
Mis à jour le 21 juillet 2026 par Ludovic
Acheter une obligation, c'est prêter de l'argent contre la promesse d'un flux de coupons et d'un remboursement à l'échéance. Sur le papier, l'opération paraît simple. En pratique, deux obligations affichant le même rendement affiché peuvent réagir de façon radicalement différente à une hausse des taux ou à une dégradation de l'émetteur. Toute la valeur ajoutée de l'analyse obligataire tient dans cet écart.
Analyser une obligation avant d'investir revient à répondre à trois questions :
Ces trois questions correspondent aux trois grands risques du marché obligataire : le risque de taux, le risque de crédit et le risque de liquidité.
Les investisseurs institutionnels n'improvisent pas face à ces risques : ils utilisent une boîte à outils standardisée. La duration mesure la sensibilité aux taux, la convexité corrige cette mesure quand les mouvements deviennent violents, le spread de crédit chiffre la prime de risque exigée, et le Duration Times Spread combine les deux dimensions. Le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans, enfin, sert de point d'ancrage à l'ensemble.
Ce guide reprend chacun de ces indicateurs, avec leurs formules, leurs limites et un exemple chiffré complet portant sur une obligation d'entreprise à 10 ans. Il se termine par une méthode d'analyse en sept étapes directement applicable, et par un tableau récapitulatif à conserver.
⚠️ Investir comporte des risques de perte en capital.
Avant de manipuler des formules, il faut identifier ce que l'on cherche à mesurer. Une obligation expose son détenteur à trois familles de risques distinctes, qui appellent chacune un indicateur spécifique.
Le prix d'une obligation à taux fixe évolue à l'inverse des taux d'intérêt. Lorsque les taux du marché montent, les nouvelles émissions offrent un coupon plus attractif : les titres anciens, dont le coupon est figé, doivent baisser de prix pour redevenir compétitifs. C'est le risque le plus mécanique et le plus facilement quantifiable du marché obligataire.
Ce risque ne concerne pas seulement les traders. Un investisseur qui conserve son obligation jusqu'à l'échéance récupérera bien son capital nominal, mais il aura subi un coût d'opportunité : son capital est immobilisé à un taux devenu inférieur à celui du marché. La duration est l'outil qui chiffre cette exposition.
Le risque de crédit est celui de ne pas être remboursé, en totalité ou en partie. Il se manifeste rarement par un défaut brutal ; le plus souvent, il se traduit d'abord par une dégradation de notation, puis par un écartement du spread de crédit, c'est-à-dire de l'écart de rendement entre l'obligation et un titre souverain de même maturité.
Un investisseur peut donc perdre de l'argent sur une obligation d'entreprise sans qu'aucun défaut ne survienne : il suffit que le marché exige une prime de risque plus élevée. Les indicateurs dédiés sont le spread et le Duration Times Spread.
Le marché obligataire est majoritairement un marché de gré à gré. Beaucoup de souches s'échangent rarement, avec des fourchettes achat-vente larges. Une obligation d'entreprise de taille modeste peut afficher un écart de plusieurs points de pourcentage entre le prix acheteur et le prix vendeur, ce qui suffit à effacer une année de coupon.
Ce risque ne dispose pas d'un indicateur universel, mais il se lit dans la taille de l'émission, le nombre de teneurs de marché, la fréquence de cotation et la présence ou non du titre dans les grands indices obligataires.
Ces trois risques ne sont pas indépendants, et c'est précisément ce qui rend l'analyse obligataire délicate. Une hausse rapide des taux alourdit la charge d'intérêts des entreprises endettées, ce qui dégrade leur crédit ; l'écartement des spreads qui en résulte fait fuir les acheteurs, ce qui assèche la liquidité ; l'assèchement de la liquidité amplifie à son tour les mouvements de prix.
Les trois risques se renforcent donc dans les phases de tension, exactement au moment où l'investisseur voudrait pouvoir vendre. C'est la raison pour laquelle les gérants obligataires n'utilisent jamais un indicateur isolé, mais un tableau de bord.

