
Indee-roupiePilote de détail depuis décembre 2022
États-UnisDollar numériqueInterdit par décret présidentiel depuis janvier 2025
Bahamas, Jamaïque, NigeriaSand Dollar, JAM-DEX, eNairaLancés, adoption limitée

Sources : Atlantic Council (CBDC Tracker, mai 2026), BCE, Banque populaire de Chine, Riksbank, Banque d'Angleterre.

L'euro numérique : fonctionnement et calendrier

L'euro numérique est le projet de CBDC de détail de l'Eurosystème. Il serait accessible gratuitement aux particuliers via leur banque ou leur prestataire de paiement, dans une application dédiée ou dans leur application bancaire habituelle, et accepté dans toute la zone euro.

Les principales caractéristiques prévues

Le calendrier

1
Juin 2023 : proposition de la Commission

La Commission européenne publie le projet de règlement sur l'euro numérique, accompagné d'un texte protégeant le cours légal des espèces.

2
Octobre 2025 : fin de la phase préparatoire

Le 30 octobre 2025, le Conseil des gouverneurs de la BCE clôt la phase préparatoire ouverte en novembre 2023 et lance l'étape suivante du projet.

3
Décembre 2025 : position du Conseil de l'UE

Les États membres adoptent leur position de négociation le 19 décembre 2025.

4
Juillet 2026 : vote du Parlement européen

Après le vote de la commission ECON le 23 juin, la plénière approuve le 9 juillet 2026 l'ouverture des négociations par 416 voix pour, 169 contre et 22 abstentions. Le premier trilogue se tient le 13 juillet.

5
Mi-2027 : exercice pilote

Si le règlement est adopté en 2026, un pilote de douze mois avec des prestataires de paiement et des commerçants sélectionnés pourrait débuter à partir de mi-2027.

6
2029 : première émission possible

L'Eurosystème vise à être prêt pour une émission initiale en 2029. La décision finale d'émettre ne sera prise qu'après l'adoption de la législation.

La BCE estime le coût de développement à environ 1,3 milliard d'euros jusqu'à l'émission, puis le fonctionnement à environ 320 millions d'euros par an, supportés par l'Eurosystème. Le projet reste politiquement disputé : ses partisans y voient un outil de souveraineté, ses opposants craignent une surveillance accrue des paiements et une concurrence déloyale pour les banques.

L'euro numérique n'est pas une crypto-monnaie

Contrairement au Bitcoin, l'euro numérique n'aura pas de cours fluctuant, ne pourra pas faire l'objet de spéculation et ne reposera pas sur une blockchain publique. Ce n'est pas non plus un placement : il ne sera pas rémunéré. Méfiez-vous des offres qui proposeraient « d'investir dans l'euro numérique » : il s'agit d'arnaques.

Le yuan numérique (e-CNY), pionnier des CBDC

La PBoC a été la première grande banque centrale à se lancer, avec son projet DCEP (Digital Currency Electronic Payment), devenu e-CNY. Le programme pilote, ciblant d'abord le commerce de détail et les ménages, a été progressivement étendu à des dizaines de villes. Contrairement au projet suédois, le yuan numérique ne repose pas sur une blockchain mais sur une architecture centralisée à deux niveaux : la PBoC émet, les banques commerciales distribuent.

En novembre 2025, la PBoC indiquait que l'e-CNY avait traité plus de 3,48 milliards de transactions pour une valeur cumulée d'environ 16 700 milliards de yuans, avec quelque 230 millions de portefeuilles personnels. Depuis le 1er janvier 2026, les banques peuvent verser des intérêts sur les soldes d'e-CNY, ce qui le rapproche d'un dépôt bancaire rémunéré.

L'ambition est aussi internationale. La Chine détient la plus grande part du commerce mondial et pourrait facturer ses échanges en yuan numérique ou le proposer comme instrument de règlement à ses partenaires. En septembre 2025, la PBoC a ouvert à Shanghai un centre international d'opérations pour le yuan numérique. La Chine participe également au projet mBridge, une plateforme de règlement transfrontalier en CBDC de gros partagée avec Hong Kong, la Thaïlande, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, dont la Banque des règlements internationaux (BRI) s'est retirée en octobre 2024.

Les freins à l'internationalisation du renminbi restent toutefois les contrôles de capitaux et la relative fermeture des marchés financiers chinois, que la technologie seule ne peut lever. Pour aller plus loin, consultez notre fiche sur le yuan chinois (CNY).

