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Comment investir en temps de guerre : actifs refuges, or et défense

Investir en temps de guerre : protéger son patrimoine face aux conflits

Mis à jour le 13 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr

La guerre est revenue au centre de l'actualité : conflit russo-ukrainien depuis février 2022, affrontements au Proche-Orient, frappes américano-israéliennes contre l'Iran depuis fin février 2026, tensions autour de Taïwan, guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine… Si le coût financier d'un conflit reste dérisoire face à son coût humain, beaucoup d'épargnants se demandent légitimement comment investir en temps de guerre et quels actifs protègent le mieux un patrimoine en période d'instabilité géopolitique.

Ce guide aborde la question sous deux angles : celui de l'observateur, qui n'est pas directement touché par les combats mais subit leurs effets économiques (inflation, volatilité, sanctions), et celui du participant, qui vit dans un pays en guerre. Il ne s'agit pas de minimiser la tragédie des conflits, mais de comprendre ce que l'histoire et les données nous apprennent pour préserver son épargne.

L'essentiel à retenir

  • Depuis 1900, les actions et les obligations américaines ont affiché un rendement réel médian inférieur d'environ 5 points par an en temps de guerre, surtout à cause d'une inflation plus élevée (environ 3 points de plus qu'en temps de paix).
  • Pour un investisseur « observateur », investir en temps de guerre revient d'abord à se protéger de l'inflation : actions mondiales, immobilier et obligations à court terme ont historiquement le mieux résisté.
  • Les obligations à long terme sont les grandes perdantes des conflits : l'État s'endette massivement et l'inflation érode leur valeur réelle.
  • L'or joue son rôle de réserve neutre : les banques centrales en achètent plus de 1 000 tonnes par an de 2022 à 2024 et le métal a atteint un record d'environ 5 400 $ l'once en janvier 2026.
  • Le dollar reste la première monnaie de réserve (56,7 % des réserves mondiales au 2e trimestre 2026), mais le gel des réserves russes a accéléré la diversification vers l'or.
  • Les actions de la défense profitent du réarmement (objectif OTAN de 5 % du PIB) et de carnets de commandes records, mais ont corrigé en 2026 : sélectivité et valorisation priment, et un seul ETF défense est éligible au PEA.
  • Si l'on vit dans une zone de conflit, la priorité devient la portabilité des actifs et la diversification géographique, dans le respect des obligations déclaratives.
  • Pour le trader, les réflexes « refuge » (or, dollar, yen, franc suisse, Treasuries) sont souvent violents mais brefs : après les frappes contre l'Iran fin février 2026, l'or a ouvert en gap au-dessus de 5 400 $ avant de reperdre ses gains en quelques séances.

La guerre et les marchés : ce que dit l'histoire

Les marchés financiers sont exposés à de nombreux chocs : crises de la dette, pandémies, catastrophes naturelles, guerres. Beaucoup de ces événements nous surprennent simplement parce qu'ils ne se sont pas produits depuis que nous investissons. C'est là qu'une étude de l'histoire financière et du cycle des empires devient précieuse.

En 2011, le psychologue Steven Pinker publiait dans le Wall Street Journal un article intitulé « Why Violence Is Vanishing », montrant que le nombre de décès liés aux guerres rapporté à la population mondiale avait fortement diminué depuis la Seconde Guerre mondiale :

Décès liés aux guerres pour 100 000 habitants dans le monde depuis 1946

D'autres analyses montrent que le nombre de conflits entre États n'a pas disparu, mais ces conflits ont été bien moins meurtriers que les guerres mondiales. Conséquence pratique : la plupart des investisseurs vivront les guerres futures en observateurs, pas en participants. Même aux États-Unis, impliqués dans de nombreux conflits depuis 1900, l'immense majorité de la population a été spectatrice des guerres.

Des cycles qui se répètent

Plusieurs analystes comparent la période actuelle aux années 1929-1945 : ralentissement économique, taux d'intérêt tombés à zéro et création monétaire massive après 2008 et 2020, montée des inégalités et du populisme, puis multiplication des conflits commerciaux, technologiques, financiers et géopolitiques. Dans ce schéma, la guerre commerciale est souvent le premier domino ; les rivalités sur les capitaux (monnaie, dette, accès aux marchés), la technologie et l'influence géopolitique suivent, parfois 5 à 10 ans avant un conflit armé.

La grande différence avec les années 1930 tient à la dissuasion nucléaire : la doctrine de la « destruction mutuelle assurée » incite les grandes puissances à la prudence et à la négociation. Mais l'histoire montre aussi que les petites guerres peuvent échapper à tout contrôle et que les conflits se révèlent presque toujours plus longs et plus coûteux que prévu par ceux qui les déclenchent. Pour l'investisseur, la leçon est simple : il est impossible de prévoir l'issue d'une guerre, il faut donc construire un portefeuille capable de traverser plusieurs scénarios.

L'inflation, premier canal de transmission

Si l'on compare le rendement réel annualisé médian des actions américaines et des obligations du Trésor américain à 10 ans en temps de paix et en temps de guerre depuis 1900, les deux classes d'actifs sous-performent nettement pendant les guerres mondiales :

Rendement réel médian des actions et obligations américaines en temps de paix et pendant les deux guerres mondiales

Le constat reste identique si l'on ajoute la guerre de Corée et la guerre du Vietnam : les obligations passent d'un rendement réel positif à un rendement négatif, et les actions perdent environ 5 points de performance annuelle.

Rendement réel médian des actions et obligations américaines : paix contre Première et Seconde Guerre mondiale, Corée et Vietnam

L'écart est statistiquement significatif (au seuil de 1 %) pour les obligations, mais pas pour les actions. Quelle en est la cause principale ? L'inflation. En moyenne, l'indice des prix à la consommation américain progresse d'environ 3 points de plus par an en temps de guerre qu'en temps de paix, un écart lui aussi significatif au seuil de 1 % :

Inflation américaine (IPC) en temps de paix et en temps de guerre

Le mécanisme est connu : une guerre coûte cher, l'État s'endette et finit souvent par monétiser une partie de cette dette. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont ainsi plafonné artificiellement les taux d'intérêt (de 1942 jusqu'à l'accord Trésor-Fed de 1951) pour financer l'effort de guerre à bon marché. Les détenteurs de liquidités et d'obligations ont perdu une grande partie de leur pouvoir d'achat. Les guerres actuelles s'inscrivent dans le même schéma : hausse des budgets militaires, déficits publics élevés et pression sur la politique monétaire des banques centrales.

