
Mis à jour le 18 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
Le double momentum (Dual Momentum en anglais) est une stratégie de rotation d'actifs développée par Gary Antonacci. Elle combine deux filtres complémentaires : le momentum relatif, qui sélectionne les actifs les plus performants d'un univers, et le momentum absolu, qui vérifie que ces actifs sont eux-mêmes en tendance haussière. Si aucun ne passe ce second test, le portefeuille se replie sur des obligations ou des liquidités.
Ce guide explique le fonctionnement de chaque filtre, les règles du modèle Global Equities Momentum (GEM), un exemple chiffré avec des ETF, la façon de suivre et de rééquilibrer le portefeuille, comment l'appliquer depuis la France, ainsi que les limites à connaître avant de se lancer.
Les points clés à retenir :
➡️ Le double momentum combine le momentum relatif (comparer les actifs entre eux) et le momentum absolu (comparer un actif à un taux sans risque).
➡️ Le portefeuille tourne vers les actifs les plus forts et ne reste exposé aux actions que lorsqu'elles sont en tendance haussière ; sinon, il se replie sur les obligations.
➡️ L'objectif principal est de limiter les fortes baisses (drawdowns) des marchés baissiers prolongés, au prix de faux signaux ponctuels et d'un certain retard à l'entrée comme à la sortie.
➡️ Un exemple chiffré détaillé, sur un portefeuille de 100 000 $ investi en ETF, est présenté plus bas.
Le momentum mesure la vitesse à laquelle le prix d'un actif varie. Le trading du momentum consiste à acheter les titres qui montent et à les vendre lorsque la dynamique s'essouffle. Il repose sur un constat observé depuis des décennies sur presque toutes les classes d'actifs : les actifs qui ont le mieux performé sur les derniers mois ont tendance à continuer de surperformer à court et moyen terme.
Ce phénomène s'explique en partie par la psychologie des investisseurs : sous-réaction aux nouvelles, puis effet d'entraînement lorsque les intervenants suivent le mouvement, à la manière d'un comportement de troupeau. Le momentum est aujourd'hui l'un des « facteurs » les plus étudiés en finance, au même titre que la valeur ou la qualité, et il existe des ETF factoriels dédiés.
Pour évaluer le momentum d'un actif, les traders analysent principalement trois éléments :
➡️ Le volume : le nombre d'actifs (actions, contrats, lots) échangés sur une période, et non le nombre de transactions. Une hausse accompagnée de volumes croissants est plus solide.
➡️ La volatilité : l'amplitude des variations de prix. Une forte volatilité offre des opportunités, mais augmente aussi le risque.
➡️ Le cadre temporel : le momentum se mesure souvent à court terme, mais une position peut être conservée plus longtemps si la tendance reste forte. Le double momentum travaille, lui, sur des périodes de 3 à 12 mois.
De nombreux indicateurs techniques permettent aussi de mesurer le momentum à plus court terme :
Le double momentum n'utilise pas ces oscillateurs : il se contente de mesurer la performance totale (dividendes ou coupons inclus) de chaque actif sur une période de référence. C'est ce qui le rend simple, objectif et facile à automatiser. Pour une approche du momentum appliquée à la sélection d'actions individuelles, voir aussi la stratégie momentum de Mark Minervini.
Le momentum relatif, également appelé momentum transversal (cross-sectional momentum), compare les performances de plusieurs actifs entre eux sur une même période. On achète les plus forts et on évite les plus faibles. Ce phénomène a été documenté par les chercheurs Narasimhan Jegadeesh et Sheridan Titman dans une étude de référence publiée en 1993 sur les actions américaines.
Sa mise en œuvre suit quatre étapes :
Définissez un ensemble d'actifs comparables : indices d'actions de différentes régions, secteurs, obligations, matières premières, etc.
Calculez la performance de chaque actif sur une période de référence, généralement comprise entre 3 et 12 mois (12 mois dans le modèle d'Antonacci).
Classez les actifs du plus performant au moins performant.
Retenez le ou les actifs les mieux classés. Le nombre d'actifs conservés dépend de la stratégie : un seul dans le modèle GEM, deux ou trois dans les variantes plus diversifiées.
Le momentum relatif a une faiblesse majeure : il désigne toujours un « gagnant », même lorsque tous les actifs baissent. En 2008, l'actif le moins mauvais d'un univers composé uniquement d'actions perdait tout de même plusieurs dizaines de pourcents. C'est pour corriger ce défaut que l'on ajoute le momentum absolu.
