
Mis à jour le 12 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
En juin 2020, Alexander Kearns, étudiant américain de 20 ans, s'est donné la mort après avoir vu s'afficher sur son application Robinhood un solde de trésorerie de -730 165 dollars. Ce chiffre ne correspondait pas à une dette réelle : il résultait d'un affichage temporaire lié à une position d'options dont le risque était en réalité limité. Le jeune homme, qui avait tenté sans succès de joindre le service client, a cru devoir une somme qu'il ne pourrait jamais rembourser.
Ce drame a profondément marqué le monde du trading en ligne. Il pose des questions sur la responsabilité des courtiers « grand public », sur l'accès des débutants aux produits complexes, et rappelle à chaque trader l'importance de comprendre parfaitement les instruments qu'il utilise.
Points clés à retenir
Alexander Kearns, étudiant à l'université du Nebraska, tradait des options depuis son application Robinhood, un courtier américain sans commission très populaire auprès des jeunes investisseurs. Comme de nombreux nouveaux traders pendant la période de la crise sanitaire, il avait été autorisé à négocier des stratégies d'options combinées.
Un jour de juin 2020, son application affiche un solde de trésorerie de -730 165,72 $ et un pouvoir d'achat du même montant, alors que la valeur de son portefeuille investi n'est que d'environ 16 000 $. Il écrit au service client de Robinhood, qui ne proposait alors pas d'assistance téléphonique, et ne reçoit qu'une réponse automatique. Persuadé d'avoir contracté une dette colossale à cause de ses positions, il met fin à ses jours. Dans le message qu'il laisse, il reconnaît ne pas avoir bien compris ce qu'il faisait.
En réalité, ce chiffre était un état transitoire : la position couverte devait être compensée et la perte finale du compte était bien inférieure à ce que laissait croire l'écran.
Un spread vertical consiste à vendre une option et à en acheter une autre du même type et de même échéance, mais à un prix d'exercice différent. Par exemple, dans un « bull put spread » (spread haussier sur puts), le trader vend un put à un prix d'exercice élevé et achète un put à un prix d'exercice plus bas. L'option achetée sert de protection : elle plafonne la perte maximale de la stratégie. Pour en savoir plus sur le fonctionnement des calls et des puts, consultez notre guide des options vanilles.
Sur les options américaines, comme les options sur actions et ETF cotées aux États-Unis, l'acheteur peut exercer son option à tout moment avant l'échéance (voir options américaines et européennes). Le vendeur peut donc être assigné de façon anticipée : il doit alors acheter (pour un put) ou livrer (pour un call) les titres sous-jacents. Si l'option achetée en couverture n'est pas exercée en même temps, le compte peut temporairement afficher un débit de trésorerie énorme, compensé par des titres et par l'option de protection encore détenue.
Prenons un bull put spread simple sur une action cotée 100 $, avec un contrat portant sur 100 actions :
| Étape | Opération | Effet sur le compte |
|---|---|---|
| Ouverture | Vente d'un put de prix d'exercice 95 $ (prime 2 $) et achat d'un put 90 $ (prime 0,80 $) | Crédit net de 120 $. Perte maximale théorique : (95 - 90) × 100 - 120 = 380 $ |
| Baisse du marché | L'action chute à 88 $, le put vendu à 95 $ est assigné de façon anticipée | Achat forcé de 100 actions à 95 $ : la trésorerie affiche -9 500 $ |
| Situation réelle | Le compte détient 100 actions et le put acheté à 90 $ | Le put garantit la revente à 90 $ minimum, soit 9 000 $ |
| Dénouement | Exercice du put 90 $ ou revente des actions et du put | Perte nette : 9 500 - 9 000 - 120 = 380 $, soit exactement la perte maximale prévue |
L'écran a affiché un débit de 9 500 $ alors que le risque réel n'a jamais dépassé 380 $. Multipliez les contrats et la taille des sous-jacents, et vous obtenez un affichage de plusieurs centaines de milliers de dollars négatifs pour une perte réelle limitée. C'est ce décalage, combiné à l'absence d'explication claire du courtier, qui a été fatal à Alexander Kearns.