À retenir : investir en temps de guerre, c'est d'abord investir dans un environnement d'inflation plus forte. Les actifs qui protègent de l'inflation sont donc ceux qui protègent le mieux d'un conflit vu de loin.

Quels actifs détenir en tant qu'observateur ?

Sur la période 1972-2021, le classement des grandes classes d'actifs américaines en rendement réel médian annuel montre la domination des actifs « réels » et des actions :

Classe d'actifsRendement réel médian (1972-2021)Rendement réel médian quand l'inflation dépasse 4 %
Actions américaines (S&P 500)8,3 %0,8 %
Immobilier coté (REIT)7,8 %5,6 %
Actions internationales6,7 %1,0 %
Obligations d'entreprises américaines6,2 %-5,1 %
Bons du Trésor à 10 ans3,9 %-6,4 %
Immobilier résidentiel américain3,0 %0,0 %
Or1,5 %-1,4 %
Bons du Trésor à 3 mois0,4 %-1,4 %
Matières premières-1,1 %-6,0 %

Données historiques sur le marché américain, rendements réels (après inflation) médians par année civile.

Deux enseignements se dégagent :

  • Les actions et l'immobilier (via les REIT ou les SCPI pour un investisseur français) sont les meilleures classes d'actifs sur le long terme, quel que soit le niveau d'inflation. Leurs revenus (bénéfices, loyers) peuvent être revalorisés avec les prix.
  • Les obligations à long terme sont laminées quand l'inflation dépasse 4 % : -6,4 % par an en réel pour le Trésor à 10 ans. Même des rendements nominaux attractifs ne compensent pas une inflation qui accélère. Les obligations courtes, renouvelées à des taux plus élevés, et les obligations indexées sur l'inflation s'en sortent mieux.

L'investisseur et stratégiste Barton Biggs, auteur de Wealth, War and Wisdom, recommandait ainsi de conserver environ 75 % de sa fortune en actions, en rappelant qu'un siècle d'histoire en fait le placement principal à privilégier, mais pas le seul. Une approche cohérente avec les portefeuilles de protection contre l'inflation et la déflation.

Faut-il acheter des valeurs « de guerre » ?

Il est tentant de réorganiser son portefeuille au gré des gros titres en ajoutant des valeurs défensives, énergétiques ou d'armement. En pratique, cela revient à faire du stock picking et du market timing, deux exercices difficiles. Les marchés anticipent : au moment où un conflit fait la une, une bonne partie de la hausse des secteurs « gagnants » est souvent déjà dans les cours. Une rotation sectorielle raisonnée peut avoir sa place, mais la discipline et la diversification restent les meilleures protections.

Les marchés des pays qui gagnent une guerre restent généralement solides, alors que ceux des perdants peuvent subir des pertes considérables, jusqu'à la disparition complète de leur richesse financière. D'où l'importance d'une diversification entre pays, devises et classes d'actifs plutôt qu'un pari sur un camp.

L'or, monnaie des périodes de conflit

En temps de guerre, la monnaie d'échange entre pays qui ne se font pas confiance est historiquement l'or, l'argent métal et le troc. Le métal jaune présente des caractéristiques uniques :

  • il ne peut pas être « imprimé » ;
  • il n'est la dette de personne, contrairement aux monnaies fiduciaires et aux obligations ;
  • il a survécu à toutes les monnaies, qui ont été détruites, fusionnées ou fortement dévaluées au fil du temps ;
  • il est accepté partout, y compris par des pays qui se méfient des devises de leurs adversaires.

Pour ces raisons, il est courant pendant les guerres d'acheter de l'or et de vendre du crédit (obligations et autres actifs de dette). L'or a toutefois un défaut majeur : il ne verse aucun revenu, ce qui explique son rendement réel modeste sur le long terme dans le tableau précédent.

Un premier réflexe souvent éphémère

Le déclenchement d'un conflit provoque souvent une flambée de l'or… qui ne dure pas toujours. Lors de l'invasion de l'Ukraine en février 2022, l'once a bondi au-delà de 2 050 $ début mars avec le gel des réserves de change russes, avant de revenir à son point de départ quelques semaines plus tard :

Cours de l'or (XAU/USD) lors de l'invasion de l'Ukraine en 2022

Le grand retour de l'or dans les réserves

C'est sur la durée que l'effet des guerres sur l'or s'est révélé. Après le gel des avoirs russes, les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d'or par an en 2022, 2023 et 2024 selon le World Gold Council, un rythme deux fois supérieur à celui de la décennie précédente, et leurs achats sont restés soutenus en 2025 et 2026 (Pologne et Chine en tête). Porté par cette demande, par les tensions géopolitiques et par les inquiétudes sur la dette américaine, l'or a atteint un record d'environ 5 400 $ l'once fin janvier 2026, avant de corriger fortement pour revenir autour de 4 000 $ fin juin 2026. Une volatilité qui rappelle que la valeur refuge n'est pas un actif sans risque.

Comment s'exposer ? Via l'or physique (pièces, lingots), l'or « alloué » stocké en coffre via des plateformes comme BullionVault, les ETC adossés à de l'or physique ou les mines d'or cotées. Pour doser la place de l'or dans un portefeuille, consultez notre analyse du portefeuille or et actions.

Monnaies de réserve et sanctions : la guerre se joue aussi sur les devises

Le conflit entre la Russie et l'Ukraine a remis la question des monnaies de réserve au premier plan. Les États-Unis (dollar), la zone euro et le Royaume-Uni ont utilisé le statut de réserve de leurs monnaies comme une arme : priver un pays de l'accès au dollar ou à l'euro, c'est l'empêcher de commercer avec une grande partie du monde.

Le gel des réserves russes, un tournant

En 2022, environ 300 milliards de dollars de réserves de la Banque centrale de Russie ont été immobilisés par les pays occidentaux, dont la majeure partie chez le dépositaire belge Euroclear. Fin 2025, l'Union européenne a décidé d'immobiliser ces avoirs sans limite de durée. Moscou avait pourtant anticipé : la part du dollar dans ses réserves était passée de plus de 40 % en 2013 à moins de 20 % mi-2021, au profit de l'or et du renminbi.