La Suède et l'e-couronne

La Suède est l'un des pays où l'argent liquide a le plus reculé, ce qui a poussé la Riksbank à étudier très tôt une couronne numérique. Contrairement à la Chine, elle a testé une solution fondée sur un registre distribué (DLT) de type blockchain, développée avec Accenture dans le cadre d'un pilote lancé en 2020.

Le projet n'a pas débouché sur un lancement. La Riksbank considère que l'avenir de l'euro numérique pèse sur ses choix et, dans son Rapport sur les paiements 2026, recommande au Parlement et au gouvernement suédois d'ouvrir une enquête officielle sur l'e-couronne : la décision d'émettre une CBDC relève du législateur, pas de la seule banque centrale.

Comment une CBDC peut-elle être conservée ?

Les travaux suédois ont mis en évidence trois grands modèles de conservation, chacun avec ses avantages et ses inconvénients :

Les États-Unis renoncent au dollar numérique

Pendant plusieurs années, la recherche sur un dollar numérique a été menée par la Fed de Boston, le MIT, Accenture et la Digital Dollar Foundation, sans jamais dépasser le stade expérimental. Le changement de politique est intervenu en 2025 :

Washington a donc choisi de confier la numérisation du dollar au secteur privé, via les stablecoins, plutôt qu'à sa banque centrale. Un choix qui renforce la diffusion internationale du dollar sous forme de jetons, et qui explique en partie l'accélération européenne sur l'euro numérique.

Le rôle de la blockchain dans les CBDC

La technologie blockchain a souvent été présentée comme le support naturel des CBDC. Dans les faits, la plupart des CBDC de détail (e-CNY, euro numérique) reposent sur des infrastructures centralisées, plus rapides et plus faciles à contrôler. Les registres distribués sont surtout utilisés pour les CBDC de gros et le règlement de titres tokenisés : le projet Agorá de la BRI, auquel participe l'Eurosystème, a testé en 2026 le règlement transfrontalier en une seule étape, et la BCE a prévu la mise en service en septembre 2026 de Pontes, qui relie des plateformes DLT aux services TARGET de règlement en monnaie de banque centrale. Ces travaux rejoignent ceux sur la tokenisation des actifs.

Avantages
  • Résilience : un registre réparti sur de nombreux nœuds réduit le risque de panne ou d'attaque sur un point unique
  • Traçabilité : chaque transaction est enregistrée et vérifiable par les participants autorisés
  • Règlement quasi instantané, qui réduit les coûts et les délais, notamment pour les paiements transfrontaliers
  • Programmabilité : des contrats intelligents peuvent automatiser le versement d'aides ou le règlement-livraison de titres
Inconvénients
  • Complexité technique et compétences rares pour la mise en œuvre et la maintenance
  • Menaces de sécurité : vulnérabilités des contrats intelligents, attaques par déni de service
  • Confidentialité : un registre consultable expose des données sensibles s'il n'est pas correctement cloisonné
  • Capacité limitée : les mécanismes de consensus ralentissent le traitement de volumes de paiements de détail massifs

Les défis de mise en œuvre

Interopérabilité
Les différents réseaux utilisent des protocoles et des normes distincts, ce qui complique les transferts d'une CBDC à l'autre. C'est tout l'enjeu des projets transfrontaliers comme Agorá ou mBridge.
Évolutivité
Une CBDC de détail doit traiter des dizaines de milliers de paiements par seconde. La Banque populaire de Chine a d'ailleurs jugé la DLT inadaptée à cet usage.
Intégration aux systèmes existants
Banques, terminaux de paiement et systèmes de règlement doivent être adaptés, ce qui est coûteux et long : c'est l'un des principaux postes de coût de l'euro numérique.
Éducation du public
Beaucoup de citoyens ignorent ce qu'est une CBDC ou la confondent avec une crypto-monnaie. Sans pédagogie, l'adoption reste faible, comme l'a montré l'eNaira au Nigeria.
Facteurs politiques
Cadres réglementaires nationaux, protection de la vie privée et tensions géopolitiques influencent directement la conception des CBDC et leur adoption.
Conformité
Une CBDC doit concilier lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme avec un niveau de confidentialité acceptable pour les utilisateurs.