| Date | Événement |
|---|---|
| Juin 2020 | Décès d'Alexander Kearns. Les cofondateurs de Robinhood se disent dévastés, annoncent un renforcement des critères d'accès aux options et un don de 250 000 $ à une fondation américaine de prévention du suicide. |
| Février 2021 | La famille poursuit Robinhood devant un tribunal californien (homicide par négligence, détresse émotionnelle, pratiques commerciales déloyales). |
| Mai-juin 2021 | Règlement amiable dont les termes ne sont pas publiés ; l'affaire est définitivement classée le 21 juin 2021. |
| 30 juin 2021 | La FINRA inflige à Robinhood la plus lourde sanction de son histoire : 57 millions de dollars d'amende et plus de 12 millions de dollars de restitution aux clients, notamment pour des informations fausses ou trompeuses sur les soldes et le pouvoir d'achat, et pour l'approbation par algorithme de clients au trading d'options. Robinhood n'a ni admis ni contesté les faits. |
| Juillet 2021 | Introduction en Bourse de Robinhood ; le règlement du litige est mentionné dans son prospectus. Le courtier met ensuite en place une assistance téléphonique. |
L'affaire a nourri le débat sur la « gamification » du trading : applications ludiques, confettis après un ordre, accès quasi instantané aux produits dérivés. Elle a aussi rappelé que la facilité d'accès à un produit ne dit rien de sa complexité.
Le cadre européen offre des garde-fous que n'avaient pas les clients américains de 2020. Pour les CFD, la protection contre le solde négatif est obligatoire pour les clients particuliers depuis 2018 : vous ne pouvez pas perdre plus que le capital déposé sur votre compte. L'effet de levier est également plafonné (30:1 sur les grandes paires de devises, 2:1 sur les cryptomonnaies), et les courtiers doivent évaluer le caractère approprié des produits complexes avant de vous y donner accès.
En revanche, ces protections ne couvrent pas tous les instruments. Sur les options listées, les contrats à terme ou les positions vendeuses d'options, les pertes peuvent dépasser le dépôt initial et déclencher un appel de marge. Avant de trader des options, choisissez un intermédiaire régulé qui affiche clairement le risque maximal de chaque stratégie (voir notre comparatif des meilleurs brokers d'options).
Une option n'est pas une action. Avant d'ouvrir une stratégie combinée, sachez calculer son gain maximal, sa perte maximale et ce qui se passe en cas d'assignation ou à l'échéance. Si vous ne pouvez pas l'expliquer simplement, ne la tradez pas.
Fixez à l'avance le montant que vous acceptez de perdre et placez vos ordres stop loss en conséquence. Une règle simple consiste à ne pas risquer plus de 1 à 2 % de son capital par position, grâce au position sizing.
Le capital de trading doit être de l'argent dont la perte n'affecterait ni votre vie quotidienne, ni vos projets. Un emprunt ou une épargne de précaution n'ont rien à faire sur un compte de trading.
Le levier amplifie les gains comme les pertes. Les débutants ont intérêt à utiliser un levier faible et à privilégier des comptes avec protection contre le solde négatif.
Les annonces économiques et les marchés en panique, comme au printemps 2020, provoquent des écarts de prix brutaux et des assignations inattendues. Entraînez-vous d'abord sur un compte démo.
Un chiffre anormal à l'écran n'est pas forcément une perte réelle. Regardez le détail des positions, attendez la compensation, contactez le courtier par téléphone ou par écrit et, au besoin, demandez l'avis d'un tiers avant toute décision.
Les pertes font partie du trading, y compris pour les meilleurs professionnels, comme le montrent nos histoires d'ascensions et chutes de traders. Elles peuvent pourtant provoquer un stress intense, de la honte ou un sentiment d'isolement. Notre article sur la psychologie face aux pertes détaille les réactions les plus fréquentes et la façon de les gérer.
Vous traversez une période difficile ?
Aucune perte financière ne justifie de rester seul. Parlez-en à un proche, à votre médecin, ou appelez le 3114, le numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 h/24 et 7 j/7 en France. En cas d'urgence, composez le 15 ou le 112. Pour des difficultés liées au jeu ou à une pratique compulsive du trading, le service Joueurs Info Service (09 74 75 13 13) peut aussi vous orienter.
L'histoire d'Alexander Kearns n'est pas celle d'un trader ruiné par le marché, mais celle d'un jeune investisseur trompé par un affichage qu'il ne savait pas interpréter, sans interlocuteur pour le rassurer. Elle a conduit Robinhood et le régulateur américain à revoir l'accès aux options et l'information des clients. Pour chaque trader, la leçon est intemporelle : ne jamais utiliser un produit dont on ne maîtrise pas le fonctionnement, connaître son risque maximal avant d'entrer en position, et ne pas rester seul face à une perte, réelle ou apparente. Retrouvez nos conseils pour une gestion du risque rigoureuse.
À lire aussi sur les grands traders