Composition des réserves officielles de la Russie par devise : fin 2013 contre juin 2021

La leçon a été retenue par de nombreux pays : des réserves en devises ne sont que des créances sur d'autres États, qui peuvent décider unilatéralement de ne pas les honorer. D'autres précédents existent : en 2021, le FMI a suspendu l'accès de l'Afghanistan à ses fonds et à ses droits de tirage spéciaux (DTS) après la prise de pouvoir des talibans, et les avoirs iraniens en dollars restent soumis aux décisions du Trésor américain.

Le dollar reste dominant, l'or progresse

Faut-il pour autant parier sur la fin du dollar ? Les données du FMI (COFER) invitent à la prudence. Au 2e trimestre 2026, le dollar représente encore 56,7 % des réserves de change mondiales allouées, contre 20,6 % pour l'euro, environ 5 % pour le yen et seulement 2,1 % pour le yuan chinois. La part du billet vert recule lentement depuis 25 ans (elle dépassait 70 % au début des années 2000), mais aucune devise n'est en mesure de le remplacer : l'euro souffre de la fragmentation de sa dette publique, et le yuan reste pénalisé par le contrôle des capitaux chinois.

Les gestionnaires de réserves qui veulent se diversifier se tournent donc vers deux options : des actifs monétaires « neutres » comme l'or, ou des devises émergentes comme le yuan. Aucune n'est simple : détenir une grande partie de ses réserves en or ou en yuan comporte aussi des risques, et la Chine ne peut pas détenir sa propre monnaie en réserve.

Les régimes monétaires changent lentement… puis brutalement

Une monnaie largement utilisée ressemble à une langue largement parlée : elle reste en place par habitude bien après le déclin de la puissance qui l'a imposée. Les Provinces-Unies (Pays-Bas) n'ont perdu leur statut de monnaie de réserve qu'avec la quatrième guerre anglo-néerlandaise (1780-1784). Les dépenses de guerre ont ruiné le pays, provoquant l'effondrement de ses marchés de la dette et des actions, et celui du florin face à l'or, à l'argent et à la livre sterling :

Valeur du florin néerlandais face à l'or, à l'argent et à la livre sterling de 1600 à 1820

Sur le très long terme, toutes les monnaies de réserve successives (florin, livre sterling, dollar) ont perdu l'essentiel de leur valeur face à l'or. Les États-Unis ont connu deux fortes dévaluations, en 1933 (Grande Dépression) et en 1971 (fin de la convertibilité en or, sur fond de dépenses militaires et sociales), sans perdre pour autant leur statut de réserve.

Valeur des monnaies de réserve (florin, livre sterling, dollar) face à l'or sur plusieurs siècles

L'or fonctionne en quelque sorte comme l'inverse de la monnaie : à mesure que la masse monétaire augmente, son prix tend à suivre sur le long terme. Sa popularité progresse quand les rendements réels des actifs financiers baissent, en particulier en période de guerre, de tensions géopolitiques exacerbées ou de dévaluations à grande échelle.

Matières premières et énergie : le choc d'offre

Les matières premières ont une valeur intrinsèque et deviennent très demandées pendant les conflits, au point de pouvoir servir de monnaie alternative. Lorsque la guerre a éclaté entre la Russie et l'Ukraine en février 2022, l'indice des matières premières a enregistré, en milieu de semaine, sa meilleure semaine depuis 1974. Cette ruée reflétait des déficits d'offre déjà présents (énergie, céréales, métaux industriels) et la volonté de détenir des biens réels.

Les chocs pétroliers liés aux conflits peuvent cependant se dégonfler très vite. En juin 2025, pendant la « guerre des douze jours » entre Israël et l'Iran, le baril de Brent a bondi de plus de 7 % en une séance avant d'effacer l'essentiel de sa hausse dès l'annonce du cessez-le-feu : le marché craignait une fermeture du détroit d'Ormuz qui ne s'est pas produite.

Le scénario redouté s'est en revanche matérialisé en 2026. Après les frappes américano-israéliennes contre l'Iran du 28 février, le trafic dans le détroit d'Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial, s'est effondré : le Brent est passé d'environ 71 $ fin février à plus de 112 $ le 20 mars 2026, soit près de 60 % de hausse en trois semaines, avant de revenir autour de 79 $ mi-juin après la réouverture du détroit. Un rappel que l'énergie est le principal canal par lequel un conflit au Moyen-Orient se transmet à l'inflation… et donc aux taux d'intérêt.

Sur le long terme, les matières premières restent la classe d'actifs la moins rémunératrice (-1,1 % de rendement réel médian sur 1972-2021). Elles sont donc davantage un outil de couverture ponctuel qu'un placement de fond. Pour aller plus loin : investir dans les matières premières et trader le pétrole.

Trader les valeurs refuges en période de conflit

Les sections précédentes adoptent le point de vue de l'investisseur de long terme. Le trader, lui, s'intéresse aux premiers jours d'un conflit, lorsque les marchés « fuient vers la qualité » (flight to safety) : les capitaux quittent les actifs risqués (actions, devises émergentes, crypto-actifs) pour se réfugier vers quatre grandes familles d'actifs jugés capables de préserver leur valeur. Ces mouvements sont rapides, souvent spectaculaires, mais rarement durables.

Valeur refugeCaractéristiquesPourquoi elle réagit aux conflitsPour quel profil ?
Or (XAU/USD)Forte volatilité, réagit très vite au sentiment de risqueRéserve de valeur sans risque de défaut, émise par aucun ÉtatTraders court terme et swing traders
Dollar américain (USD)Liquidité inégalée, demande mondiale soutenuePremière monnaie de réserve, marchés de capitaux les plus profondsTraders forex et investisseurs internationaux
Yen japonais (JPY)Se renforce souvent en phase d'aversion au risqueÉconomie stable, position extérieure nette très créditrice, débouclage des carry tradesTraders forex axés sur le sentiment de risque
Franc suisse (CHF)Devise stable, système financier solideNeutralité politique de la Suisse et faible endettement publicTraders de devises prudents
Obligations du Trésor américainVolatilité plus faible que l'or ou les devisesGaranties par l'État fédéral américain, risque de défaut jugé très faibleInvestisseurs à moyen et long terme

L'or (XAU/USD) : le premier réflexe des marchés

L'or est souvent le premier actif à réagir à une escalade militaire. Il n'est la dette d'aucun pays et ne dépend de la santé financière d'aucune économie : quand la confiance dans les monnaies fiduciaires s'érode, la demande se reporte sur le métal jaune. Les frappes américano-israéliennes contre plusieurs sites iraniens, le samedi 28 février 2026, en ont donné une illustration. Marchés fermés, la réaction s'est concentrée sur l'ouverture du lundi 2 mars : l'once, qui clôturait la semaine précédente vers 5 180 $, a ouvert en gap haussier et dépassé brièvement 5 400 $, le RSI passant en zone de surachat.

