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Histoire de la création de la FED et du dollar

Mis à jour le 19 juillet 2026 par Ludovic

Ce documentaire canadien, « Le jeu de l'argent - archives oubliées », raconte la naissance de la Réserve fédérale américaine (FED) et l'histoire du dollar. Sa thèse centrale : la création et le contrôle de la monnaie américaine n'appartiennent pas au gouvernement mais à une institution née d'un compromis avec la banque privée.

Le film est ancien, militant et parfois excessif dans son ton. Il reste néanmoins un bon point d'entrée pour comprendre pourquoi le dollar occupe une place unique dans la finance mondiale. Nous l'accompagnons ci-dessous d'une mise au point factuelle et actualisée en juillet 2026, afin de séparer ce qui est historiquement établi de ce qui relève de l'interprétation.

Points clés à retenir

  • Les États-Unis ont vécu sans banque centrale permanente pendant près de 77 ans, entre 1836 et 1913.
  • Le Federal Reserve Act est signé le 23 décembre 1913, après la panique bancaire de 1907.
  • La FED est un système hybride : un Board of Governors public à Washington et douze banques régionales dont le capital est souscrit par les banques membres.
  • Le dollar n'est plus convertible en or depuis le 15 août 1971 (décision de Richard Nixon).
  • En juillet 2026, le taux directeur est maintenu dans la fourchette 3,50 % - 3,75 % et Kevin Warsh préside la FED depuis mai 2026.

Avant 1913 : un pays sans banque centrale

Les États-Unis ont longtemps refusé l'idée même d'une banque centrale. Deux tentatives ont échoué avant la FED :

  • First Bank of the United States (1791-1811) : créée sous l'impulsion d'Alexander Hamilton avec une charte de vingt ans, elle n'est pas renouvelée par le Congrès.
  • Second Bank of the United States (1816-1836) : le président Andrew Jackson oppose son veto au renouvellement de sa charte en 1832, au terme d'un affrontement politique resté célèbre sous le nom de « Bank War ».

Suit une longue période dite du « free banking », où des milliers de banques émettent leurs propres billets. Le système est instable : les paniques bancaires se succèdent en 1873, 1884, 1893, puis en 1907. Cette dernière est la plus violente ; c'est le financier privé John Pierpont Morgan qui organise personnellement le sauvetage du système, faute de prêteur en dernier ressort.

Le traumatisme est double : l'économie américaine a failli s'effondrer, et son sauvetage a dépendu du bon vouloir d'un homme. Le Congrès crée en 1908 la National Monetary Commission, présidée par le sénateur Nelson Aldrich, pour concevoir un mécanisme permanent.

Jekyll Island et le Federal Reserve Act de 1913

En novembre 1910, une poignée de personnalités se réunit dans le plus grand secret sur l'île de Jekyll Island, en Géorgie : le sénateur Aldrich, le banquier Paul Warburg, Frank Vanderlip (National City Bank), Henry Davison (J.P. Morgan & Co.), Charles Norton et l'économiste A. Piatt Andrew, alors secrétaire adjoint au Trésor.

La réunion a bien eu lieu, plusieurs participants l'ont racontée eux-mêmes des années plus tard, et elle accouche du « plan Aldrich ». Ce plan est rejeté au Congrès parce que trop favorable aux banques de Wall Street, mais il sert de base au texte finalement adopté. Le Federal Reserve Act est signé par le président Woodrow Wilson le 23 décembre 1913.

Le compromis de 1913 : pour faire passer la loi, le pouvoir est délibérément fragmenté entre douze banques régionales (Boston, New York, Philadelphie, Cleveland, Richmond, Atlanta, Chicago, Saint-Louis, Minneapolis, Kansas City, Dallas, San Francisco) et un conseil nommé à Washington. Cette architecture bicéphale, qui alimente aujourd'hui encore les débats sur la nature « publique » ou « privée » de la FED, est le produit direct d'un marchandage politique entre agriculteurs de l'Ouest, industriels et banquiers de la côte Est.

