
Mis à jour le 9 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
Jesse Livermore est considéré comme l'un des plus grands spéculateurs de l'histoire. Autodidacte, il a fait et perdu plusieurs fortunes, gagné environ 3 millions de dollars en une journée lors de la panique de 1907 et environ 100 millions de dollars en vendant à découvert avant le krach de 1929. Son histoire, romancée dans Mémoires d'un spéculateur d'Edwin Lefèvre (1923), reste l'un des livres de chevet de nombreux traders.
Nous retraçons d'abord sa vie, aussi brillante que tragique, puis nous détaillons sa méthode de trading des actions, toujours pertinente plus d'un siècle plus tard, à condition d'y ajouter la gestion du risque qui lui a tant manqué.
Points clés à retenir
Jesse Lauriston Livermore naît le 26 juillet 1877 dans le Massachusetts, dans une famille de fermiers pauvres. À 14 ans, son père le retire de l'école pour travailler à la ferme. Avec la bénédiction de sa mère, il s'enfuit à Boston et trouve un emploi chez le courtier Paine Webber, où il recopie les cours sur le tableau noir pour 5 dollars par semaine. Il y développe une mémoire exceptionnelle des mouvements de prix.
À 15 ans, il commence à parier sur les cours dans les bucket shops, des officines qui ne transmettaient pas les ordres au marché et s'apparentaient à des maisons de jeu. Il y gagne tellement que plusieurs d'entre elles finissent par lui interdire l'entrée, d'où son surnom de « Boy Plunger ». Fort d'environ 10 000 dollars, il part tenter sa chance à Wall Street... où il fait rapidement faillite, faute de comprendre que les ordres réels ne s'exécutent pas aux prix affichés.
« Il m'a fallu cinq ans pour apprendre à jouer suffisamment intelligemment pour gagner beaucoup d'argent lorsque j'avais raison. » Vers 24 ans, il transforme 10 000 dollars en 500 000 dollars sur l'action Northern Pacific Railroad, puis porte sa fortune à environ 3 millions de dollars en quelques années.
Lors de la panique de 1907, ses ventes à découvert lui rapportent environ 3 millions de dollars en une seule journée. Selon la légende, le banquier J.P. Morgan lui fait demander de cesser de vendre pour éviter l'effondrement du marché, et Livermore s'exécute en rachetant ses positions.
Livermore fait faillite en 1908 après des pertes sur le coton, se refait, puis fait de nouveau faillite en 1915. En 1918, il parvient discrètement à accaparer le marché du coton, jusqu'à ce que le président Woodrow Wilson le convoque à la Maison-Blanche et lui demande de revendre au prix coûtant. Interrogé sur ses motivations, il aurait répondu : « Pour voir si j'en étais capable, Monsieur le Président. »
Sa vie privée est aussi agitée que sa carrière. En 1918, il épouse Dorothy Wendt, une ancienne danseuse des Ziegfeld Follies. Le couple vit à Long Island dans un somptueux manoir entouré de domestiques, et Livermore rejoint Wall Street à bord de son yacht. Il travaille dans un bureau ultra-sécurisé de la 5e Avenue, où personne n'a le droit de parler tant que le marché est ouvert.

Anticipant l'éclatement de la bulle, Livermore vend massivement à découvert à l'automne 1929. Il aurait gagné environ 100 millions de dollars, une somme colossale pour l'époque. La presse le surnomme « le grand ours de Wall Street » et une partie du public le rend responsable du krach. Il reçoit des menaces de mort et doit engager des gardes du corps. « Des imbéciles qui pensent que j'ai pu mettre un marché entier à genoux. Impossible ! »

Les années 1930 sont celles du déclin. Dorothy demande le divorce en 1931 et obtient un règlement d'environ 10 millions de dollars. En 1933, Livermore épouse la chanteuse Harriet Metz Noble. Les nouvelles règles imposées par la SEC, créée en 1934, limitent ses méthodes. La même année, il dépose son bilan pour la troisième fois, avec 2,5 millions de dollars de dettes. Un drame familial en 1935, au cours duquel son fils aîné est grièvement blessé par sa mère, aggrave sa dépression.
En 1940, il publie How to Trade in Stocks, qui passe presque inaperçu en pleine Seconde Guerre mondiale. Jesse Livermore se donne la mort le 28 novembre 1940 à New York, à 63 ans.