Le momentum absolu, également appelé momentum de série temporelle (time-series momentum), compare un actif à sa propre performance passée, ou à un seuil de référence, plutôt qu'aux autres actifs. Il revient à se demander : « cet actif est-il réellement en tendance haussière ? ». Il s'apparente au suivi de tendance.
Il se calcule en trois étapes :
Calculez la performance de l'actif sur une période rétrospective, par exemple les 12 derniers mois.
Comparez cette performance à un seuil : le rendement d'un placement sans risque sur la même période (bons du Trésor à court terme, ou T-bills) ou, plus simplement, zéro.
Si la performance est supérieure au seuil, le momentum absolu est positif : l'actif peut être acheté ou conservé. Dans le cas contraire, on l'évite ou on le vend.
Comparer l'actif au taux sans risque plutôt qu'à zéro est plus exigeant : il n'y a aucun intérêt à supporter le risque des actions si elles rapportent moins qu'un placement monétaire. Lorsque les taux courts sont élevés, le filtre devient donc plus sélectif.
Le principe du double momentum est simple : plus une décision cumule de critères favorables, plus elle a de chances d'être pertinente. Le momentum relatif choisit quoi acheter, le momentum absolu décide s'il faut être exposé. L'objectif est d'obtenir de meilleurs rendements ajustés du risque qu'une détention passive, en particulier en limitant les pertes lors des marchés baissiers prolongés.
| Critère | 📊 Momentum relatif | 📈 Momentum absolu | 🔗 Double momentum |
|---|---|---|---|
| Question posée | Quel actif est le plus fort ? | Cet actif monte-t-il vraiment ? | Quel est l'actif le plus fort, et monte-t-il ? |
| Comparaison | Entre les actifs | Avec un seuil (taux sans risque ou zéro) | Les deux, successivement |
| Point fort | Capte les leaders | Évite les marchés baissiers | Combine les deux avantages |
| Point faible | Reste investi même quand tout baisse | Ne choisit pas entre plusieurs actifs haussiers | Faux signaux en marché sans direction |
| Position de repli | Aucune | Liquidités | Obligations ou liquidités |
Concrètement, la combinaison se fait en trois temps :
➡️ Sélection par le momentum relatif : on classe les actifs de l'univers et on retient les mieux classés.
➡️ Filtrage par le momentum absolu : on ne conserve que ceux dont la performance dépasse le taux sans risque.
➡️ Allocation finale : le capital est investi dans les actifs qui passent les deux filtres. S'il n'y en a aucun, il est placé en obligations ou en liquidités jusqu'au prochain contrôle.
Gary Antonacci est un gérant et chercheur américain spécialisé dans le momentum. Ses travaux lui ont valu la deuxième place du prix Wagner de la NAAIM (National Association of Active Investment Managers) en 2011, puis la première place en 2012. Il a présenté sa méthode au grand public dans le livre Dual Momentum Investing: An Innovative Strategy for Higher Returns with Lower Risk, publié en 2014.
Son modèle le plus connu, Global Equities Momentum (GEM), n'utilise que trois actifs : les actions américaines (indice S&P 500), les actions internationales hors États-Unis (indice MSCI ACWI ex-USA) et les obligations (indice obligataire agrégé américain). Les règles s'appliquent une fois par mois :
Comparez la performance du S&P 500 sur les 12 derniers mois à celle des bons du Trésor américain sur la même période. Si les actions ont fait moins bien, investissez 100 % du portefeuille en obligations et arrêtez-vous là.
Si les actions battent les T-bills, comparez la performance sur 12 mois des actions américaines et des actions internationales. Investissez 100 % du portefeuille dans la plus performante des deux.
À la fin de chaque mois, refaites le calcul et ne modifiez le portefeuille que si le signal a changé. En pratique, les changements de position sont peu nombreux : quelques-uns par an au maximum.
Le modèle GEM est donc toujours investi à 100 % dans un seul actif. Sa logique est de profiter de la hausse des actions sur le long terme, tout en sortant du marché lors des grandes phases baissières, comme en 2000-2002 ou en 2008, qui se sont étalées sur plusieurs mois et ont été détectées par le filtre de 12 mois.
Antonacci a décliné le même principe sur d'autres univers, par exemple des modèles de rotation sectorielle ou obligataire. La logique est proche de la rotation sectorielle en bourse, mais avec des règles entièrement quantitatives.
