
Mis à jour le 9 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
Steven Cohen est l'un des traders actions les plus redoutés de Wall Street. Fondateur en 1992 de SAC Capital Advisors, il a bâti sa fortune sur un trading extrêmement actif et une recherche obsessionnelle de l'avantage informationnel, avec des rendements annuels moyens d'environ 30 % pendant deux décennies. Les affaires de délits d'initiés qui ont frappé SAC en 2013 l'ont contraint à fermer son fonds aux investisseurs extérieurs. Il est revenu avec Point72 Asset Management, aujourd'hui l'une des plus grandes plateformes multigérants du monde.
Son parcours offre des leçons précieuses sur la spécialisation, l'organisation d'une équipe de traders et la gestion du risque, mais aussi sur les limites à ne pas franchir dans la quête d'information.
Points clés à retenir
Né en 1956 à Great Neck, dans l'État de New York, Steven Cohen se passionne pour la Bourse et le poker dès l'adolescence. Diplômé en économie de la Wharton School en 1978, il entre chez Gruntal & Co., où il gagne 8 000 dollars dès son premier jour comme trader d'options. Il finit par y gérer une équipe et plusieurs dizaines de millions de dollars.
En 1992, il fonde SAC Capital Advisors avec environ 25 millions de dollars. Le fonds affiche pendant vingt ans des performances exceptionnelles, malgré des frais parmi les plus élevés du secteur (jusqu'à 50 % des gains). Collectionneur d'art reconnu, Cohen est aussi devenu en 2020 le propriétaire majoritaire de l'équipe de baseball des New York Mets.
À l'époque de SAC, Cohen et ses équipes pouvaient réaliser des centaines de transactions par jour, et le fonds représentait une part significative des volumes quotidiens de la Bourse de New York. Il ne s'agissait pas de trading quantitatif à haute fréquence, mais de trading discrétionnaire très actif : capter les réactions aux publications de résultats, aux nouvelles sectorielles et aux flux d'ordres, sans nécessairement analyser en détail les perspectives de long terme de chaque entreprise. Cohen était réputé pour sa capacité à « lire la bande », c'est-à-dire à interpréter les mouvements de prix et de volumes.
Cohen a structuré SAC, puis Point72, autour de nombreuses équipes de gérants et d'analystes spécialisés par secteur (santé, technologie, consommation, énergie...). Chacun dispose d'un capital et de limites de risque, et doit remonter ses meilleures idées. Cette organisation favorise une culture de génération d'idées : les gérants sont rémunérés selon leur performance, et Cohen peut concentrer davantage de capital sur les convictions les plus fortes de ses équipes.
| Élément | Application |
|---|---|
| Spécialisation sectorielle | Des experts capables d'identifier des opportunités que les généralistes ne voient pas. |
| Analyse fondamentale | Une recherche approfondie pour comprendre la valeur des entreprises et anticiper leurs résultats. |
| Données alternatives | Imagerie satellite des parkings de magasins, données de cartes bancaires, trafic web pour estimer les ventes avant leur publication. |
| Analyse quantitative | Chez Point72, l'unité quantitative Cubist complète l'approche discrétionnaire. |
| Gestion du risque | Limites de perte par gérant, diversification des portefeuilles et surveillance permanente des positions. |
Dans un marché où l'information publique est immédiatement intégrée dans les prix, Cohen a fait de la recherche d'information un avantage décisif. Deux canaux étaient particulièrement utilisés :
À partir de 2010, plusieurs anciens gérants et analystes de SAC sont poursuivis pour délit d'initié. L'affaire la plus retentissante concerne Mathew Martoma, condamné en 2014. Il avait obtenu d'un neurologue, membre du comité de surveillance d'un essai clinique sur un traitement contre la maladie d'Alzheimer, des informations confidentielles sur ses résultats. SAC avait vendu ses positions sur Elan et Wyeth avant la publication de résultats décevants, évitant des pertes et réalisant des gains estimés à environ 275 millions de dollars. Le neurologue, qui a coopéré avec la justice, n'a pas été poursuivi.
En 2013, SAC Capital plaide coupable et accepte de payer 1,8 milliard de dollars, l'une des plus lourdes sanctions de l'histoire pour délit d'initié. Steven Cohen n'a jamais été poursuivi pénalement, mais la SEC lui a reproché un défaut de surveillance et lui a interdit de gérer des fonds de tiers jusqu'en 2018. SAC est transformé en family office, rebaptisé Point72.
En 2018, Point72 rouvre ses portes aux investisseurs extérieurs. La société a renforcé considérablement ses équipes de conformité et diversifié ses activités : actions long-short discrétionnaires, stratégies quantitatives avec Cubist, trading macro et données alternatives. Point72 gère aujourd'hui plusieurs dizaines de milliards de dollars et fait partie, avec Citadel et Millennium, des grandes plateformes multigérants qui dominent l'industrie. Cohen s'est éloigné du trading purement court terme pour intégrer des investissements de plus long terme, y compris dans le capital-risque et l'intelligence artificielle.
Pour un trader particulier, la leçon la plus utile est la spécialisation : bien connaître un secteur, quelques actifs ou une configuration de marché vaut mieux que se disperser. L'utilisation d'informations privilégiées constitue en revanche un délit, en France comme aux États-Unis, et l'AMF sanctionne lourdement les manquements d'initié.
Steven Cohen a montré qu'une organisation fondée sur des gérants spécialisés, une gestion du risque stricte et une recherche intensive d'information pouvait produire des performances exceptionnelles pendant des décennies. L'affaire SAC rappelle aussi que la recherche de l'avantage doit s'arrêter là où commence l'illégalité. Avec Point72, Cohen a su transformer sa société en une plateforme moderne et diversifiée, preuve de sa capacité d'adaptation.
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