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Goldman Sachs : La banque qui dirige le monde

Mis à jour le 20 juillet 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr

Diffusé pour la première fois sur Arte en septembre 2012, « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » reste l'un des documentaires les plus regardés sur la finance de marché en langue française. Réalisé par Jérôme Fritel et écrit avec Marc Roche, alors journaliste au Monde et auteur du livre La Banque, le film raconte comment une maison new-yorkaise fondée en 1869 est devenue, en une décennie, le symbole des excès de Wall Street : enrichissement pendant la crise des subprimes, comptes publics grecs maquillés au moyen de swaps de devises, pari contre l'euro, et un réseau d'anciens salariés placés aux commandes des banques centrales et des ministères des Finances.

Quatorze ans plus tard, le portrait mérite d'être remis en perspective. Les 700 milliards d'euros d'actifs et les 30 000 salariés cités dans le reportage appartiennent au monde d'avant : Goldman Sachs pèse aujourd'hui plus de 2 000 milliards de dollars de bilan et emploie près de 50 000 personnes. Cette page vous propose de regarder le documentaire, puis de confronter son récit aux faits établis depuis, chiffres officiels à l'appui.

Points clés à retenir

  • Le film : documentaire français de 2012 (environ 71 minutes), produit par CAPA pour Arte France, réalisé par Jérôme Fritel, co-écrit avec le journaliste Marc Roche.
  • La thèse : Goldman Sachs n'est pas seulement une banque, c'est un réseau d'influence capable de peser sur les États et d'échapper largement aux sanctions.
  • Les faits confirmés depuis : 550 millions de dollars payés à la SEC en 2010 dans l'affaire Abacus, près de 3 milliards de dollars au ministère américain de la Justice et 3,9 milliards à la Malaisie en 2020 dans le scandale 1MDB.
  • Les chiffres à corriger : le bilan de la banque atteignait 2 060 milliards de dollars au 31 mars 2026, contre 700 milliards d'euros évoqués dans le film ; l'effectif était de 47 400 personnes fin 2025.
  • Le contexte 2026 : Goldman Sachs a publié le meilleur trimestre de son histoire au deuxième trimestre 2026, avec 20,34 milliards de dollars de revenus nets et 6,63 milliards de bénéfice net.
  • À garder en tête : le documentaire est un film à charge, très documenté mais orienté ; il éclaire des mécanismes réels sans prétendre à la neutralité.

Fiche du documentaire

Le reportage a été conçu comme une enquête chronologique, chapitrée année par année depuis la faillite de Lehman Brothers dans la nuit du 15 au 16 septembre 2008. Les dirigeants en poste ayant refusé de s'exprimer, le film repose sur les témoignages d'anciens salariés de la banque, de concurrents, de régulateurs, d'économistes et de responsables politiques.

ÉlémentDétail
TitreGoldman Sachs, la banque qui dirige le monde
Année2012 (première diffusion Arte : 4 septembre 2012)
RéalisationJérôme Fritel
ÉcritureJérôme Fritel et Marc Roche
ProductionCAPA Presse, pour Arte France
DuréeEnviron 71 minutes (une version courte de 52 minutes existe)
GenreDocumentaire d'investigation économique et politique
Ouvrage liéLa Banque – Comment Goldman Sachs dirige le monde, Marc Roche (2010)

Ce que raconte le reportage

La crise des subprimes : vendre puis parier contre

Le cœur de l'accusation porte sur le double jeu de la banque entre 2006 et 2008. Goldman Sachs structure et vend à ses clients des produits adossés à des crédits immobiliers américains à risque, tout en réduisant sa propre exposition et en prenant des positions vendeuses sur ce même marché. Le film reprend l'expression employée en interne pour désigner certains de ces produits et s'appuie sur les auditions du Sénat américain de 2010, où la question du conflit d'intérêts entre le rôle de teneur de marché et celui de conseiller a été posée frontalement.

Cette lecture a été partiellement validée par les faits : en juillet 2010, Goldman Sachs a accepté de verser 550 millions de dollars pour clore la plainte de la SEC sur le produit synthétique Abacus 2007-AC1, reconnaissant que la documentation commerciale était incomplète, sans admettre de fraude. C'était alors la plus lourde sanction jamais infligée par le régulateur américain à une banque de Wall Street.