Cours de l'or XAU/USD en 4 heures après les frappes contre l'Iran : gap haussier du 2 mars 2026 et RSI en surachat

Le graphique montre aussi la suite : dès le 3 mars, l'or a reperdu toute sa hausse et glissé vers 5 000 $, en dessous de son niveau d'avant les frappes. Exactement comme lors de l'invasion de l'Ukraine en 2022, la prime de risque géopolitique s'est dissipée en quelques jours. Pour un trader, acheter un gap d'ouverture sur une nouvelle de guerre est donc un pari risqué ; les signaux de surachat du RSI invitent plutôt à la prudence.

Le dollar américain (DXY) : la liquidité avant tout

En période d'incertitude, investisseurs, institutions et banques centrales privilégient les actifs libellés en dollars, les plus faciles à acheter, à vendre et à conserver quand la volatilité explose. Après les frappes contre l'Iran, l'indice dollar (DXY), déjà orienté à la hausse au-dessus de sa moyenne mobile, a prolongé sa progression d'environ 97,6 à près de 99,6, soit 2 % en quelques séances.

Indice dollar DXY en 4 heures après les frappes contre l'Iran de février-mars 2026

Malgré les débats sur la dédollarisation (voir la section sur les monnaies de réserve), le billet vert reste donc la valeur refuge de court terme par excellence. La hausse s'est toutefois essoufflée dès que l'indice est entré en zone de surachat. Un conflit au Moyen-Orient profite en outre doublement au dollar : les États-Unis sont exportateurs nets de pétrole, alors que la zone euro et le Japon subissent la hausse de leur facture énergétique.

Le yen japonais (JPY) et le franc suisse (CHF)

Le yen et le franc suisse sont les deux devises refuges traditionnelles du marché des changes. La Suisse doit cette réputation à sa neutralité et à la solidité de son système financier, le Japon à la taille de son économie, à la profondeur de ses marchés et à son énorme stock d'actifs à l'étranger, rapatriés en cas de crise. Lors du choc de risque provoqué par la pandémie de Covid-19, début 2020, la paire USD/JPY a chuté de son plus haut annuel, vers 112,00, jusqu'à près de 101,00 (un yen en hausse d'environ 10 % face au dollar), avant de rebondir :

USD/JPY début 2020 : appréciation du yen japonais, valeur refuge, lors du choc du Covid-19

Le franc suisse a suivi le même schéma : la paire USD/CHF est passée d'environ 0,9850 à 0,9150, soit une appréciation du franc d'environ 7 %.

USD/CHF début 2020 : appréciation du franc suisse lors du choc du Covid-19

Ces deux devises ne sont pas des refuges inconditionnels. Face à un dollar lui-même très demandé, leurs gains restent souvent limités, et la Banque nationale suisse n'hésite pas à intervenir sur le marché des changes pour freiner une appréciation trop rapide du franc. Pour suivre leur force relative indépendamment du dollar, consultez l'indice du yen (JXY) et l'indice du franc suisse (SXY).

Les obligations du Trésor américain : refuge des capitaux institutionnels

Garanties par l'État fédéral américain, les obligations du Trésor (Treasuries) sont considérées comme l'un des actifs les plus sûrs au monde et constituent le refuge privilégié des investisseurs institutionnels. Lorsque la demande augmente, leur prix monte et leur rendement baisse : une baisse brutale des taux longs est donc un signal classique de fuite vers la sécurité.

Rendement du Trésor américain à 10 ans (FRED, DGS10) avant et après les frappes contre l'Iran de février-mars 2026

Autour des frappes contre l'Iran, le rendement du Trésor à 10 ans est tombé à environ 3,97 % en clôture, son plus bas niveau depuis l'automne 2024, les investisseurs craignant une escalade régionale et des perturbations dans le détroit d'Ormuz. Mais le graphique montre que le mouvement s'est inversé dès la semaine suivante (4,21 % le 11 mars), et le 10 ans a dépassé 4,6 % en juillet 2026 avec la reprise des frappes. C'est la limite des obligations comme refuge : quand un conflit fait flamber le pétrole, la crainte de l'inflation l'emporte sur la recherche de sécurité.

Les valeurs refuges ne montent pas toujours ensemble

L'histoire montre que les flux vers les valeurs refuges dépendent de la nature du conflit : exposition au pétrole, risque d'inflation, position de départ du dollar et des taux. Le tableau ci-dessous résume les réactions observées lors de quatre épisodes majeurs.

ConflitOrDollar (DXY)Yen et franc suisseTreasuries à 10 ans
Guerre du Golfe (invasion du Koweït, août 1990)D'environ 384 $ en juillet à 416 $ en octobre 1990, puis repli avec la fin rapide du conflitRecul pendant la crise, puis rebond d'environ 13 % (de 82 à 93) après la victoire de la coalitionYen en hausse d'environ 14 %, franc suisse d'environ 8 % face au dollarRepli des rendements vers 7,7-8 %, accentué par la récession américaine
Guerre d'Irak (mars 2003)Hausse avant l'invasion (près de 390 $ début février), repli dès son déclenchement, mais +19 % sur l'ensemble de 2003Baisse (DXY sous 98), le dollar poursuivant sa tendance baissière face à l'euroVolatils : variations d'environ 5 % (JPY) et 6 % (CHF)Plus bas autour de 3,6 % au 1er trimestre
Gaza (à partir d'octobre 2023)+3 % dans les premières séances, puis retour vers 2 000 $ en trois semainesFerme, près de son plus haut annuel (environ 107)Gains limités par la vigueur du dollar (variations de 3 à 4 %)Repli initial vers 4,65 % (contre 4,80-4,88 %), puis remontée vers 5 % mi-octobre
Iran (frappes du 28 février 2026)Gap au-dessus de 5 400 $, effacé en quelques séancesEnviron +2 % (de 97,6 à 99,6)Éclipsés par la demande de dollarsPlus bas vers 3,97 %, puis forte remontée avec le choc pétrolier

Ordres de grandeur arrondis, tirés des données de marché de chaque période ; les variations dépendent fortement des dates de début et de fin retenues.