Du dollar-or au dollar fiduciaire : les grandes ruptures

DateÉvénementConséquence pour le dollar
1900Gold Standard ActLe dollar est officiellement défini en or : 20,67 $ l'once
1913Federal Reserve ActCréation de la FED et des billets « Federal Reserve Notes »
1933-1934Executive Order 6102 puis Gold Reserve ActDétention d'or privée interdite, once réévaluée à 35 $
1944Accords de Bretton WoodsLe dollar devient le pivot du système monétaire mondial
15 août 1971« Nixon shock »Fin de la convertibilité or : le dollar devient purement fiduciaire
1973Généralisation des changes flottantsNaissance du marché des changes moderne
1979-1982Choc VolckerTaux directeurs proches de 20 %, inflation brisée, dollar en forte hausse
2008-2014Crise financière et assouplissement quantitatifLe bilan de la FED passe d'environ 870 milliards à plus de 4 500 milliards de dollars
2020-2022Pandémie puis choc inflationnisteBilan porté à près de 9 000 milliards, puis remontée rapide des taux
1er décembre 2025Fin du resserrement quantitatif (QT)Bilan stabilisé autour de 6 600 milliards de dollars
Mai 2026Kevin Warsh succède à Jerome PowellNouvelle présidence dans un contexte d'inflation encore supérieure à la cible

La rupture de 1971 est la plus importante pour un investisseur d'aujourd'hui. Tant que le dollar était convertible en or au taux de 35 $ l'once, la création monétaire américaine restait bornée par les stocks d'or. Depuis, plus aucune ancre physique : la valeur du billet vert repose entièrement sur la confiance dans l'économie américaine et sur la crédibilité de sa banque centrale. C'est précisément ce basculement que le documentaire décrit avec des accents dramatiques, mais sur une base historique réelle.

Comment fonctionne réellement la FED en 2026

Le documentaire présente la FED comme « une banque privée détenant le monopole ». La réalité institutionnelle est plus nuancée.

Le Board of Governors
Sept gouverneurs nommés par le président des États-Unis et confirmés par le Sénat, pour des mandats de quatorze ans. C'est une agence fédérale indépendante, pas une société privée. Kevin Warsh en assure la présidence depuis mai 2026.
Les douze banques régionales
Leur capital est souscrit par les banques commerciales membres. Mais ces parts ne sont ni cessibles ni négociables : elles ouvrent droit à un dividende statutaire plafonné, pas à un contrôle de la politique monétaire.
Le FOMC
Douze votants, les sept gouverneurs, le président de la FED de New York et quatre présidents régionaux par rotation. Il se réunit huit fois par an et fixe la fourchette des fed funds.
Les bénéfices
Après paiement des frais et du dividende, le résultat net est reversé au Trésor américain. La FED n'est pas une machine à profit pour ses actionnaires ; depuis 2022, la hausse des taux l'a même fait basculer en pertes d'exploitation.

Depuis 1977, son mandat est double : stabilité des prix et plein emploi. Depuis 2012, la cible d'inflation est officiellement fixée à 2 %. En juillet 2026, cette cible reste dépassée, ce qui explique le maintien prolongé du taux directeur dans la fourchette 3,50 % - 3,75 % et le débat, inhabituel, sur une éventuelle remontée plutôt qu'une baisse des taux.

Ce que le film dit de juste et ce qu'il faut nuancer

Solide historiquement
  • La réunion secrète de Jekyll Island en 1910 est un fait documenté.
  • Les banques privées ont bien pesé sur la rédaction du texte de 1913.
  • L'interdiction de détenir de l'or en 1933 et la réévaluation de l'once ont bien eu lieu.
  • La fin de la convertibilité en 1971 est une décision unilatérale américaine.
  • Le dollar a perdu l'essentiel de son pouvoir d'achat depuis 1913.
À nuancer ou à corriger
  • « Banque privée » : le Board of Governors est une agence publique.
  • Les banques membres ne perçoivent qu'un dividende plafonné, sans droit sur les bénéfices.
  • Le résultat net de la FED revient au Trésor, pas à des actionnaires.
  • La FED est auditée (GAO) et rend compte deux fois par an au Congrès.
  • Le film ignore tout de 2008-2026 : QE, QT, remontée des taux, nouvelle présidence.