Pourquoi les CBDC ne doivent pas remplacer les espèces

Les CBDC offrent des transactions plus rapides et moins chères, une meilleure inclusion financière et un meilleur suivi du blanchiment. Mais confier l'ensemble des paiements d'un pays à une seule infrastructure numérique crée un risque de concentration. Qu'il s'agisse d'un registre distribué ou d'un système centralisé, une panne majeure, une cyberattaque réussie ou une coupure d'électricité pourraient empêcher temporairement des millions de personnes d'accéder à leur argent.

C'est pourquoi un système mixte, dans lequel la CBDC coexiste avec l'argent liquide et la monnaie bancaire, est largement considéré comme la meilleure solution. Les espèces fonctionnent sans électricité ni réseau, sont acceptées partout et garantissent un anonymat total pour les petits paiements. Chacun pourrait ainsi choisir le moyen de paiement adapté à sa situation.

C'est l'option retenue en Europe : l'euro numérique est conçu comme un complément aux billets, et le Parlement européen a renforcé en 2026 les garanties sur l'acceptation et l'accès aux espèces. Le mode hors ligne de l'euro numérique répond lui aussi, en partie, à ce risque de panne.

Quel impact des CBDC sur les crypto-monnaies ?

L'arrivée des CBDC soulève de nombreuses questions chez les investisseurs en crypto-monnaies. Leur impact est réel, mais plus nuancé qu'une simple opposition entre « monnaie d'État » et « monnaie libre ».

Concurrence frontale pour les stablecoins
Une CBDC remplit la même fonction qu'un stablecoin (une monnaie numérique stable), avec la garantie de l'État en plus. C'est sur ce segment, plus que sur le Bitcoin, que la concurrence sera la plus forte.
Peu d'effet sur le Bitcoin comme réserve de valeur
Une CBDC reste une monnaie fiduciaire soumise à l'inflation. Elle ne répond pas à la demande d'un actif rare et indépendant des banques centrales, qui motive l'achat de Bitcoin.
Réglementation renforcée
Le développement des CBDC accompagne un durcissement des règles : connaissance du client, lutte anti-blanchiment, échange automatique d'informations fiscales (DAC8 depuis janvier 2026) et agrément MiCA des plateformes.
Coûts de conformité accrus
Les échanges de crypto-monnaies doivent investir dans la conformité, ce qui favorise la concentration du secteur autour des acteurs agréés.
Des passerelles facilitées
À terme, une CBDC interopérable pourrait simplifier les dépôts et retraits entre monnaie légale et crypto-actifs, et accélérer les paiements transfrontaliers.
Un regain d'intérêt pour la confidentialité
Les craintes de surveillance liées aux CBDC renforcent l'attrait des actifs décentralisés et des crypto-monnaies orientées vie privée, comme le Monero.

Contrairement à une idée répandue, une CBDC ne réduirait pas mécaniquement la volatilité des crypto-monnaies : le cours du Bitcoin dépend de l'offre et de la demande des investisseurs, pas de l'existence d'une monnaie numérique publique. En revanche, en offrant une alternative stable et garantie, les CBDC pourraient limiter l'usage des crypto-monnaies pour les paiements du quotidien, déjà marginal en Europe.

À plus long terme, les CBDC peuvent changer notre rapport à l'argent, en accélérant la transition vers une société avec moins d'espèces. Elles posent aussi la question d'un contrôle accru des pouvoirs publics sur le système financier et de la vie privée des citoyens, un débat qui reste ouvert et que l'industrie des crypto-monnaies doit suivre de près.

CBDC et politique monétaire

La politique de taux d'intérêt traditionnelle agit de manière indirecte : lorsque la banque centrale modifie ses taux, l'effet se diffuse dans l'économie par le crédit bancaire et le prix des actifs. L'assouplissement quantitatif passe lui aussi par le système financier : la banque centrale achète des obligations, ce qui fait monter leur prix et baisser les taux longs, et profite d'abord aux détenteurs d'actifs financiers.

Une CBDC ouvrirait la voie à une transmission beaucoup plus directe. Plutôt que d'acheter des obligations, une banque centrale pourrait verser de l'argent dans les portefeuilles numériques des ménages : une sorte de « QE pour le peuple » ou de monnaie hélicoptère.

Exemple chiffré

Une banque centrale qui achète 120 milliards de dollars d'obligations par mois pourrait, à la place, répartir ce montant entre 200 millions de bénéficiaires éligibles : 120 milliards / 200 millions = 600 dollars par personne et par mois, crédités instantanément sur leur portefeuille numérique.