L'épisode de 2003 est particulièrement instructif : l'or a monté pendant les mois de tension qui ont précédé l'invasion, puis baissé dès le début des opérations militaires. Un cas typique de « vendre la nouvelle », que l'on retrouve souvent sur les marchés en temps de guerre.

4 règles pour trader les valeurs refuges

Investir ou trader en période de conflit peut offrir des opportunités, mais dans un environnement de volatilité accrue et de réactions imprévisibles aux gros titres. Quelques principes permettent de limiter les risques :

  • Privilégier les actifs très liquides : l'or et les grandes paires de devises offrent des marchés profonds, où l'on peut entrer et sortir même en pleine tempête. Attention toutefois aux écarts de cotation (spreads), qui s'élargissent fortement à l'ouverture après un week-end de frappes.
  • Réduire l'effet de levier : une annonce de cessez-le-feu ou une nouvelle escalade peut faire décaler les cours de plusieurs pourcents en quelques minutes. Un effet de levier modéré et des stops placés à distance raisonnable évitent d'être sorti par un simple pic de volatilité.
  • Surveiller les indicateurs de sentiment : l'or, le dollar, le yen et le rendement des Treasuries se lisent ensemble. Leur évolution conjointe, complétée par l'indice VIX et les indicateurs de sentiment, renseigne sur l'intensité de l'aversion au risque.
  • Combiner macro et analyse technique : les valeurs refuges réagissent à l'actualité, mais les supports et résistances, la tendance et les indicateurs de momentum aident à choisir ses points d'entrée et à éviter d'acheter au sommet d'un gap.

À retenir : en trading, une valeur refuge n'est pas un actif sans risque. Sur les quatre conflits étudiés, la prime géopolitique s'est presque toujours dégonflée en quelques jours ou quelques semaines. Avant de vous exposer, entraînez-vous sur un compte de démonstration.

Les valeurs de la défense : investir dans le réarmement

Le retour de la guerre en Europe a profondément changé la perception du secteur de la défense. Au sommet de La Haye de juin 2025, les pays de l'OTAN se sont engagés à porter leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % du PIB d'ici 2035 (dont 3,5 % pour la défense au sens strict), contre un objectif de 2 % fixé en 2014. L'Union européenne a lancé le plan ReArm Europe, qui vise à mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros d'ici 2030. Selon les estimations reprises par Zonebourse, les dépenses de défense européennes sont passées d'environ 262 milliards d'euros en 2022 à 418 milliards en 2025, et devraient approcher 454 milliards en 2026. L'Allemagne vise environ 3,5 % de son PIB, contre 1,2 % en 2019.

Aux États-Unis, le projet de loi de programmation militaire (NDAA) pour 2027 prévoit environ 1 100 milliards de dollars pour la défense et la sécurité nationale, un montant qui pourrait approcher 1 500 milliards avec un paquet budgétaire complémentaire. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont en outre fortement entamé les stocks de missiles, d'intercepteurs et de systèmes antidrones, qu'il faut désormais reconstituer.

Dépenses de défense européennes de 2022 à 2026 et objectif de l'OTAN de 5 % du PIB d'ici 2035

Les industriels européens en ont été les grands bénéficiaires boursiers : Rheinmetall, emblème du secteur, a pris environ 1 500 % en quatre ans, et les ETF thématiques consacrés à la défense dépassent désormais plusieurs milliards d'euros d'encours. Avant même l'escalade avec l'Iran, les tensions au Proche-Orient avaient aussi profité aux entreprises les plus exposées aux drones, au spatial et à la cybersécurité.

La correction boursière de 2026

La Bourse n'a pas suivi les budgets en ligne droite. Selon Zonebourse, les valeurs européennes de la défense reculaient d'environ 16 % depuis le début de l'année au 21 septembre 2026, et Rheinmetall de 35 à 40 %. Plusieurs facteurs expliquent ce repli :

  • Des prises de bénéfices après une hausse spectaculaire et un afflux massif de capitaux.
  • Des valorisations tendues : le multiple de bénéfices du secteur européen est passé de près de 30 fois au printemps 2025 à environ 18 fois en septembre 2026, soit encore une prime d'environ 3 points sur le marché.
  • Les espoirs de cessez-le-feu en Ukraine, qui font baisser le secteur à chaque avancée des négociations.
  • Des cycles très longs : plusieurs années séparent un vote budgétaire des commandes, de la production et des livraisons. Rheinmetall a ainsi ramené son objectif de carnet de commandes pour fin 2026 de plus de 135 à plus de 100 milliards d'euros, après l'abandon du programme de frégates F126 et le fractionnement d'une commande de véhicules Boxer.
  • Un tri plus sélectif : les investisseurs privilégient désormais les drones, la robotique, l'intelligence artificielle et la défense aérienne aux équipements traditionnels (blindés, artillerie).

Les fondamentaux restent pourtant solides : plusieurs analystes (RBC, Bernstein, Fitch) estiment que le cycle de réarmement européen ne fait que commencer. Le débat ne porte plus sur le montant des dépenses, mais sur leur répartition et sur les industriels qui en profiteront.

À retenir : une bonne nouvelle déjà intégrée dans les cours ne suffit plus à faire monter un titre. Dans la défense comme ailleurs, le prix payé compte autant que la qualité de l'entreprise.

Les actions américaines de la défense

Les États-Unis restent de loin le premier budget militaire mondial et abritent les plus grands groupes de défense cotés. Leurs actions sont accessibles via un compte-titres ordinaire, mais exposent au risque de change euro/dollar.