⚠️ Avertissement
Livermore tradait avec une marge de 10 %, c'est-à-dire un levier de 10 pour 1, ce qui explique à la fois ses gains spectaculaires et ses faillites. Pour appliquer sa méthode sans payer trop de frais, il faut disposer d'un capital suffisant et d'un courtier en Bourse adapté, et surtout limiter son exposition.
Livermore dit n'être devenu un vrai professionnel qu'en apprenant à identifier les grands mouvements du marché. Aujourd'hui, le plus simple est d'analyser un indice de référence comme le S&P 500 : si la moyenne mobile à 50 jours est au-dessus de celle à 200 jours, le marché est haussier ; sinon, il est baissier. Une alternative consiste à vérifier si deux clôtures mensuelles consécutives se situent au-dessus ou au-dessous de la moyenne mobile à 12 mois. L'analyse des cycles économiques peut confirmer le diagnostic. Règle d'or : acheteur uniquement en marché haussier, vendeur uniquement en marché baissier.
Le travail consiste à acheter au début d'un marché haussier et à tenir jusqu'à sa fin, ou à vendre à découvert au début d'un marché baissier. Lorsque le marché n'est franchement ni haussier ni baissier, c'est le moment de clôturer les positions existantes, pas d'en ouvrir de nouvelles dans l'autre sens.
Plutôt que d'acheter l'indice, Livermore cherche les secteurs qui mèneront le cycle, en comparant les indices sectoriels (accessibles aujourd'hui via des ETF sectoriels) à l'indice général. Il achète ensuite les deux actions les plus actives de chaque secteur retenu. Cette paire offre une petite diversification et sert de signal d'alerte : si l'une des deux se comporte nettement plus mal que l'autre, c'est qu'elle a sans doute un problème, et il faut la vendre.
Livermore achète sur les cassures de plus hauts et vend sur les cassures de plus bas. Il n'entre jamais d'un coup : quand une action franchit un nouveau sommet de plusieurs semaines, il achète environ un quart de la position visée. Si la hausse se confirme, il ajoute la moitié du reste, puis complète la position si le mouvement se poursuit. Si l'élan faiblit, il sort. Il n'utilisait pas de stop loss automatique, mais quittait le marché dès qu'il jugeait s'être trompé, puis attendait patiemment une nouvelle configuration.
« J'ai gagné plus d'argent en restant assis qu'en ayant raison. » Personne ne peut prévoir toutes les oscillations : il faut entrer tôt et ne sortir qu'une fois le grand mouvement terminé, sans vendre sur chaque repli par peur d'un retournement. Livermore reconnaissait avoir lui-même perdu beaucoup d'argent, au début de sa carrière, en sortant trop tôt de ses meilleures positions.
Livermore s'intéressait particulièrement aux entreprises situées à l'avant-garde des changements technologiques et économiques de leur époque : le sucre, l'acier et les chemins de fer. Aujourd'hui, la même logique conduit vers les leaders de la technologie, de l'intelligence artificielle ou de la transition énergétique.
| Citation | Leçon |
|---|---|
| « J'ai gagné plus d'argent en restant assis qu'en ayant raison. » | Laisser courir les gains plutôt que multiplier les allers-retours. |
| « Les fruits de votre réussite seront proportionnels à l'honnêteté et à la sincérité de vos efforts pour tenir vos propres registres et tirer vos propres conclusions. » | Tenir un journal de trading et penser par soi-même. |
| « Chaque fois que j'ai lu la bande à la lumière de l'expérience, j'ai gagné de l'argent ; chaque fois que j'ai joué comme un imbécile, j'ai perdu. » | Se méfier de la recherche d'excitation qui prend le pas sur le jugement. |
| « Il n'y a rien de nouveau à Wall Street. Ce qui arrive aujourd'hui est déjà arrivé et arrivera encore. » | La nature humaine, faite de peur et de cupidité, ne change pas. |
Jesse Livermore a posé les bases du trading de tendance moderne : suivre le marché principal, choisir les leaders, pyramider les positions gagnantes et faire preuve de patience. Ces principes ont inspiré des générations de traders, de William Gann aux Turtle Traders en passant par Ed Seykota. Mais sa vie rappelle aussi qu'une excellente méthode ne protège pas d'une gestion du risque défaillante. Retenez sa lecture du marché, pas sa façon de miser : limitez votre levier, fixez à l'avance le risque de chaque position et ne mettez jamais tout votre capital en jeu.
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