
Mis à jour le 19 juin 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
Le modèle de Black-Scholes est l'approche mathématique de référence pour évaluer le prix d'une option sur un actif sous-jacent. Publié en 1973 par Fischer Black et Myron Scholes, puis prolongé par Robert Merton, il a valu à ses auteurs le prix Nobel d'économie en 1997. Plus de cinquante ans plus tard, il reste l'un des cadres les plus utilisés au monde pour la tarification des options.
Il dérive d'une amélioration du modèle Boness antérieur : il utilise le taux d'intérêt sans risque comme facteur d'actualisation et élimine les hypothèses sur la tolérance au risque des traders. Comme tout modèle, il repose sur un jeu d'hypothèses simplificatrices qui en font à la fois la force (élégance et rapidité de calcul) et la faiblesse (écart avec la réalité des marchés).
Points clés à retenir
Le modèle de Black-Scholes fournit une formule fermée donnant directement le prix d'une option européenne, sans simulation. Il repose sur une idée centrale : il est possible de construire un portefeuille de couverture (l'actif sous-jacent et l'option) qui, ajusté en continu, élimine le risque. Ce portefeuille « sans risque » doit alors rapporter exactement le taux sans risque, ce qui contraint le prix de l'option à une seule valeur cohérente avec l'absence d'arbitrage.
Concrètement, le modèle suppose que le prix du sous-jacent suit un mouvement brownien géométrique (un processus aléatoire continu de type Markov), et que ses rendements logarithmiques sont distribués selon une loi normale. À partir de là, la résolution de l'équation aux dérivées partielles de Black-Scholes débouche sur les formules de valorisation du call et du put.
Black et Scholes ont formulé six hypothèses clés à la base de leur modèle d'évaluation des options :
À garder en tête : Ces hypothèses sont des simplifications. Aucune n'est parfaitement vérifiée en pratique, mais elles rendent le modèle calculable. Les écarts les plus importants viennent de la volatilité constante (hypothèse 6) et de l'absence de dividendes (hypothèse 2).
Les prix théoriques d'une option d'achat (call) C et d'une option de vente (put) P de style européen se déterminent comme suit :
Les sous-variables d1 et d2 sont définies par :
Où :
L'interprétation est intuitive. Le terme N(d1) traduit la sensibilité du prix de l'option à celui du sous-jacent (c'est le Delta du call). Le terme K·e(−rt)·N(d2) représente la valeur actuelle du paiement du prix d'exercice à l'échéance, pondérée par N(d2), la probabilité (ajustée au risque) que l'option soit exercée.
Pour un call, la valeur de marché est donc l'avantage d'acheter l'action moins la valeur actuelle du paiement du strike. Pour un put, on inverse les signes de d1 et d2, puisque l'option de vente prend de la valeur quand le sous-jacent baisse.
Prenons une action cotée à 100 €, une option de strike 95 €, un taux sans risque de 5 %, une échéance d'un mois (t = 1/12) et une volatilité de 25 %.
Le prix n'est que la moitié de l'histoire. Une fois l'option en portefeuille, la question devient : comment sa valeur évolue-t-elle quand le marché bouge ? Les Greeks répondent à cela. Ce sont les dérivées partielles du prix de l'option par rapport à chacun de ses paramètres ; ils sont au cœur de la couverture (hedging) et de la gestion du risque.
| Greek | Mesure la sensibilité à… | Valeur (exemple ci-dessus) |
|---|---|---|
| Delta (Δ) | la variation du prix du sous-jacent (∂V/∂S) | Call : +0,79 / Put : −0,21 |
| Gamma (Γ) | la variation du Delta (∂²V/∂S²) | 0,040 (call et put) |
| Vega (ν) | la variation de la volatilité (∂V/∂σ) | ≈ 0,083 pour +1 % de vol |
| Theta (Θ) | l'écoulement du temps (∂V/∂t) | Call : ≈ −0,044 €/jour |
| Rho (ρ) | la variation du taux d'intérêt (∂V/∂r) | Call : ≈ 0,061 pour +1 % de taux |
Le Delta est le plus fondamental : il indique de combien varie l'option pour 1 € de mouvement du sous-jacent et fonde la stratégie de delta-hedging. Le Gamma mesure la stabilité de ce Delta (il est maximal pour les options à la monnaie proches de l'échéance). Le Vega, plus élevé pour les options longues, quantifie l'exposition à la volatilité. Le Theta capture la « fonte » de la valeur temps, qui s'accélère dans les dernières semaines. Enfin, le Rho mesure l'effet d'un changement de taux, généralement faible pour les options courtes.
Il existe plusieurs façons de coder Black-Scholes en R. La méthode ci-dessous, directe, définit chaque variable (S, K, r, t, σ) puis calcule d1, d2, C et P. L'échéance est fixée à un mois (1/12 d'année) ; pour plus de précision, on peut la définir en jours (par exemple 30/365).