Le bon du Trésor américain à 10 ans, coté sous le symbole US10Y, est l'obligation la plus surveillée au monde. Émis par le département du Trésor des États-Unis, il appartient à la catégorie des Treasury Notes (T-Notes), qui regroupe les maturités de 2 à 10 ans et verse un coupon semestriel. Les T-Bills couvrent le court terme (jusqu'à un an, sans coupon, vendus avec décote) et les T-Bonds le long terme (20 et 30 ans).
Trois raisons expliquent cette position dominante. D'abord la liquidité : le marché des Treasuries est le plus profond de la planète, ce qui permet d'y traiter des montants considérables sans déplacer les prix. Ensuite la monnaie : le dollar reste la principale devise de réserve, et le taux sans risque en dollar sert d'étalon pour valoriser des actifs partout dans le monde. Enfin la maturité : dix ans correspond à l'horizon standard d'actualisation des flux financiers, aussi bien pour une entreprise que pour un projet immobilier.
En juillet 2026, ce rendement évolue autour de 4,5 % à 4,6 %. Le 10 ans terminait la séance du 17 juillet 2026 à 4,55 %, contre 4,18 % pour le 2 ans, avant de remonter à 4,60 % le 20 juillet 2026. La courbe américaine est donc à nouveau pentue, après la longue inversion de 2022-2024.
Le rendement du 10 ans agit comme un baromètre de confiance. En période de stress, les capitaux se réfugient vers les Treasuries : les prix montent et les rendements baissent. À l'inverse, quand les investisseurs acceptent le risque ou anticipent davantage d'inflation, ils vendent leurs Treasuries et le rendement monte.
Le US10Y sert aussi de référence directe au crédit immobilier américain : le taux fixe à 30 ans relevé par Freddie Mac s'établissait à 6,55 % en juillet 2026. Enfin, l'écart entre le 10 ans et le 2 ans (la pente 2-10) reste l'un des signaux macroéconomiques les plus suivis, une inversion durable ayant historiquement précédé les récessions américaines.
Et en zone euro ? Le raisonnement est identique, avec le Bund allemand comme référence sans risque. En juillet 2026, l'OAT française à 10 ans se traite autour de 3,7 % contre environ 2,9 % pour le Bund, soit un spread OAT-Bund proche de 70 à 75 points de base qui reflète la prime de risque budgétaire française. Un investisseur en euro compare donc ses obligations d'entreprise au Bund, et non au US10Y.
La duration est la mesure centrale du risque de taux. Il faut d'emblée écarter une confusion fréquente : la duration n'est pas la maturité. La maturité est une date de calendrier, la duration est une mesure de sensibilité, exprimée en années pour des raisons historiques mais qui s'interprète comme un coefficient de réaction.
Deux obligations arrivant à échéance le même jour peuvent avoir des durations très différentes. Plus le coupon est élevé, plus l'investisseur récupère son argent tôt, et plus la duration est courte. À l'inverse, une obligation zéro coupon concentre tout son remboursement à l'échéance : sa duration est exactement égale à sa maturité.
Trois variantes coexistent, et les confondre conduit à des erreurs de gestion.
Formulée par Frederick Macaulay en 1938, c'est la duration originelle. Elle mesure la durée de vie moyenne pondérée des flux de l'obligation, chaque flux étant pondéré par sa valeur actuelle.
Duration de Macaulay = Σ [ t × CFt / (1+y)t ] / P
où t est la date de chaque flux, CFt le flux reçu à cette date, y le rendement à l'échéance par période et P le prix de l'obligation (somme des flux actualisés).
Son interprétation est intuitive : elle répond à la question « en moyenne, dans combien de temps mon argent me revient-il ? ». Une duration de Macaulay de 8 ans signifie que le centre de gravité des flux se situe à 8 ans. Plus elle est longue, plus l'obligation est sensible aux taux. C'est également l'horizon d'immunisation : à cet horizon, l'effet prix et l'effet réinvestissement des coupons se compensent approximativement.