Voici comment appliquer le double momentum avec trois ETF américains très connus. Les performances et les prix utilisés sont purement illustratifs : ils servent à montrer les calculs, pas à décrire la situation actuelle des marchés.
Hypothèses de départ :
➡️ Capital : 100 000 $.
➡️ Période de référence : 12 mois.
➡️ Taux sans risque (rendement des T-bills sur 12 mois) : 4 % (hypothèse).
➡️ Univers : SPY (actions américaines, S&P 500), EFA (actions internationales des pays développés, indice MSCI EAFE) et AGG (un ETF obligataire répliquant l'indice agrégé américain).
| ETF | Classe d'actifs | Performance sur 12 mois | Classement |
|---|---|---|---|
| SPY | Actions américaines | +15 % | 1 |
| EFA | Actions internationales | +10 % | 2 |
| AGG | Obligations | +7 % | 3 |
On compare chaque performance au taux sans risque de 4 % : SPY (+15 %), EFA (+10 %) et AGG (+7 %) le dépassent tous. Le momentum absolu est positif pour les trois actifs, les actions restent donc éligibles.
Version GEM (un seul actif) : les actions battent le taux sans risque et SPY devance EFA. Les 100 000 $ sont investis en SPY. Avec un prix fictif de 500 $ par part, l'ordre au marché porte sur 100 000 / 500 = 200 parts.
Version diversifiée (classement pondéré) : certains investisseurs préfèrent conserver tous les actifs qui passent les deux filtres, avec un poids décroissant selon leur rang. Dans cette variante, les obligations font partie du classement au lieu de servir uniquement de refuge :
| ETF | Rang | Pondération | Montant investi | Prix fictif | Nombre de parts |
|---|---|---|---|---|---|
| SPY | 1 | 45 % | 45 000 $ | 500 $ | 90 parts |
| EFA | 2 | 30 % | 30 000 $ | 75 $ | 400 parts |
| AGG | 3 | 25 % | 25 000 $ | 100 $ | 250 parts |
| Total | – | 100 % | 100 000 $ | – | – |
Cette version est moins concentrée et donc moins volatile, mais aussi moins fidèle au principe d'origine, qui consiste à ne détenir que l'actif le plus fort.
Supposons qu'au contrôle suivant, la performance sur 12 mois de SPY soit retombée à +2 % et celle d'EFA à −3 %, alors que le taux sans risque est toujours de 4 %. Le momentum absolu des actions devient négatif (2 % contre 4 %) : dans la version GEM, les 200 parts de SPY sont vendues et la totalité du portefeuille bascule sur AGG. Les actions ne seront rachetées que lorsque leur performance sur 12 mois repassera au-dessus du taux sans risque.
Le double momentum est une stratégie à faible fréquence : elle demande peu de temps, mais une grande discipline.
Une variante répandue consiste à « lisser » le signal en utilisant la moyenne des performances sur 1, 3, 6 et 12 mois plutôt que sur 12 mois seulement, ou à répartir le capital entre plusieurs dates de rééquilibrage dans le mois. L'idée est de réduire la dépendance à un seul paramètre (voir la section sur les limites).
Les exemples de la littérature utilisent des ETF américains (SPY, EFA, AGG). Or, la réglementation européenne PRIIPs impose un document d'informations clés (DIC) que ces fonds ne fournissent généralement pas : la plupart des courtiers ne les proposent donc pas aux clients particuliers européens. En pratique, on utilise des équivalents européens au format UCITS :
| Rôle dans la stratégie | ETF américain (exemple) | Équivalent pour un investisseur français |
|---|---|---|
| Actions américaines | SPY (S&P 500) | ETF UCITS S&P 500 (des versions éligibles au PEA existent en réplication synthétique) |
| Actions internationales | EFA (MSCI EAFE) ou ACWI ex-US | ETF UCITS MSCI World ex USA, MSCI EAFE ou MSCI Europe |
| Obligations (refuge) | AGG (agrégé américain) | ETF UCITS obligataire agrégé (zone euro ou monde, couvert en euro) ou ETF monétaire |
Le choix de l'enveloppe a un impact important sur la rentabilité nette :
➡️ Compte-titres ordinaire (CTO) : il donne accès à tous les ETF, y compris obligataires, mais chaque vente avec plus-value est imposée au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % depuis 2026. Les rotations fréquentes réduisent donc l'effet de capitalisation.