  • Lockheed Martin (LMT) : premier groupe de défense mondial (avion de combat F-35, environ 28 % de son chiffre d'affaires, missiles, spatial). Fin septembre 2026, son carnet de commandes atteignait le record de 230 milliards de dollars, avec notamment un contrat pouvant atteindre 35 milliards sur sept ans pour le système antimissile THAAD et des prototypes d'intercepteurs pour le bouclier spatial Golden Dome. L'action offrait un rendement d'environ 2,7 % pour une valorisation proche de 17 fois les bénéfices attendus.
  • RTX Corporation (RTX) : né de la fusion de Raytheon et United Technologies, il combine défense (missiles Patriot et Tomahawk, radars) et aéronautique civile (Pratt & Whitney, Collins Aerospace). Son carnet de commandes atteint 289 milliards de dollars, dont 86 milliards dans la défense, à 48 % à l'international. Une valeur plus diversifiée, mais mieux valorisée (environ 24 fois les bénéfices attendus) pour un rendement d'environ 1,5 %.
  • Northrop Grumman (NOC) : bombardiers furtifs (B-21 Raider), missiles intercontinentaux (programme Sentinel), spatial, drones et cybersécurité. Ses programmes liés à la dissuasion nucléaire lui offrent une forte visibilité, et le groupe verse un dividende régulier.
  • Axon Enterprise (AXON) : plus technologique que militaire, Axon équipe les forces de l'ordre en pistolets à impulsion électrique (Taser), caméras-piétons et logiciels cloud. Sans dividende et très valorisé, c'est un pari de croissance plus qu'un titre défensif.
  • AeroVironment (AVAV) et Rocket Lab (RKLB) : spécialistes des drones tactiques pour le premier, des lanceurs et satellites militaires pour le second. Ces titres sans dividende sont très volatils et chers au regard de leurs bénéfices (Rocket Lab est encore déficitaire). Pour aller plus loin, consultez notre guide pour investir dans le secteur spatial.

Hors des États-Unis, Elbit Systems (ESLT), coté à Tel-Aviv et sur le Nasdaq, est le premier groupe de défense israélien (électronique militaire, drones, systèmes terrestres).

Les champions européens de la défense

Les industriels européens sont les premiers bénéficiaires du réarmement du continent, d'autant que les programmes européens favorisent de plus en plus les fournisseurs locaux. Ceux dont le siège est situé dans l'Union européenne sont en outre éligibles au PEA.

  • Thales (HO, Euronext Paris) : leader européen de l'électronique de défense, positionné sur les « couches technologiques » du réarmement (radars, communications sécurisées, défense aérienne, cybersécurité, spatial via Thales Alenia Space). Sa division défense a dégagé une marge de 13,8 % au premier semestre 2026, et plusieurs bureaux d'analyse (RBC, Bernstein, Oddo BHF) le jugent mieux valorisé que ses concurrents allemands.
  • Rheinmetall (RHM, Xetra) : blindés, munitions, défense aérienne et camions militaires. En 2025, son chiffre d'affaires a atteint 9,94 milliards d'euros (+29 %) et son carnet de commandes 63,8 milliards ; le groupe vise une croissance de 40 à 45 % de ses ventes en 2026. Mais des résultats en deçà des attentes, la baisse de son objectif de commandes et la dépendance au calendrier allemand ont fait chuter l'action de plus d'un tiers depuis janvier 2026.
  • BAE Systems (BA., Londres) : premier groupe de défense européen par le chiffre d'affaires (véhicules terrestres, Eurofighter Typhoon et programme GCAP, sous-marins nucléaires, électronique). Très présent aux États-Unis, il verse un dividende régulier, mais n'est pas éligible au PEA.
  • Leonardo (LDO, Milan) : groupe italien diversifié entre hélicoptères, électronique de défense, aéronautique et spatial, parmi les valeurs les mieux notées par les analystes à l'automne 2026.

D'autres groupes profitent du réarmement : Safran (moteurs militaires, optronique), Dassault Aviation (Rafale), Hensoldt et Renk (Allemagne), Saab (Suède), Kongsberg (Norvège) ou le tchèque CSG. Les plus petites capitalisations offrent souvent plus de potentiel, mais aussi plus de volatilité et une moindre liquidité.

EntreprisePaysCodeDomaines clésDividendePEA
Lockheed MartinÉtats-UnisLMTAvions de combat (F-35), missiles, défense antimissile, spatialOuiNon
RTX CorporationÉtats-UnisRTXMissiles, radars, moteurs et équipements aéronautiquesOuiNon
Northrop GrummanÉtats-UnisNOCBombardiers, dissuasion nucléaire, spatial, cybersécuritéOuiNon
Axon EnterpriseÉtats-UnisAXONArmes non létales, caméras, logiciels cloudNonNon
AeroVironmentÉtats-UnisAVAVDrones tactiques et de reconnaissanceNonNon
Rocket LabÉtats-Unis / Nouvelle-ZélandeRKLBLanceurs, satellites militairesNonNon
Elbit SystemsIsraëlESLTÉlectronique militaire, drones, systèmes terrestresOuiNon
ThalesFranceHOÉlectronique de défense, radars, cybersécurité, spatialOuiOui
RheinmetallAllemagneRHMBlindés, munitions, défense aérienneOuiOui
BAE SystemsRoyaume-UniBA.Terrestre, aérien, naval, électroniqueOuiNon
LeonardoItalieLDOHélicoptères, électronique, aéronautique, spatialOuiOui

Éligibilité au PEA selon le siège social (Union européenne ou Espace économique européen). Vérifiez toujours auprès de votre courtier avant d'acheter.

5 critères à vérifier avant d'investir

Dans un secteur porté par l'actualité, la sélection doit reposer sur des éléments concrets plutôt que sur les gros titres, en complément de notre méthode pour analyser une action en bourse.

1
Le carnet de commandes

Un carnet de commandes représentant plusieurs années de chiffre d'affaires, comme chez Lockheed Martin ou Thales, offre une visibilité rare. Surveillez aussi le ratio entre prises de commandes et chiffre d'affaires (book-to-bill) : au-dessus de 1, le carnet continue de se remplir.

2
La diversification des produits

Les groupes présents à la fois dans l'aérien, le naval, le terrestre, les drones et la cybersécurité résistent mieux aux arbitrages budgétaires qu'un acteur dépendant d'un seul programme. Une activité civile, comme chez RTX ou Safran, apporte aussi un relais si les dépenses militaires ralentissent.

3
L'exposition internationale

Un industriel qui exporte dans de nombreux pays dépend moins des décisions de son propre gouvernement. Près de la moitié du carnet de commandes défense de RTX provient de l'international, alors que Rheinmetall reste très lié au calendrier des commandes allemandes.

4
Les dividendes et la trésorerie

Les grands maîtres d'œuvre (Lockheed Martin, Northrop Grumman, BAE Systems) versent des dividendes réguliers financés par des flux de trésorerie récurrents. Vérifiez que la conversion des bénéfices en trésorerie reste solide : la montée en cadence des usines consomme beaucoup de liquidités.