La duration modifiée transforme cette durée moyenne en sensibilité de prix directement exploitable. C'est celle que les gérants utilisent au quotidien.
Duration modifiée = Duration de Macaulay / (1 + y/n)
où y est le rendement annuel à l'échéance et n le nombre de paiements de coupon par an.
Variation de prix ≈ − Duration modifiée × Δy
Une duration modifiée de 7,66 signifie qu'une hausse instantanée de 1 % (100 points de base) des taux entraîne une baisse de prix d'environ 7,66 %, et qu'une baisse de 1 % produit un gain d'environ 7,66 %. C'est une approximation linéaire, valable pour de petits mouvements ; au-delà, il faut la corriger par la convexité.
Les deux durations précédentes supposent que les flux futurs sont connus et certains. Cette hypothèse tombe dès qu'une option est intégrée à l'obligation : clause de remboursement anticipé au gré de l'émetteur (callable), option de vente au gré du porteur (puttable), titre convertible, ou obligation adossée à des crédits remboursables par anticipation.
Dans ces cas, une variation de taux modifie non seulement l'actualisation des flux, mais les flux eux-mêmes. La duration effective résout le problème par une approche empirique : on revalorise complètement l'obligation, à l'aide d'un modèle, après un choc de taux à la hausse puis à la baisse, et on mesure l'écart de prix obtenu.
Duration effective = (P− − P+) / (2 × P0 × Δy)
où P− est le prix après une baisse de taux de Δy, P+ le prix après une hausse de Δy, et P0 le prix initial. Le choc Δy est appliqué à l'ensemble de la courbe des taux.
Attention à une erreur répandue. On lit parfois que la duration effective s'obtiendrait en multipliant la duration modifiée par (1 + y/n). Cette opération redonne simplement la duration de Macaulay et n'a rien à voir avec la duration effective. On lit également que la duration effective serait synonyme de key rate duration : il s'agit de deux concepts distincts. La duration effective mesure l'effet d'un déplacement parallèle de toute la courbe ; les key rate durations décomposent cette sensibilité point de maturité par point de maturité, pour capter les déformations non parallèles de la courbe.
| Critère | Duration de Macaulay | Duration modifiée | Duration effective |
|---|---|---|---|
| Ce qu'elle mesure | Durée de vie moyenne pondérée des flux | Variation de prix pour 1 % de taux | Variation de prix pour 1 % de taux, flux incertains inclus |
| Unité | Années | % de prix par % de taux | % de prix par % de taux |
| Mode de calcul | Analytique, à partir de l'échéancier | Analytique, dérivée de Macaulay | Numérique, par revalorisation après choc |
| Gère les options intégrées | Non | Non | Oui |
| Usage typique | Immunisation de passif, pédagogie | Gestion quotidienne, obligations classiques | Obligations callables, MBS, convertibles |
| Relation | DMac | DMac / (1 + y/n) | Égale à la duration modifiée si aucune option |
Prenons une obligation de nominal 1 000 $, coupon annuel de 5 %, maturité 10 ans, rendement à l'échéance de 5,40 %.
Si la même obligation était une zéro coupon à 10 ans, sa duration de Macaulay serait exactement de 10 ans et sa duration modifiée de 10 / 1,054 = 9,49. Elle serait donc nettement plus risquée en taux, pour une maturité identique.
La duration modifiée décrit la pente de la courbe prix-rendement en un point donné. Or cette courbe n'est pas une droite : elle est incurvée. Utiliser la duration seule revient à remplacer une courbe par sa tangente, ce qui fonctionne très bien à proximité du point de tangence, et de moins en moins bien à mesure qu'on s'en éloigne.