La programmabilité permettrait même d'assortir ces versements d'une date d'expiration, pour inciter à les dépenser plutôt qu'à les épargner. Comme l'argent irait vers les ménages dont la propension à consommer est la plus élevée, ces transferts seraient aussi plus inflationnistes que le QE classique. Ces scénarios restent théoriques et très débattus : la BCE a explicitement exclu que l'euro numérique soit programmable de cette manière, et a écarté toute rémunération.

Plusieurs questions de conception ont un effet direct sur la stabilité financière :

Les CBDC menacent-elles la suprématie du dollar ?

La PBoC considère que l'avantage du premier arrivé compte. Le yuan numérique et son adoption potentielle par d'autres pays pourraient ouvrir la voie à une certaine dédollarisation de l'économie mondiale. Les pays émergents, dont les systèmes bancaires sont moins développés, seraient les premiers concernés : à mesure que la Chine pèse dans le commerce mondial, de plus en plus de pays, notamment en Asie du Sud-Est, utilisent le renminbi pour leur financement et leur facturation commerciale.

Les partisans de cette thèse avancent un raisonnement en plusieurs étapes : les États-Unis dépensent plus qu'ils ne gagnent, ce qui implique des déficits, donc de la dette et des émissions d'obligations ; ils dépendent des investisseurs étrangers pour les financer ; or ces derniers, exposés au risque de change et soucieux de diversification, pourraient réduire leurs achats de Treasuries.

Part du dollar et de l'euro dans les réserves de change mondiales de 2000 à 2020
Part de l'euro (bleu clair) et du dollar (bleu foncé) dans les réserves de change mondiales entre 2000 et 2020

Les chiffres invitent pourtant à la prudence. La part du dollar dans les réserves de change mondiales a reculé d'environ 71 % en 2000 à moins de 60 % en 2020, mais elle reste largement dominante : selon les données COFER du FMI, elle remontait à 57,13 % au premier trimestre 2026, contre 56,42 % fin 2025. Le renminbi ne représente toujours qu'une faible part du total, loin derrière l'euro. Pour comprendre ces dynamiques, consultez notre dossier sur l'histoire des monnaies de réserve.

Le statut de monnaie de réserve s'accompagne en effet d'une forte inertie : bien après le déclin économique ou militaire d'une puissance, sa monnaie continue d'être utilisée à l'international. Le dollar est la première monnaie de réserve depuis 1945, et le choix américain de diffuser des stablecoins adossés au dollar plutôt qu'une CBDC pourrait même prolonger sa domination dans l'économie numérique. Le dollar devrait donc rester la principale monnaie de réserve pendant encore de nombreuses années, même si l'avance chinoise sur les CBDC peut accélérer l'internationalisation du renminbi.

Conclusion

Les monnaies numériques de banque centrale ne sont plus un sujet de recherche : l'euro numérique est entré dans sa dernière ligne droite législative, le yuan numérique compte des centaines de millions d'utilisateurs, et près de 150 pays travaillent sur la question. Leurs objectifs sont clairs : préserver l'accès à la monnaie publique dans un monde où les espèces reculent, garder la maîtrise de la politique monétaire face aux stablecoins et aux crypto-monnaies, et assurer la souveraineté des paiements.

La blockchain y joue un rôle plus limité qu'annoncé : elle s'impose surtout pour les CBDC de gros et le règlement d'actifs tokenisés, tandis que les CBDC de détail privilégient des infrastructures centralisées. Dans tous les cas, ces nouvelles monnaies devront coexister avec les espèces, pour des raisons de résilience comme de liberté de choix.

Pour les investisseurs en crypto-monnaies, les CBDC ne signent pas la fin du Bitcoin, mais elles vont concurrencer les stablecoins, s'accompagner d'une réglementation plus stricte et relancer le débat sur la confidentialité des paiements. Pour les traders sur le marché des changes, elles constituent un facteur de long terme à surveiller, notamment pour le yuan et le statut du dollar. Il reste à voir comment elles façonneront exactement l'avenir de la monnaie, mais leur développement mérite d'être suivi de près.