5
La valorisation

Évitez de payer n'importe quel prix pour une belle histoire. Comparez le multiple de bénéfices à celui du secteur (environ 18 fois en Europe en septembre 2026) et à la croissance attendue, et méfiez-vous des petites capitalisations spéculatives sans revenus clairs.

Les ETF défense accessibles depuis la France

Pour ceux qui préfèrent la simplicité, un ETF sectoriel permet de s'exposer à des dizaines de valeurs de la défense en une seule ligne. Attention : les ETF américains souvent cités, comme l'iShares U.S. Aerospace & Defense (ITA) ou le SPDR S&P Aerospace & Defense (XAR), ne sont pas accessibles aux particuliers européens, faute de document d'informations clés (DIC) conforme à la réglementation européenne. Il faut passer par des ETF au format UCITS, cotés en Europe.

ETFCodeZoneFrais annuelsEncoursPEA
VanEck Defense UCITS ETFDFNSMonde0,55 %6,1 Md€Non
WisdomTree Europe Defence UCITS ETFWDEFEurope0,40 %4,4 Md€Non
HANetf Future of Defence UCITS ETFNATOPays de l'OTAN0,49 %2,8 Md€Non
iShares Global Aerospace & Defence UCITS ETFDFNDMonde0,35 %1,6 Md€Non
Amundi Stoxx Europe Defense UCITS ETFDEFSEurope0,35 %0,55 Md€Non
BNP Paribas Easy Bloomberg Europe Defense UCITS ETFGUARDEurope0,35 %0,52 Md€Oui

Encours et frais : données justETF au 17 septembre 2026, reprises par XTB.

Les ETF « Europe » ne sont pas tous éligibles au PEA : un fonds doit être investi à au moins 75 % dans des sociétés de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen, ce qui exclut ceux qui comptent environ un quart de valeurs britanniques (BAE Systems, Rolls-Royce, Babcock…). Les ETF mondiaux sont, eux, dominés par les groupes américains. Vérifiez aussi la concentration : dans un secteur étroit, les cinq premières lignes pèsent souvent une part importante du fonds.

Avantages et risques des actions de la défense

Avantages
  • Visibilité exceptionnelle : budgets publics votés sur plusieurs années et carnets de commandes record
  • Tendance structurelle de long terme, portée par l'objectif de 5 % du PIB de l'OTAN
  • Secteur peu sensible au cycle économique, qui couvre en partie le risque géopolitique d'un portefeuille diversifié
  • Dividendes réguliers chez les grands maîtres d'œuvre et offre d'ETF de plus en plus large
Inconvénients
  • Forte sensibilité aux annonces de cessez-le-feu et de négociations de paix
  • Valorisations encore supérieures à celles du marché après la hausse de 2022-2025
  • Dépendance aux commandes publiques, aux arbitrages budgétaires et aux retards de programmes
  • Exclusion de nombreux fonds ISR et questions éthiques pour certains épargnants

La question éthique mérite d'être posée : certains investisseurs refusent de financer l'armement, d'autres considèrent la défense comme une condition de la sécurité et de la démocratie. Les labels et fonds ISR excluent souvent les armes controversées, parfois l'ensemble du secteur ; notre guide sur l'investissement ESG et éthique vous aidera à faire un choix cohérent avec vos convictions.

Enfin, la défense reste un secteur : y concentrer son épargne revient à parier sur un seul thème. Mieux vaut l'intégrer comme une poche limitée d'un portefeuille diversifié, en tenant compte du fait que ces valeurs sont plutôt classées parmi les actions défensives.

Comment investir dans les actions de la défense ?

  • Le PEA : pour les actions européennes (Thales, Rheinmetall, Leonardo, Safran, Dassault Aviation…) et l'ETF GUARD, avec une fiscalité avantageuse après 5 ans de détention.
  • Le compte-titres ordinaire : indispensable pour les valeurs américaines et britanniques ainsi que pour la plupart des ETF défense UCITS. Les plus-values y suivent la fiscalité des actions de droit commun.
  • Les CFD : réservés aux traders expérimentés, ils permettent de spéculer à la hausse comme à la baisse avec effet de levier, par exemple sur les fortes variations liées aux négociations de paix. Le risque de perte en capital est élevé.

Parmi les courtiers qui donnent accès à ces marchés, Fortuneo propose un PEA et un compte-titres, XTB donne accès aux actions et ETF réels ainsi qu'aux CFD, et IG est une référence du trading de CFD. Comparez les frais de courtage, les frais de change et l'offre d'ETF avant de choisir, et limitez cette exposition sectorielle à une fraction de votre portefeuille.

Que devient votre argent en cas de guerre ?

Les guerres affectent les actifs financiers à travers leurs flux de trésorerie et l'action des banques centrales. Dans certains cas, l'effet est limité ; dans d'autres, toute la richesse financière d'un pays est anéantie. Voici les principaux risques à connaître.

Gel et saisie des comptes

En cas de guerre, les banques continuent généralement de fonctionner, mais les comptes des ressortissants de pays ennemis peuvent être gelés. En 2022, de nombreux pays ont gelé les comptes et saisi les biens (yachts, immobilier) d'oligarques russes et de leurs proches.

Contrôle des capitaux

Un pays peut interdire ou limiter les sorties de capitaux, comme l'a fait la Russie dès le début de la guerre en 2022. La Chine limite elle aussi en permanence les montants que ses résidents peuvent transférer à l'étranger chaque année.

Inflation et répression financière

Pour financer l'effort de guerre, les États s'endettent et maintiennent souvent des taux d'intérêt artificiellement bas. Les épargnants perdent alors du pouvoir d'achat sur leurs liquidités et leurs obligations. Dans les cas extrêmes, l'inflation dégénère en hyperinflation, comme en Allemagne en 1923.

Fermeture des marchés financiers

La Bourse de New York a fermé pendant quatre mois en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, mais est restée ouverte pendant la Seconde. D'autres places ont fermé pendant des années, privant les investisseurs de l'accès à leurs actions et obligations. En mars 2020, certains pays ont suspendu leurs marchés face au krach du Covid-19 sans résoudre le problème : à la réouverture, les cours ont simplement rattrapé ce qu'ils auraient fait, pendant que les investisseurs étaient bloqués.