Reprenons l'obligation précédente, de duration modifiée 7,66 :
| Variation de taux | Estimation par la duration seule | Estimation duration + convexité | Variation réelle du prix |
|---|---|---|---|
| +100 pb | −7,66 % | −7,29 % | −7,30 % |
| −100 pb | +7,66 % | +8,03 % | +8,04 % |
| +200 pb | −15,32 % | −13,84 % | −13,94 % |
| −200 pb | +15,32 % | +16,80 % | +16,92 % |
Sur un choc de 200 points de base, la duration seule surestime la perte de près de 1,4 point de pourcentage et sous-estime le gain d'autant. Sur un portefeuille de plusieurs centaines de millions, l'écart n'est plus anecdotique.
La convexité mesure la courbure de la relation prix-rendement. Mathématiquement, si la duration est la dérivée première du prix par rapport au rendement, la convexité est la dérivée seconde. Autrement dit, la convexité indique à quelle vitesse la duration elle-même change lorsque les taux bougent.
Convexité = [ Σ t × (t+1) × CFt / (1+y)t+2 ] / P
Estimation complète de la variation de prix :
ΔP/P ≈ − Duration modifiée × Δy + ½ × Convexité × (Δy)²

Le terme de convexité étant multiplié par le carré de la variation de taux, il est toujours positif pour une obligation classique, que les taux montent ou descendent. C'est ce qui explique l'asymétrie observée dans le tableau ci-dessus : à duration égale, une obligation gagne davantage quand les taux baissent qu'elle ne perd quand ils montent du même montant.
Le cas de la convexité négative mérite une mention. Une obligation remboursable par anticipation voit son potentiel de hausse plafonné : si les taux baissent fortement, l'émetteur exerce son option de rappel et rembourse au pair. Le prix ne peut alors plus monter, la duration se raccourcit brutalement, et le profil devient défavorable au porteur. C'est un risque majeur des titres adossés à des crédits hypothécaires américains.
Une obligation zéro coupon ne verse aucun coupon : elle est émise avec une décote et remboursée au pair à l'échéance. Toute sa duration et toute sa convexité proviennent de l'unique flux terminal, ce qui simplifie considérablement les formules.
Pour une zéro coupon de maturité n années et de rendement y :
Duration de Macaulay = n | Duration modifiée = n / (1+y)
Convexité = n × (n+1) / (1+y)², ce qui est proche de n² pour un rendement modéré.
Exemple classique : une zéro coupon de nominal 1 000 $, échéance 5 ans, rendement 10 %. Son prix vaut 1 000 / 1,105 = 620,92 $, sa duration de Macaulay est de 5 ans, et sa convexité de 5 × 6 / 1,21 = 24,8, soit très proche de 5² = 25.
Cette convexité est systématiquement supérieure à celle d'une obligation à coupon de même maturité : la zéro coupon à 10 ans affiche une convexité proche de 100, contre 74 pour l'obligation à coupon 5 % de notre exemple. C'est ce qui explique la popularité des zéro coupon longues auprès des investisseurs qui veulent maximiser leur exposition à une baisse des taux.
La question est mal posée : ce sont deux ordres successifs d'une même approximation, pas deux méthodes concurrentes. En pratique, la duration seule suffit pour des mouvements inférieurs à 50 points de base et pour un suivi de portefeuille au jour le jour. La convexité devient indispensable dès que l'on raisonne sur des scénarios de stress, sur des maturités longues, ou lorsqu'on compare deux obligations de duration identique mais de structure de flux différente.
Le spread de crédit est l'écart de rendement entre une obligation d'entreprise et un titre souverain de maturité comparable. Il rémunère trois choses : la probabilité de défaut, le taux de recouvrement attendu en cas de défaut, et la moindre liquidité du titre. Il s'exprime en points de base (1 pb = 0,01 %).
La spread duration (ou duration de spread) mesure quant à elle la sensibilité du prix à une variation du seul spread, à taux souverains inchangés. Pour une obligation classique à taux fixe, elle est très proche de la duration modifiée.
Le problème pratique est le suivant : une variation de 25 points de base n'a pas la même signification selon le niveau de départ. Sur un émetteur de qualité coté 80 points de base, c'est un mouvement considérable ; sur un émetteur en difficulté coté 700 points de base, c'est du bruit. Les travaux publiés en 2007 par des chercheurs de Lehman Brothers ont montré empiriquement que les spreads bougent de façon approximativement proportionnelle à leur niveau. D'où le Duration Times Spread.