La Grèce, les swaps de devises et l'entrée dans l'euro

Le second volet du film concerne l'Europe. En 2001, la Grèce fait appel à Goldman Sachs pour mettre en place des swaps de devises portant sur une partie de sa dette libellée en monnaies étrangères. Le mécanisme, utilisant des taux de change hors marché, permet d'encaisser immédiatement une soulte tout en repoussant la charge dans le temps : l'opération réduit optiquement la dette publique au moment où le pays doit respecter les critères de Maastricht.

L'affaire n'éclate au grand jour qu'en février 2010, quand la crise de la dette grecque bat son plein. Le documentaire souligne le paradoxe : la banque qui a aidé Athènes à présenter des comptes flatteurs figure ensuite parmi les acteurs de marché qui spéculent contre la dette grecque et contre l'euro. Sur le plan strictement juridique, les swaps n'étaient pas illégaux au regard des règles comptables de l'époque, ce que le film ne dit pas assez clairement.

« Government Sachs » : le réseau d'influence

La dernière partie s'attache aux carrières croisées entre la banque et les institutions publiques. Le film rappelle le parcours d'anciens de la maison devenus secrétaires au Trésor américain, gouverneurs de banque centrale ou dirigeants européens, et parle d'une « armée de moines-banquiers » disciplinés et discrets. C'est la thèse la plus discutée du documentaire : elle documente un phénomène réel de circulation des élites, mais glisse parfois vers une lecture qui prête à la banque une intentionnalité difficile à démontrer.

Goldman Sachs en 2026 : les chiffres du film sont dépassés

Si vous regardez le reportage aujourd'hui, gardez en tête que ses données datent de 2011-2012. Voici la comparaison avec les publications officielles les plus récentes de la banque.

IndicateurDans le documentaire (2012)Dernières données publiées
Total de bilanEnviron 700 milliards d'euros d'actifs2 060 milliards de dollars au 31 mars 2026
EffectifsEnviron 30 000 salariés47 400 personnes au 31 décembre 2025
Revenus nets annuelsNon détaillé58,28 milliards de dollars en 2025
Bénéfice net annuelNon détaillé17,18 milliards de dollars en 2025
Rentabilité des fonds propres (ROE)Non détaillé15,0 % en 2025 ; 23,5 % au 2e trimestre 2026
Actifs sous supervisionNon détailléEnviron 3 700 milliards de dollars (record atteint au 1er trimestre 2026)
DirectionLloyd BlankfeinDavid Solomon, président-directeur général

Le contraste est frappant : le deuxième trimestre 2026, publié le 14 juillet, a été le meilleur de l'histoire de la banque avec 20,34 milliards de dollars de revenus nets, 6,63 milliards de bénéfice net et un bénéfice par action de 20,98 dollars, porté par la volatilité des marchés de matières premières et par une activité record en introductions en Bourse. La division Global Banking & Markets a vu ses revenus bondir de plus de 50 % sur un an. Autrement dit, la banque décrite comme intouchable en 2012 est aujourd'hui plus puissante encore, mais dans un environnement réglementaire nettement plus contraignant qu'avant 2008.

Les affaires marquantes depuis la sortie du film

Abacus et la SEC (2010)
550 millions de dollars versés pour clore l'enquête sur un produit synthétique adossé à des crédits subprimes, sans reconnaissance de fraude. Un banquier de la maison, Fabrice Tourre, sera reconnu civilement responsable en 2013.
Le fonds malaisien 1MDB (2020)
Près de 3 milliards de dollars payés aux autorités américaines et 3,9 milliards négociés avec la Malaisie, dont 2,5 milliards en numéraire. La filiale malaisienne a plaidé coupable de violation de la loi anticorruption américaine.
Apple Card et la CFPB (2024)
Sanction du régulateur américain de la consommation pour la gestion des réclamations et des informations clients. Le partenariat, coûteux pour la banque, a été cédé à Chase début 2026, sous réserve d'approbation réglementaire.
Le retrait de la banque de détail
Après plusieurs milliards de dollars de pertes cumulées, Goldman Sachs a abandonné son ambition grand public pour se recentrer sur la banque d'investissement, le trading et la gestion de fortune.

À noter : aucun dirigeant de premier plan de Goldman Sachs n'a été condamné pénalement pour son rôle dans la crise de 2008. C'est précisément le point de départ du documentaire, et il reste valable aujourd'hui : les sanctions ont été financières et réputationnelles, jamais individuelles au sommet.