Comparatif des plateformes pour acheter des crypto-monnaies

# Plateforme Note Siége social Licence MiCA/PSAN Cryptos Actions
1 Bitpanda ★★★★ 4.3/5 Autriche ✅ Enregistré 400
2 Kraken ★★★★ 4.3/5 USA ✅ Enregistré 381
3 Coinhouse ★★★★ 4.2/5 France ✅ Enregistré 51
4 OKX ★★★★ 4.2/5 Malte ✅ Enregistré 400
5 eToro ★★★★ 4.1/5 Chypre ✅ Enregistré 141
6 Coinbase ★★★★ 4.1/5 Luxembourg ✅ Enregistré 310
7 GoMining ★★★ 3.4/5 République tchéque Service de minage Bitcoin à distance (République tchéque)

⚠️ Le trading de cryptomonnaies est très risqué. La totalité du montant investi pourrait être perdue.

FAQ – Monnaies numériques de banque centrale

Qu'est-ce qu'une CBDC ? ▾
Une CBDC (Central Bank Digital Currency), ou monnaie numérique de banque centrale, est la version électronique de la monnaie légale d'un pays, émise et garantie directement par sa banque centrale. Elle a la même valeur que les billets (un euro numérique vaudra toujours un euro) et, comme eux, elle ne peut pas être perdue en cas de faillite d'une banque.
Quelle est la différence entre une CBDC et une crypto-monnaie ? ▾
Une CBDC est émise et contrôlée par une banque centrale, sa valeur est fixe par rapport à la monnaie nationale et elle a cours légal. Une crypto-monnaie comme le Bitcoin est décentralisée, n'est garantie par aucun État et son cours fluctue selon l'offre et la demande. Les stablecoins se situent entre les deux : ils sont stables, mais émis par des sociétés privées.
Quand l'euro numérique sera-t-il lancé ? ▾
Le règlement est en négociation entre le Parlement européen et le Conseil depuis juillet 2026. Si le texte est adopté en 2026, la BCE prévoit un exercice pilote à partir de mi-2027 et une première émission en 2029. La décision finale d'émettre ne sera prise qu'après l'adoption de la législation.
L'euro numérique va-t-il remplacer les espèces ? ▾
Non. L'euro numérique est conçu comme un complément aux billets et aux pièces, qui conservent leur cours légal. Un règlement distinct protège l'acceptation et l'accès aux espèces, et le Parlement européen a renforcé ces garanties en 2026.
Les CBDC fonctionnent-elles sur une blockchain ? ▾
Pas nécessairement. Les principales CBDC de détail, comme le yuan numérique ou l'euro numérique, reposent sur des infrastructures centralisées. La Suède a testé une solution de type blockchain pour l'e-couronne, et les registres distribués sont surtout utilisés pour les CBDC de gros destinées aux banques, comme dans les projets Agorá ou mBridge.
Quels pays ont déjà lancé une CBDC ? ▾
Trois pays ont pleinement lancé une CBDC de détail : les Bahamas (Sand Dollar, 2020), le Nigeria (eNaira, 2021) et la Jamaïque (JAM-DEX, 2022). La Chine mène un pilote à très grande échelle avec l'e-CNY, et 41 pays au total sont en phase pilote selon l'Atlantic Council.
Pourquoi les États-Unis refusent-ils un dollar numérique ? ▾
L'administration américaine estime qu'une CBDC menacerait la vie privée et la stabilité du système bancaire. Un décret de janvier 2025 interdit aux agences fédérales de développer une CBDC, et les États-Unis misent plutôt sur les stablecoins privés adossés au dollar, encadrés par le GENIUS Act depuis juillet 2025.
Les CBDC menacent-elles le Bitcoin ? ▾
Pas directement. Une CBDC est une monnaie fiduciaire soumise à l'inflation et contrôlée par une banque centrale, alors que le Bitcoin est recherché comme actif rare et décentralisé. La concurrence vise surtout les stablecoins utilisés pour les paiements. Les CBDC s'accompagnent toutefois d'un renforcement de la réglementation sur les plateformes crypto.
Une CBDC permet-elle à l'État de surveiller mes dépenses ? ▾
Tout dépend de sa conception. Pour l'euro numérique, la BCE assure qu'elle n'aura pas accès à l'identité des utilisateurs ni au détail de leurs achats, et le mode hors ligne offrirait une confidentialité proche des espèces. Les paiements en ligne resteront toutefois soumis aux règles anti-blanchiment, comme les paiements bancaires. Dans d'autres pays, les garanties peuvent être beaucoup plus faibles.
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