
Mis à jour le 06 août 2026 par Ludovic
L'objectif du trading et de l'investissement est simple : gagner plus d'argent au fil du temps que ce que l'on perd, ou au minimum préserver son pouvoir d'achat. Le principal obstacle à cet objectif porte un nom : le drawdown. C'est probablement la chose à éviter en priorité, car une grosse perte est bien plus difficile à effacer qu'il n'y paraît.
Warren Buffett résume l'idée par ses deux « règles » : règle n° 1, ne jamais perdre d'argent ; règle n° 2, ne pas oublier la règle n° 1. La formule est volontairement provocatrice, Buffett lui-même a subi des pertes colossales, dont environ 23 milliards de dollars (près de 40 % de sa valeur nette) pendant la crise financière de 2008. Mais elle rappelle une vérité mathématique implacable que nous allons détailler.
Points clés à retenir
Un drawdown désigne la baisse de la valeur d'un compte ou d'un portefeuille entre un sommet (le pic) et un point bas ultérieur (le creux), avant qu'un nouveau sommet ne soit atteint. On l'exprime généralement en pourcentage.
Concrètement, si votre capital passe de 10 000 € à 8 000 €, vous subissez un drawdown de 20 %. Tant que vous n'avez pas retrouvé les 10 000 € de départ, vous restez « sous l'eau ». Le drawdown mesure donc à la fois la profondeur d'une baisse et, indirectement, la difficulté à en sortir.
Le calcul est direct :
Drawdown = (Valeur du pic − Valeur du creux) / Valeur du pic
Le point crucial vient ensuite : le gain nécessaire pour compenser une perte n'est pas égal à cette perte. Si vous perdez 10 %, il ne suffit pas de regagner 10 %, car ce gain porte sur un capital désormais plus faible. Il vous faut en réalité un gain de 11,1 % pour revenir au point de départ.
Mathématiquement, si L est le pourcentage de perte (en décimales), le gain G nécessaire pour retrouver la valeur initiale est :
G = L / (1 − L)
Par exemple, pour L = 0,50 (perte de 50 %) : G = 0,50 / (1 − 0,50) = 1,00, soit un gain de 100 %. Voici la relation, perte par perte :
| Perte subie (drawdown) | Gain nécessaire pour revenir à l'équilibre |
|---|---|
| 5 % | 5,3 % |
| 10 % | 11,1 % |
| 20 % | 25 % |
| 30 % | 42,9 % |
| 40 % | 66,7 % |
| 50 % | 100 % |
| 70 % | 233 % |
| 90 % | 900 % |
L'effet n'est pas linéaire : plus le trou est profond, plus il est difficile d'en sortir. C'est toute la raison pour laquelle il faut protéger son capital des pertes importantes plutôt que courir après des gains spectaculaires.

Cette asymétrie a une conséquence redoutable : dans un jeu où l'on alterne des gains et des pertes de même ampleur, on finit toujours par perdre de l'argent.
Prenons un exemple avec des variations de 50 % et un capital de départ de 1 000 $ :
Chaque tour vous laisse avec moins d'argent qu'avant. Après seulement 10 tours, vous avez perdu environ 90 % de votre mise initiale ; après 15 tours, plus de 97 % ; après 20 tours, plus de 99 %, il ne resterait qu'environ 6 $ sur vos 1 000 $ de départ.

Cet exercice illustre pourquoi une gestion prudente du risque prime sur tout le reste. Éviter les gros drawdowns compte davantage que maximiser les gains.
Le drawdown maximum (Max DD ou DDM) correspond à la plus forte baisse entre un pic et un creux sur une période donnée. Il se calcule en divisant l'écart entre le sommet le plus haut et le creux le plus bas par ce sommet. Un actif qui monte à 100 $ puis chute à 50 $ affiche un Max DD de 50 %.
C'est un indicateur de risque très utilisé pour comparer des stratégies ou des fonds : à rendement égal, celui qui présente le plus faible drawdown maximum est généralement préféré. En règle générale, un Max DD élevé signale un investissement plus risqué.
Le RoMaD (Return over Maximum Drawdown) affine cette analyse. Il se définit comme le rendement d'un portefeuille divisé par son drawdown maximum. Plus le RoMaD est élevé, meilleure est la performance ajustée au risque. Si deux stratégies affichent le même rendement, celle dont le RoMaD est le plus élevé a subi un drawdown plus faible : elle est donc considérée comme plus efficace.