Ce que le reportage apporte, et ses limites

Points forts
  • Rend accessibles des mécanismes complexes : titrisation, CDS, swaps de devises, conflits d'intérêts.
  • Témoignages à visage découvert d'anciens salariés et de régulateurs, rares sur ce sujet.
  • Montage rythmé et narration efficace, qui tiennent le spectateur sur 70 minutes.
  • Documente précisément le montage grec de 2001, resté longtemps opaque.
  • Utile pour comprendre pourquoi la régulation post-2008 a été durcie en Europe et aux États-Unis.
Limites
  • Film à charge : la banque n'y est jamais représentée par sa direction en exercice.
  • Chiffres de 2012, largement obsolètes aujourd'hui.
  • La thèse du réseau d'influence frôle par moments la lecture complotiste.
  • Le rôle des autres banques et des agences de notation est peu traité.
  • Les réformes engagées après 2010 (Dodd-Frank, Bâle III, MiFID II) sont à peine évoquées.

Comment analyser une banque d'investissement avant d'investir

Le documentaire donne envie de comprendre comment fonctionne réellement ce type d'établissement. Si vous envisagez d'investir sur une action bancaire, ou simplement de suivre le secteur, voici une méthode d'analyse en six étapes applicable à Goldman Sachs comme à ses concurrents.

1
Identifier les sources de revenus
Répartissez le chiffre d'affaires entre banque d'investissement, marchés (taux, change, matières premières et actions), gestion d'actifs et activités de détail. Plus la part des marchés est élevée, plus les résultats seront volatils d'un trimestre à l'autre.
2
Mesurer la rentabilité réelle
Comparez le ROE et le ROTE au coût du capital, généralement estimé entre 10 et 12 % pour une grande banque. Un ROE durablement supérieur signale un avantage compétitif ; un ROE inférieur détruit de la valeur pour l'actionnaire.
3
Vérifier la solidité du bilan
Contrôlez le ratio CET1, le levier, la taille du bilan et le niveau des dépôts. Une banque d'investissement dépend davantage des financements de marché qu'une banque de détail, ce qui la rend plus sensible aux tensions de liquidité.
4
Lire les provisions et le risque de crédit
Suivez les provisions pour pertes sur créances et les expositions sectorielles. Une hausse rapide des provisions précède souvent une dégradation du cycle économique et pèse mécaniquement sur le résultat net.
5
Chiffrer le risque juridique et réputationnel
Recensez les litiges, amendes et enquêtes en cours, listés dans le rapport annuel. Les dossiers subprimes et 1MDB ont coûté plusieurs milliards de dollars à Goldman Sachs : ce risque n'est jamais nul dans ce métier.
6
Confronter la valorisation au cycle
Rapportez le cours à l'actif net comptable et au bénéfice attendu, en gardant à l'esprit que les banques d'affaires publient leurs meilleurs résultats au sommet du cycle, quand la valorisation est déjà généreuse.

Ce que le trader particulier peut en retenir

Au-delà du réquisitoire, le film contient trois enseignements très concrets pour quiconque intervient sur les marchés.

  • Votre contrepartie n'est pas votre conseiller. Un teneur de marché gagne sa vie sur le flux, pas sur votre performance. C'est vrai pour une banque d'affaires comme pour un courtier en CFD : lisez toujours qui prend le risque en face de vous.
  • La complexité d'un produit sert d'abord son émetteur. Plus un instrument est structuré, plus la marge est difficile à identifier. Si vous ne pouvez pas expliquer un produit en trois phrases, ne le tradez pas.
  • Les crises viennent du levier, pas de la volatilité. Ce qui a fait tomber le système en 2008 n'est pas la baisse de l'immobilier, mais l'empilement d'endettement construit dessus. La leçon vaut aussi pour un compte de trading particulier.

Conclusion

« Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » reste, quatorze ans après sa diffusion, une porte d'entrée efficace dans la mécanique de la finance de marché. Le film a le mérite de rendre lisibles des montages que peu de médias avaient expliqués avec cette clarté, et plusieurs de ses accusations ont été confirmées par des règlements judiciaires ultérieurs, du dossier Abacus au scandale 1MDB.

Il faut cependant le regarder pour ce qu'il est : un documentaire à charge, tourné au plus fort du ressentiment contre Wall Street, dont les chiffres sont aujourd'hui largement dépassés. Goldman Sachs a doublé la taille de son bilan, changé de direction, abandonné la banque de détail et opère dans un cadre prudentiel bien plus strict. Le regarder en connaissance de cause, en le confrontant aux publications officielles de la banque, en fait un excellent outil de culture financière plutôt qu'un simple pamphlet.