S <- 100
K <- 95
r <- 0.05
t <- 1/12
sigma <- 0.25
d1 <- ((log(S/K)+(r+sigma^2/2)*t)/(sigma*sqrt(t)))
d2 <- d1-sigma*sqrt(t)
C <- S*pnorm(d1,0,1)-K*exp(-1*r*t)*pnorm(d2,0,1)
C
P <- K*exp(-1*r*t)*pnorm(-d2)-S*pnorm(-d1)
P
Écrire le nom d'un objet seul sur une ligne (par exemple C) en affiche la valeur : ici, la prime de l'option d'achat. De même, P renvoie la prime de l'option de vente. La fonction pnorm() de R fournit directement la loi normale cumulée N().
La structure du code MATLAB est proche de celle de R. On définit ici le modèle via la commande function, avec les sorties entre crochets et les entrées entre parenthèses. Comme pnorm() est propre à R, on utilise en MATLAB la fonction normcdf(), équivalent de la loi normale cumulée (GNU Octave en est la version libre et gratuite).
function [C, P] = BSM(S, K, r, t, sigma)
d1 = ((log(S/K)+(r+sigma^2/2)*t)/(sigma*sqrt(t)))
d2 = d1-sigma*sqrt(t)
C = S*normcdf(d1)-K*exp(-r*t)*normcdf(d2)
P = K*exp(-r*t)*normcdf(-d2)-S*normcdf(-d1)
Pour obtenir les résultats, on appelle la fonction dans la fenêtre de commande :
[ C, P ] = BSM( 100, 95, 0.05, 1/12, 0.25 )
Vous pouvez aussi renommer les sorties, par exemple :
[ Call, Put ] = BSM( 100, 95, 0.05, 1/12, 0.25 )
Tant que l'ordre défini dans la fonction est respecté, les sorties restent correctes, même si on leur donne des noms sans rapport (Chat, Chien…).
Python s'est imposé comme le langage dominant de la finance quantitative en 2026, grâce aux bibliothèques NumPy et SciPy. L'implémentation tient en quelques lignes : la fonction norm.cdf() de SciPy joue le rôle de N(), et l'on retrouve les mêmes formules qu'en R et MATLAB.
from scipy.stats import norm
import numpy as np
def black_scholes(S, K, r, t, sigma):
d1 = (np.log(S/K) + (r + sigma**2/2)*t) / (sigma*np.sqrt(t))
d2 = d1 - sigma*np.sqrt(t)
call = S*norm.cdf(d1) - K*np.exp(-r*t)*norm.cdf(d2)
put = K*np.exp(-r*t)*norm.cdf(-d2) - S*norm.cdf(-d1)
return call, put
print(black_scholes(100, 95, 0.05, 1/12, 0.25))
# (6.29, 0.89)
Pour aller plus loin, on calcule les Greeks comme dérivées partielles de cette formule : Delta = N(d1) pour le call, Gamma = N'(d1) / (S·σ·√t), Vega = S·N'(d1)·√t, etc. De nombreux packages (par exemple greeks sur PyPI) automatisent ces calculs et téléchargent les chaînes d'options réelles.
La plus grande faiblesse de Black-Scholes tient à son hypothèse de volatilité constante. Si elle était vérifiée, deux options identiques ne différant que par leur strike afficheraient la même volatilité implicite. Or les marchés montrent l'inverse : la volatilité implicite varie selon le prix d'exercice et l'échéance, dessinant des courbes bien connues — le « smile » (sourire) ou le « skew » (asymétrie).
Concrètement, les options de vente très en dehors de la monnaie (OTM) se paient plus cher que ne le prévoit le modèle, car le marché anticipe le risque de fortes baisses. Ce biais reflète des queues de distribution plus épaisses que la loi log-normale.
Pour dépasser ces limites, plusieurs prolongements et modèles concurrents sont utilisés en pratique :
Sur les desks professionnels, Black-Scholes reste le langage commun : on l'utilise pour « parler en volatilité implicite », puis on ajuste avec ces modèles plus riches selon la classe d'actifs et la précision requise.
Le modèle de Black-Scholes demeure, plus d'un demi-siècle après sa création, l'un des outils les plus précis et les plus utilisés pour valoriser les options d'achat et de vente européennes. Sa force tient à sa formule fermée et à son rôle de socle commun pour la volatilité implicite et les Greeks.
Plusieurs logiciels permettent de l'implémenter : Excel domine dans la finance d'entreprise, tandis que R, Python et MATLAB sont privilégiés dans les travaux quantitatifs, académiques et chez les quants. Comprendre ses hypothèses et surtout ses limites comme le smile de volatilité est essentiel pour l'utiliser à bon escient et savoir quand lui préférer un modèle plus avancé.
⚠️ Les contrats d'options sont des produits financiers complexes. 70 à 80 % des comptes d'investisseurs particuliers perdent de l'argent.
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