Attention aux raccourcis. Beaucoup de documentaires monétaires mélangent des faits vérifiables et des intentions supposées. La perte de pouvoir d'achat du dollar depuis 1913 est réelle, mais elle s'explique par un siècle d'inflation cumulée, de guerres et de choix budgétaires, pas par un plan concerté. En trading, une lecture conspirationniste du marché conduit à s'accrocher à des positions que les faits contredisent.

Méthode : regarder un documentaire monétaire sans se faire piéger

1

Datez le documentaire

Un film tourné avant 2008 ignore la crise des subprimes, l'assouplissement quantitatif et le cycle de resserrement de 2022. Le cadre monétaire qu'il décrit peut être totalement dépassé.

2

Séparez les faits des interprétations

Faites deux colonnes : d'un côté les dates et les textes de loi, de l'autre les mobiles prêtés aux acteurs. Jekyll Island est un fait ; ce qui s'y serait « vraiment » joué est une lecture.

3

Vérifiez sur des sources primaires

Le texte du Federal Reserve Act, les rapports annuels de la Réserve fédérale, les minutes du FOMC et les archives du Congrès sont publics et gratuits. Confrontez-y chaque chiffre cité.

4

Ne confondez pas capital et contrôle

C'est l'erreur la plus répandue sur la FED. Détenir des parts non cessibles à dividende plafonné n'a rien à voir avec le fait de décider de la politique monétaire.

5

Traduisez l'histoire en paramètres de marché

Ce qui fait bouger le dollar aujourd'hui : le calendrier du FOMC, le taux directeur, l'inflation, l'emploi et la taille du bilan. Le reste relève du débat, pas du plan de trading.

Pourquoi cela concerne directement un trader forex

L'histoire racontée dans ce documentaire n'est pas seulement patrimoniale : elle explique la position structurelle du dollar sur le marché des changes.

  • Le dollar reste la première monnaie de réserve mondiale, avec une part de l'ordre de 57 % des réserves de change allouées recensées par le FMI, contre environ 71 % au début des années 2000.
  • Il intervient dans la très grande majorité des transactions de change : selon les enquêtes triennales de la BRI, près de neuf opérations sur dix ont le dollar d'un côté de la paire.
  • Le pétrole, l'or et la plupart des matières premières restent cotés en dollars, ce qui lie mécaniquement leur prix à la politique de la FED.
  • Chaque réunion du FOMC est un rendez-vous de volatilité majeur sur l'EUR/USD, l'USD/JPY et l'or.
  • La taille du bilan de la banque centrale, stabilisée autour de 6 600 milliards de dollars depuis l'arrêt du QT le 1er décembre 2025, conditionne la liquidité disponible sur tous les marchés.

Mi-juillet 2026, l'EUR/USD évolue autour de 1,14-1,15, dans un marché partagé entre une inflation américaine encore élevée et une croissance qui donne des signes d'essoufflement. Autrement dit : le débat historique sur la nature de la FED n'a aucune incidence sur vos positions, mais ses décisions, elles, en ont une tous les mois.

Conclusion

« Le jeu de l'argent » est un document daté, engagé, et il faut le regarder comme tel : une thèse militante appuyée sur une trame historique globalement exacte. Les grands jalons qu'il relate, Jekyll Island, le Federal Reserve Act de 1913, l'or confisqué en 1933, la rupture de 1971 sont réels et méritent d'être connus de tout investisseur.

En revanche, la conclusion qu'il en tire, celle d'une confiscation privée de la monnaie, résiste mal à l'examen du fonctionnement institutionnel de la FED en 2026 : gouverneurs nommés par le pouvoir politique, comptes audités, bénéfices reversés au Trésor, auditions régulières devant le Congrès. Le pouvoir réel de la Réserve fédérale est immense, mais il est public et c'est justement ce qui le rend prévisible, donc exploitable pour qui suit sérieusement le calendrier monétaire.

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