DTS = Spread duration × Spread de crédit
Le résultat s'exprime en points de base-années. Une variation relative du spread de X % entraîne alors une variation de prix approximative de − DTS × X %.
Le DTS est devenu la mesure standard d'exposition au risque de crédit dans la gestion institutionnelle, pour trois raisons. Il permet d'abord de comparer sur une même échelle une obligation courte à spread élevé et une obligation longue à spread faible. Il fournit ensuite une mesure de risque plus stable dans le temps que la spread duration seule, car il intègre automatiquement la dégradation de l'émetteur. Il constitue enfin une unité de budget de risque : un gérant peut plafonner le DTS total de son portefeuille, ou le DTS attribué à un secteur donné.
Comparons deux obligations à cinq ans, de spread duration identique de 4,5.
| Obligation | Notation | Spread | Spread duration | DTS | Impact d'un écartement relatif de 20 % |
|---|---|---|---|---|---|
| Émetteur A | A− | 90 pb | 4,5 | 405 pb-années | −0,81 % de prix |
| Émetteur B | B+ | 520 pb | 4,5 | 2 340 pb-années | −4,68 % de prix |
À spread duration identique, l'émetteur B présente une exposition au risque de crédit près de six fois supérieure. Une lecture fondée sur la seule duration aurait conclu à un risque équivalent, ce qui est manifestement faux.
Le DTS reste donc un outil de gestion de portefeuille et de valeur relative, à utiliser dans un dispositif plus large de gestion des risques, et non comme critère unique de décision.

Une obligation à haut rendement, parfois appelée obligation spéculative ou, dans un langage plus familier, « obligation pourrie » (junk bond), est une obligation dont la notation est inférieure à BBB− chez Standard & Poor's et Fitch, ou à Baa3 chez Moody's. Cette frontière n'a rien d'anecdotique : de nombreux investisseurs institutionnels ont l'interdiction statutaire de détenir des titres situés en dessous.
Ces obligations sont émises par des entreprises fortement endettées, en phase de retournement, issues d'une opération de LBO, ou simplement trop petites pour accéder au marché investment grade. Elles sont aussi le produit de dégradations : on parle d'« ange déchu » (fallen angel) pour un émetteur passé de la catégorie investissement à la catégorie spéculative, et d'« étoile montante » (rising star) pour le mouvement inverse.
| Critère | Investment Grade | High Yield |
|---|---|---|
| Notation | AAA à BBB− (Aaa à Baa3) | BB+ (Ba1) et en dessous |
| Spread de marché (juillet 2026) | Environ 77 pb sur l'indice ICE BofA US Corporate | Environ 271 pb sur l'indice ICE BofA US High Yield |
| Facteur de risque dominant | Risque de taux | Risque de crédit |
| Duration moyenne | Élevée (souvent 6 à 8 ans) | Plus courte (souvent 3 à 4 ans) |
| Défaut cumulé à 10 ans (historique Moody's) | Inférieur à 5 % même au bas de la catégorie | Environ 14,5 % en BB, 27,8 % en B, plus de 54 % en CCC |
| Corrélation aux actions | Faible | Élevée |
| Liquidité | Bonne à correcte | Variable, se dégrade fortement en période de stress |
| Indicateur prioritaire | Duration modifiée, convexité | Spread, DTS, levier de l'émetteur |
Où en est le marché à l'été 2026 ? Le spread ajusté des options de l'indice ICE BofA US High Yield ressortait à 2,71 % le 16 juillet 2026, dans le bas de sa fourchette des trois dernières années, dont le point haut se situe à 4,61 % en avril 2025 et le point bas à 2,59 % en janvier 2025. Du côté investment grade, le spread de l'indice ICE BofA US Corporate clôturait à 77 points de base le 12 mai 2026, bien en dessous de sa moyenne décennale proche de 130 points de base, pour un rendement effectif de 5,22 %.