➡️ PEA : les arbitrages à l'intérieur du plan ne sont pas imposés, ce qui est idéal pour une stratégie de rotation. En revanche, les ETF obligataires et monétaires n'y sont généralement pas éligibles : la position de repli prend alors la forme de liquidités sur le compte espèces du PEA, non rémunérées.
Pour comparer ces deux enveloppes, consultez notre guide compte-titres ou PEA et notre page sur la fiscalité de la bourse. Sur le fonctionnement des ETF éligibles au PEA qui répliquent des indices étrangers, voir les ETF synthétiques.
Les traders peuvent aussi appliquer les signaux du double momentum sur des CFD sur indices, qui permettent de jouer la baisse et d'utiliser l'effet de levier. Attention : le levier amplifie les pertes autant que les gains, et les frais de financement des positions conservées plusieurs mois peuvent devenir significatifs. Selon les études de l'AMF, une large majorité des particuliers perdent de l'argent sur les CFD.
Le double momentum est souvent présenté à partir de backtests remontant à plusieurs décennies, avec une performance supérieure au S&P 500 et des baisses maximales bien plus faibles. Ces résultats méritent d'être nuancés.
Un filtre basé sur 12 mois de performance réagit lentement. Il est efficace pour éviter les marchés baissiers qui durent, mais pas les chutes brutales. Au quatrième trimestre 2018, le modèle GEM est resté investi en actions pendant le repli et n'est passé en position défensive qu'au début de janvier 2019, alors que le S&P 500 avait déjà perdu environ 14 %. De même, la chute rapide de février-mars 2020 a été largement subie avant que le signal ne change.
Une étude de la société de gestion Newfound Research a montré que de petites variations de paramètres modifient fortement les résultats. Sur la période allant de 2010 à début 2019, une version calculée sur 9 mois affichait une performance cumulée d'environ 43 %, contre près de 146 % pour une version sur 10 mois. En 2010, la première perdait plus de 9 % quand la seconde gagnait plus de 12 %. Rien ne garantit que le paramètre le plus performant dans le passé le restera : c'est un risque classique de sur-optimisation. Diversifier les paramètres (plusieurs périodes, plusieurs dates de rééquilibrage) atténue ce problème.
Lorsque les marchés évoluent sans tendance claire, le signal peut basculer plusieurs fois en peu de temps : l'investisseur vend après une baisse et rachète après le rebond. Fin 2015 et début 2016, la quasi-totalité des variantes de la stratégie ont été pénalisées de cette façon. Les stratégies de retour à la moyenne sont, à l'inverse, plus à l'aise dans ce type de marché.
La stratégie suppose que les obligations protègent lorsque les actions baissent. En 2022, la hausse rapide des taux d'intérêt a fait chuter simultanément les actions et les obligations : l'indice obligataire agrégé américain a perdu environ 13 % sur l'année. Un portefeuille réfugié en obligations n'a donc pas été épargné. Certaines variantes utilisent pour cette raison des T-bills, un fonds monétaire ou des obligations courtes comme position de repli.
Une stratégie de momentum peut sous-performer un simple indice pendant plusieurs années. La tentation d'abandonner la méthode au pire moment, ou d'ignorer un signal, est forte. Ce biais de récence est souvent le principal ennemi de la stratégie. Avant d'investir, mesurez son drawdown maximal historique et son ratio de Sharpe, et comparez-la à des approches passives comme le portefeuille 60/40 ou les portefeuilles paresseux.
La stratégie double momentum de Gary Antonacci combine deux idées robustes : investir dans les actifs les plus forts (momentum relatif) et ne rester exposé aux actions que lorsqu'elles sont en tendance haussière (momentum absolu). Le modèle GEM résume cette logique en trois actifs et une seule décision par mois, ce qui en fait l'une des stratégies quantitatives les plus accessibles aux particuliers.
Son intérêt principal est de réduire l'exposition lors des grands marchés baissiers et de limiter les drawdowns. Elle n'est toutefois pas une protection parfaite : elle réagit avec retard aux krachs rapides, subit des faux signaux en marché sans direction, et ses résultats dépendent fortement des paramètres choisis. Le repli obligataire lui-même peut décevoir, comme en 2022.
Pour l'appliquer efficacement depuis la France, utilisez des ETF UCITS, choisissez l'enveloppe adaptée (le PEA pour éviter l'imposition de chaque rotation), fixez une date de contrôle et respectez les signaux sans exception. Testez d'abord la méthode sur un historique et sur un compte démo. Retrouvez d'autres méthodes dans notre guide des stratégies de trading.

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