À retenir : le rendement seul ne dit pas tout. Un fonds à +12 % par an avec un Max DD de 20 % peut être bien plus confortable à détenir qu'un fonds à +15 % dont le Max DD atteint 60 %.
Subir un repli chaque année fait partie de l'investissement en actions. Depuis 1980, le S&P 500 a connu en moyenne un repli intra-annuel d'environ 14 % et malgré cela, il a terminé l'année en hausse dans environ trois cas sur quatre. Mesuré depuis 1928, le repli intra-annuel moyen ressort même autour de 16 %, et près de 14 % depuis 1950.
Autrement dit, une baisse temporaire de 10 % est une caractéristique standard du marché, pas un signal d'alarme. Historiquement, acheter après un recul de 10 % par rapport au sommet a plus souvent constitué une opportunité qu'une raison de fuir. Tenter d'anticiper le marché est difficile, et la plupart des investisseurs s'y trompent.
L'exemple de 2025. Après un sommet en février, le S&P 500 a plongé d'environ 19 % jusqu'à son point bas du 8 avril, dans le sillage des annonces de droits de douane. Puis, à la faveur d'un allègement des tarifs et de résultats d'entreprises solides, l'indice a effectué l'un des rebonds en « V » les plus rapides de son histoire, retrouvant des records dès l'été et terminant finalement l'année nettement dans le vert. Un rappel que les drawdowns les plus effrayants sont souvent aussi les plus temporaires.
Tous les replis ne se valent cependant pas. On distingue les corrections (baisses de 10 à 20 %) des véritables bear markets (baisses de plus de 20 %). Depuis 1928, le marché américain a traversé une quinzaine de bear markets. Les plus sévères :
Ce contexte explique pourquoi, à court terme, les cours sont dominés par les forces macroéconomiques, croissance anticipée, inflation, taux d'intérêt, primes de risque, qui modifient la façon dont les flux futurs sont actualisés. À long terme, en revanche, ce sont les bénéfices qui déterminent les rendements. Une entreprise dont le ratio cours/bénéfice est de 15 accumule environ 1,7 % de valeur par trimestre : peu à la fois, mais régulier, et cet effet composé finit par l'emporter sur le bruit de court terme. C'est aussi pourquoi les entreprises de qualité, aux bilans solides et aux flux de trésorerie fiables, amortissent mieux les chocs et contribuent à contenir les drawdowns.
Les professionnels ne sont pas épargnés. En 2022, la hausse des taux d'intérêt a provoqué une lourde chute des actions dites « de longue durée » (dont les bénéfices sont attendus loin dans le futur).
ARK Innovation (ARKK). Ce fonds très populaire, porté par la vague de liquidités de la Fed en 2020-2021, a chuté de plus de 70 % depuis son sommet lorsque le vent a tourné, en cohérence avec le caractère hautement spéculatif de son portefeuille.
Tiger Global. Plus surprenant, l'un des plus grands hedge funds au monde, spécialisé dans la technologie depuis sa création en 2001, a subi une perte d'environ 17 milliards de dollars durant la liquidation des valeurs technologiques de 2022, effaçant en quelques mois une large part des gains accumulés depuis son lancement.
SoftBank. Le Vision Fund de Masayoshi Son a également enregistré des pertes de plusieurs milliards de dollars sur la même période.
Melvin Capital. Fragilisé par la saga GameStop début 2021, le fonds a finalement fermé en mai 2022, environ 17 mois après le pic de la frénésie des « actions mèmes ».
High water marks : pourquoi les hedge funds peinent à rebondir
Les hedge funds facturent des frais de gestion et une commission de performance (le fameux « 2 et 20 », plutôt « 1,5 et 17 » aujourd'hui en moyenne). Un mécanisme de high water mark les empêche de percevoir cette commission tant qu'ils n'ont pas dépassé leur précédent sommet. Après un drawdown de 20 %, ils doivent regagner l'équivalent (soit +25 %) avant de toucher à nouveau une performance, ce qui rend difficile la fidélisation des meilleurs talents et peut, à terme, forcer la fermeture du fonds.