Ces niveaux traduisent un marché du crédit confiant. Le scénario central de Moody's table sur un taux de défaut des émetteurs spéculatifs revenant vers 3,8 % en fin d'année, avec toutefois une fourchette large de 1,7 % à 8,3 %. Le point de comparaison historique est éloquent : le spread High Yield américain a atteint un record de 21,82 % en décembre 2008.
Sur une obligation souveraine, le raisonnement est presque entièrement un raisonnement de duration : le risque de non-remboursement est jugé négligeable, et c'est la trajectoire des taux qui décide de la performance. Sur une obligation High Yield, la hiérarchie s'inverse.
D'abord parce que la duration y est structurellement plus courte : les émetteurs spéculatifs empruntent rarement au-delà de sept ou huit ans, et leurs titres comportent souvent des clauses de rappel qui raccourcissent encore la duration effective. Ensuite parce que le spread représente une part beaucoup plus importante du rendement total : avec un US10Y à 4,55 % et un spread de 500 points de base, la moitié environ du rendement provient de la rémunération du risque de crédit.
C'est ici que le DTS prend tout son sens. Sur un portefeuille High Yield, l'exposition dominante n'est pas la duration de taux mais la sensibilité à l'écartement des spreads. Un gérant obligataire pilotera donc son budget de risque en DTS, en arbitrant entre des titres à spread élevé et duration courte et des titres à spread modéré et duration plus longue.
Enfin, l'analyse High Yield emprunte largement à l'analyse actions : levier net rapporté à l'EBITDA, couverture des frais financiers, génération de trésorerie disponible, calendrier de refinancement, qualité des clauses de protection. Une obligation d'entreprise fragile réagit d'ailleurs davantage aux publications de résultats qu'aux décisions de banque centrale.
Voici la séquence que suivent la plupart des gérants obligataires. Chaque étape conditionne la suivante, et l'ordre n'est pas indifférent : identifier correctement le titre évite de calculer un indicateur inadapté.
Appliquons la méthode à un cas concret. Une entreprise notée BBB émet une obligation en dollars présentant les caractéristiques suivantes.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Nominal | 1 000 $ |
| Coupon annuel | 5,00 %, versé annuellement |
| Maturité | 10 ans |
| Notation | BBB (catégorie investissement, dernier échelon) |
| Options intégrées | Aucune (obligation bullet) |
| Rendement à l'échéance | 5,40 % |
Obligation d'entreprise classique, à taux fixe, sans option : la duration modifiée sera suffisante et le rendement à l'échéance se confond avec le yield to worst. Le prix de marché ressort à 969,70 $, soit 96,97 % du pair : le titre décote parce que son coupon de 5 % est inférieur au rendement exigé de 5,40 %.
Duration de Macaulay de 8,07 ans, duration modifiée de 7,66. Concrètement, si les taux américains montaient de 100 points de base sans que le spread de crédit ne bouge, l'obligation perdrait environ 7,3 % de sa valeur, soit plus d'une année et demie de coupon.
La convexité s'établit à 74,0. Sur un choc de 200 points de base à la hausse, elle ramène la perte estimée de 15,32 % (duration seule) à 13,84 %, très proche de la perte réelle de 13,94 %. Elle est positive, ce qui est normal pour ce type de titre, et joue en faveur du porteur.
Avec un US10Y à 4,55 %, le spread ressort à 5,40 % − 4,55 % = 85 points de base. Ce niveau est cohérent avec un émetteur BBB en 2026, légèrement au-dessus des 77 points de base de l'indice investment grade américain, ce qui se justifie pour un titre situé au dernier échelon de la catégorie investissement.
La spread duration étant proche de la duration modifiée, le DTS s'élève à 7,66 × 85 = 651 points de base-années, soit 6,5 %-années. Interprétation : si le spread s'écartait de 20 % en relatif, passant de 85 à 102 points de base, le prix reculerait d'environ 1,3 %.
