Mis à jour le 20 juillet 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
Diffusé pour la première fois sur Arte en septembre 2012, « Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » reste l'un des documentaires les plus regardés sur la finance de marché en langue française. Réalisé par Jérôme Fritel et écrit avec Marc Roche, alors journaliste au Monde et auteur du livre La Banque, le film raconte comment une maison new-yorkaise fondée en 1869 est devenue, en une décennie, le symbole des excès de Wall Street : enrichissement pendant la crise des subprimes, comptes publics grecs maquillés au moyen de swaps de devises, pari contre l'euro, et un réseau d'anciens salariés placés aux commandes des banques centrales et des ministères des Finances.
Quatorze ans plus tard, le portrait mérite d'être remis en perspective. Les 700 milliards d'euros d'actifs et les 30 000 salariés cités dans le reportage appartiennent au monde d'avant : Goldman Sachs pèse aujourd'hui plus de 2 000 milliards de dollars de bilan et emploie près de 50 000 personnes. Cette page vous propose de regarder le documentaire, puis de confronter son récit aux faits établis depuis, chiffres officiels à l'appui.
Le reportage a été conçu comme une enquête chronologique, chapitrée année par année depuis la faillite de Lehman Brothers dans la nuit du 15 au 16 septembre 2008. Les dirigeants en poste ayant refusé de s'exprimer, le film repose sur les témoignages d'anciens salariés de la banque, de concurrents, de régulateurs, d'économistes et de responsables politiques.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Titre | Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde |
| Année | 2012 (première diffusion Arte : 4 septembre 2012) |
| Réalisation | Jérôme Fritel |
| Écriture | Jérôme Fritel et Marc Roche |
| Production | CAPA Presse, pour Arte France |
| Durée | Environ 71 minutes (une version courte de 52 minutes existe) |
| Genre | Documentaire d'investigation économique et politique |
| Ouvrage lié | La Banque – Comment Goldman Sachs dirige le monde, Marc Roche (2010) |
Le cœur de l'accusation porte sur le double jeu de la banque entre 2006 et 2008. Goldman Sachs structure et vend à ses clients des produits adossés à des crédits immobiliers américains à risque, tout en réduisant sa propre exposition et en prenant des positions vendeuses sur ce même marché. Le film reprend l'expression employée en interne pour désigner certains de ces produits et s'appuie sur les auditions du Sénat américain de 2010, où la question du conflit d'intérêts entre le rôle de teneur de marché et celui de conseiller a été posée frontalement.
Cette lecture a été partiellement validée par les faits : en juillet 2010, Goldman Sachs a accepté de verser 550 millions de dollars pour clore la plainte de la SEC sur le produit synthétique Abacus 2007-AC1, reconnaissant que la documentation commerciale était incomplète, sans admettre de fraude. C'était alors la plus lourde sanction jamais infligée par le régulateur américain à une banque de Wall Street.
Le second volet du film concerne l'Europe. En 2001, la Grèce fait appel à Goldman Sachs pour mettre en place des swaps de devises portant sur une partie de sa dette libellée en monnaies étrangères. Le mécanisme, utilisant des taux de change hors marché, permet d'encaisser immédiatement une soulte tout en repoussant la charge dans le temps : l'opération réduit optiquement la dette publique au moment où le pays doit respecter les critères de Maastricht.
L'affaire n'éclate au grand jour qu'en février 2010, quand la crise de la dette grecque bat son plein. Le documentaire souligne le paradoxe : la banque qui a aidé Athènes à présenter des comptes flatteurs figure ensuite parmi les acteurs de marché qui spéculent contre la dette grecque et contre l'euro. Sur le plan strictement juridique, les swaps n'étaient pas illégaux au regard des règles comptables de l'époque, ce que le film ne dit pas assez clairement.
La dernière partie s'attache aux carrières croisées entre la banque et les institutions publiques. Le film rappelle le parcours d'anciens de la maison devenus secrétaires au Trésor américain, gouverneurs de banque centrale ou dirigeants européens, et parle d'une « armée de moines-banquiers » disciplinés et discrets. C'est la thèse la plus discutée du documentaire : elle documente un phénomène réel de circulation des élites, mais glisse parfois vers une lecture qui prête à la banque une intentionnalité difficile à démontrer.
Si vous regardez le reportage aujourd'hui, gardez en tête que ses données datent de 2011-2012. Voici la comparaison avec les publications officielles les plus récentes de la banque.
| Indicateur | Dans le documentaire (2012) | Dernières données publiées |
|---|---|---|
| Total de bilan | Environ 700 milliards d'euros d'actifs | 2 060 milliards de dollars au 31 mars 2026 |
| Effectifs | Environ 30 000 salariés | 47 400 personnes au 31 décembre 2025 |
| Revenus nets annuels | Non détaillé | 58,28 milliards de dollars en 2025 |
| Bénéfice net annuel | Non détaillé | 17,18 milliards de dollars en 2025 |
| Rentabilité des fonds propres (ROE) | Non détaillé | 15,0 % en 2025 ; 23,5 % au 2e trimestre 2026 |
| Actifs sous supervision | Non détaillé | Environ 3 700 milliards de dollars (record atteint au 1er trimestre 2026) |
| Direction | Lloyd Blankfein | David Solomon, président-directeur général |
Le contraste est frappant : le deuxième trimestre 2026, publié le 14 juillet, a été le meilleur de l'histoire de la banque avec 20,34 milliards de dollars de revenus nets, 6,63 milliards de bénéfice net et un bénéfice par action de 20,98 dollars, porté par la volatilité des marchés de matières premières et par une activité record en introductions en Bourse. La division Global Banking & Markets a vu ses revenus bondir de plus de 50 % sur un an. Autrement dit, la banque décrite comme intouchable en 2012 est aujourd'hui plus puissante encore, mais dans un environnement réglementaire nettement plus contraignant qu'avant 2008.
À noter : aucun dirigeant de premier plan de Goldman Sachs n'a été condamné pénalement pour son rôle dans la crise de 2008. C'est précisément le point de départ du documentaire, et il reste valable aujourd'hui : les sanctions ont été financières et réputationnelles, jamais individuelles au sommet.
Le documentaire donne envie de comprendre comment fonctionne réellement ce type d'établissement. Si vous envisagez d'investir sur une action bancaire, ou simplement de suivre le secteur, voici une méthode d'analyse en six étapes applicable à Goldman Sachs comme à ses concurrents.
Au-delà du réquisitoire, le film contient trois enseignements très concrets pour quiconque intervient sur les marchés.
« Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde » reste, quatorze ans après sa diffusion, une porte d'entrée efficace dans la mécanique de la finance de marché. Le film a le mérite de rendre lisibles des montages que peu de médias avaient expliqués avec cette clarté, et plusieurs de ses accusations ont été confirmées par des règlements judiciaires ultérieurs, du dossier Abacus au scandale 1MDB.
Il faut cependant le regarder pour ce qu'il est : un documentaire à charge, tourné au plus fort du ressentiment contre Wall Street, dont les chiffres sont aujourd'hui largement dépassés. Goldman Sachs a doublé la taille de son bilan, changé de direction, abandonné la banque de détail et opère dans un cadre prudentiel bien plus strict. Le regarder en connaissance de cause, en le confrontant aux publications officielles de la banque, en fait un excellent outil de culture financière plutôt qu'un simple pamphlet.

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