Le drawdown est devenu un concept central pour les traders sur comptes financés (prop firms). Ces sociétés confient un capital au trader en échange du respect de règles de risque strictes, dont deux sont particulièrement suivies :
Certaines prop firms utilisent un drawdown trailing (glissant), qui suit le plus haut atteint par le compte : vos gains relèvent le seuil de perte tolérée. Franchir l'une de ces limites entraîne généralement la clôture immédiate du compte, même après avoir été bénéficiaire. Comprendre et surveiller son drawdown n'est donc pas seulement une bonne pratique : c'est la condition de survie sur ce type de compte.
Il n'existe pas de seuil universel. Le drawdown acceptable dépend de trois facteurs : votre tolérance au risque, votre horizon de placement et vos objectifs financiers.
| Facteur | Profil prudent | Profil agressif |
|---|---|---|
| Drawdown toléré | Faible (≈ 5 à 10 %) | Élevé (≈ 20 à 30 %) |
| Horizon | Court terme : préserver le capital | Long terme : temps pour récupérer |
| Objectif | Besoins financiers proches (retraite imminente) | Pas d'obligation immédiate, recherche de rendement |
Une fois votre tolérance connue, vous pouvez être plus stratégique dans votre allocation d'actifs. Si vous supportez mal la volatilité, privilégiez les grandes valeurs (blue chips) ou les fonds indiciels plutôt que des titres individuels ou des fonds très volatils ; équilibrez le portefeuille entre classes d'actifs et régions.
Le bon réglage se situe entre deux excès : trop prudent, vous passez à côté de gains ; trop agressif, vous prenez plus de risque que vous ne le souhaitez et perdez le sommeil. Un signal simple : si vous vérifiez votre solde en permanence, ou si vous avez peur de le regarder, vous prenez probablement trop de risque. Rester calme et garder une perspective de long terme est particulièrement important en marché haussier, quand des paris très spéculatifs semblent enrichir tout le monde autour de vous : ces stratégies finissent le plus souvent par s'épuiser.
En règle générale, plus le drawdown est profond, plus la période « sous l'eau » est longue. Après une perte de 50 %, un gain de 100 % est nécessaire ; à un rythme d'environ 7 % composés par an, cela peut prendre une dizaine d'années. Historiquement, la récupération après un bear market prend d'ailleurs souvent bien plus de temps que la baisse elle-même.
Pour un investisseur de long terme qui continue d'épargner, il est souvent possible de traverser la tempête et d'en ressortir gagnant. Mais si vous investissez pour un objectif rapproché (une retraite proche, par exemple), un drawdown mal anticipé peut bouleverser vos plans et vous contraindre à décaler votre échéance. D'où l'importance d'avoir un plan avant d'investir.
On ne peut pas éliminer les drawdowns, mais on peut réduire leur ampleur et leur durée. Voici une démarche en six étapes.
Se couvrir contre les drawdowns : avantages et limites
Les drawdowns font partie intégrante de l'investissement et du trading : ils sont inévitables et, la plupart du temps, temporaires. Ce qui les rend dangereux, c'est l'asymétrie mathématique entre pertes et gains, un recul profond est très difficile à effacer. La priorité n'est donc pas de viser les rendements les plus spectaculaires, mais d'éviter les baisses irrécupérables.
En comprenant leurs causes, en diversifiant, en dimensionnant vos positions, en vous couvrant si nécessaire et en gardant une perspective de long terme, vous serez mieux armé pour traverser les tempêtes et en sortir gagnant. Pour aller plus loin, testez vos réglages sans risque sur un simulateur de trading avant d'engager du capital réel.
ADGM : Abu Dhabi • ASIC : Australie • BaFin : Allemagne • BVIFSC : Îles Vierges britanniques • BACEN : Brésil • CMA : Kenya • CySEC : Chypre • CMVM : Portugal • CFTC : USA • CBFSAI : Irlande • DFSA : Dubaï • FSCM : Île Maurice • FCA : Royaume-Uni • FINMA : Suisse • FRSA : Abu Dhabi • FSAS : Seychelles • FSCA : Afrique du Sud • JFSA : Japon • KNF : Pologne • MAS : Singapour • OCRI : Canada • SCB : Bahamas • SFC : Colombie
⚠️ Le trading de CFD implique un risque de perte significatif. 69 à 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent en négociant des CFD.