Le titre offre 85 points de base de plus que le Trésor américain à 10 ans, pour un risque de taux quasiment identique (durations proches) et un risque de crédit supplémentaire modéré mais réel. La question devient : 85 points de base par an suffisent-ils à couvrir la probabilité de dégradation d'un émetteur BBB ?
Sur dix ans, cela représente un coussin cumulé d'environ 8,5 % de rendement excédentaire. Le taux de défaut historique de la catégorie BBB sur dix ans reste inférieur à 5 %, et le taux de recouvrement moyen sur la dette senior avoisine 40 %. Le coussin apparaît donc suffisant en scénario central, mais mince : le principal danger n'est pas le défaut, c'est le passage en catégorie spéculative, qui provoquerait un écartement du spread vers 250 ou 300 points de base et une perte de prix immédiate de l'ordre de 12 à 16 %.
Synthèse. Prix 969,70 $ · Duration modifiée 7,66 · Convexité 74,0 · Spread 85 pb · DTS 651 pb-années. Le titre est majoritairement un pari de taux, pas de crédit : 90 % de son risque de prix provient de la courbe américaine. Il convient à un investisseur ayant un horizon d'au moins huit ans, anticipant une stabilité ou une baisse des taux longs américains, et acceptant le risque de change euro-dollar. À l'inverse, un investisseur cherchant du rendement de crédit devra se tourner vers un titre à spread plus élevé, en acceptant un DTS et une volatilité nettement supérieurs.
| Indicateur | Ce qu'il mesure | Formule ou source | Quand l'utiliser |
|---|---|---|---|
| Duration de Macaulay | Durée de vie moyenne pondérée des flux, en années | Σ [t × CFt / (1+y)t] / P | Immunisation d'un passif, adossement actif-passif, compréhension pédagogique |
| Duration modifiée | Variation de prix pour une variation de 1 % des taux | DMac / (1 + y/n) | Gestion quotidienne du risque de taux sur obligations classiques |
| Duration effective | Même chose, mais avec des flux incertains | (P− − P+) / (2 × P0 × Δy) | Obligations callables et puttables, MBS, convertibles |
| Convexité | Courbure de la relation prix-rendement | Σ [t(t+1) × CFt / (1+y)t+2] / P | Chocs de taux importants, comparaison de titres de même duration |
| Spread de crédit | Prime de risque exigée face au souverain | Rendement obligation − rendement souverain de même maturité | Toute obligation non souveraine |
| DTS | Volatilité de crédit et exposition au spread | Spread duration × Spread | Portefeuilles de crédit, arbitrage de valeur relative, budget de risque |
| US10Y | Taux sans risque de référence en dollar | Rendement du Treasury 10 ans, coté en continu | Point d'ancrage de toute valorisation en dollar |
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🔹Analyse des obligations
Analyser une obligation ne demande pas de manipuler des dizaines d'indicateurs, mais d'utiliser le bon au bon moment. La logique d'ensemble est simple : la duration modifiée pour le risque de taux au quotidien, la duration effective dès qu'une option est intégrée au titre, la convexité pour les scénarios de stress et la comparaison de titres à duration égale, le spread et le DTS pour le risque de crédit, et le US10Y ou le Bund comme référence contre laquelle tout se mesure.
Une règle de hiérarchie aide à ne pas se tromper : sur une obligation souveraine de pays développé, le risque de taux domine et la duration suffit à l'essentiel de l'analyse. Sur une obligation d'entreprise de catégorie investissement, les deux risques cohabitent, avec une prédominance du taux. Sur une obligation à haut rendement, le crédit devient le facteur dominant et le DTS remplace la duration comme mesure de risque principale.
Enfin, aucun de ces indicateurs ne capture le risque de liquidité, qui se manifeste précisément quand tous les autres se dégradent. C'est pourquoi la diversification, par le nombre d'émetteurs, par les secteurs et par les maturités, reste la protection la plus robuste dont dispose un investisseur obligataire.
Avertissement : Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement.
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