Des marchés qui disparaissent

Parfois, les marchés disparaissent purement et simplement, en général lors de révolutions (Russie en 1917-1918, Chine en 1949) ou d'hyperinflations. Le marché actions japonais a perdu environ 96 % de sa valeur réelle entre la Grande Dépression et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Autriche environ 95 % avec la Première Guerre mondiale et l'hyperinflation qui a suivi, et la France environ 93 % entre la Grande Dépression et l'Occupation.

La meilleure protection reste une bonne diversification entre actifs, classes d'actifs, pays, devises et entre actifs financiers et non financiers. Aucun placement ne résiste seul à tous les scénarios.

Vivre dans un pays en guerre : portabilité et diversification géographique

Si vous vivez dans un pays en guerre, la préservation de votre patrimoine ne sera pas votre priorité : nourriture, eau potable et sécurité de vos proches passeront avant tout. Cela dit, deux principes permettent de se prémunir contre ce risque : la portabilité des actifs et la diversification géographique.

La portabilité des actifs

Aussi solides soient-ils sur le long terme, les actions et l'immobilier ne vous serviront à rien si vous ne pouvez pas y accéder : fermeture des bourses et confiscation des terres sont fréquentes en temps de guerre. Les actifs les plus faciles à emporter sont :

  • Les métaux précieux : pièces et petits lingots d'or ou d'argent, faciles à transporter et reconnus partout.
  • Les bijoux et les diamants : plus petits et plus discrets que les lingots, mais plus difficiles à valoriser et à revendre à leur juste prix.
  • Les cryptomonnaies en portefeuille froid : connaître la phrase de récupération (seed phrase) d'un portefeuille que l'on contrôle permet d'accéder à son patrimoine depuis n'importe où, sans rien transporter. Attention toutefois à la volatilité des cryptomonnaies et à la sécurité de cette phrase.

Le revers de la médaille : un patrimoine portable est aussi facile à voler, même en temps de paix. Et transférer d'importantes sommes à l'étranger sans respecter les procédures (déclaration des sommes de 10 000 € ou plus en espèces, or ou valeurs à la frontière de l'UE) est illégal. Préserver son patrimoine est important ; éviter la prison l'est encore plus.

Enfin, l'actif le plus portable reste vous-même. Personne ne peut vous retirer vos connaissances et vos compétences. Comme le résumait Barton Biggs, l'intelligence et le savoir-faire sont peut-être les actifs les plus faciles à transporter pour préserver sa richesse.

La diversification géographique

Si vos actifs ne sont pas transportables, vous pouvez les répartir dans plusieurs pays avant qu'une crise n'éclate :

  • Un refuge : une maison de campagne ou une ferme éloignée des zones de conflit peut faire la différence pendant plusieurs mois. Son défaut : un bien immobilier peut être confisqué une fois découvert, comme l'ont appris de nombreuses familles pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • Un compte à l'étranger : placer une partie de son épargne dans un pays stable permet d'y accéder après un départ précipité. Ouvrir un compte à l'étranger reste toutefois contraignant, et un pays au système bancaire fragile n'offre aucune garantie. Pour un résident français, tout compte bancaire, de titres ou d'actifs numériques ouvert à l'étranger doit être déclaré chaque année (formulaire 3916-3916 bis).
  • L'immobilier dans les grandes métropoles des pays à monnaie de réserve (New York, Londres…), historiquement perçu comme une valeur sûre par les investisseurs du monde entier.

Quelle part de son patrimoine y consacrer ? Barton Biggs suggérait 5 à 10 %, soit de quoi repartir de zéro. Fuir son pays est un événement traumatisant ; survivre et pouvoir reconstruire, même en ayant perdu la majeure partie de ses économies, reste l'essentiel. Aucune de ces stratégies n'est infaillible : elles visent à réduire les incertitudes, pas à les éliminer.

Plan d'action : protéger son portefeuille face au risque géopolitique

1
Ne pas réagir aux gros titres

Les marchés intègrent très vite les nouvelles géopolitiques. Vendre dans la panique au déclenchement d'un conflit revient souvent à vendre au plus bas. Gardez le cap fixé par votre horizon de placement.

2
Se protéger de l'inflation

Privilégiez les actions mondiales et l'immobilier, raccourcissez la duration de vos obligations et envisagez les obligations indexées sur l'inflation.

3
Allouer une part à l'or

Une poche d'or (souvent 5 à 10 % du portefeuille) joue le rôle de réserve neutre, indépendante de tout État, en cas de crise monétaire ou géopolitique.

4
Diversifier pays, devises et intermédiaires

Répartissez votre épargne entre plusieurs zones géographiques, plusieurs devises et, si votre patrimoine le justifie, plusieurs établissements réglementés.

5
Garder une épargne de précaution accessible

Conservez plusieurs mois de dépenses en liquidités disponibles et quelques actifs facilement mobilisables pour ne jamais être contraint de vendre au mauvais moment.

Conclusion

La guerre est imprévisible et dévastatrice, et la préservation du patrimoine y devient au mieux une préoccupation secondaire. Pour l'investisseur qui n'est pas directement touché, l'histoire est pourtant claire : le principal danger financier d'un conflit est l'inflation. Les actions mondiales, l'immobilier et les obligations à court terme ont historiquement le mieux protégé le pouvoir d'achat, tandis que les obligations longues ont été les grandes perdantes. Les valeurs de la défense profitent d'un cycle de réarmement de long terme, mais la correction de 2026 rappelle qu'elles ne sont pas un placement refuge : mieux vaut les sélectionner avec soin, ou passer par un ETF, et les limiter à une poche du portefeuille. L'or, qui a retrouvé sa place dans les réserves des banques centrales depuis le gel des avoirs russes, apporte une protection complémentaire, au prix d'une forte volatilité. Pour le trader, les valeurs refuges (or, dollar, yen, franc suisse, Treasuries) réagissent vite aux escalades, mais leurs hausses se dégonflent souvent tout aussi vite, comme l'ont montré les frappes contre l'Iran en 2026.

Pour ceux qui vivent dans une zone de conflit, la portabilité des actifs et la diversification géographique sont essentielles, à condition de les organiser avant que la crise n'éclate et dans le respect de la loi. Dans tous les cas, l'avenir ne ressemblera pas forcément au passé : personne ne peut garantir la sécurité d'un patrimoine en temps de guerre, mais une allocation diversifiée et disciplinée permet de faire face aux scénarios les plus difficiles. Espérons simplement ne jamais avoir à les tester.

Pour approfondir, consultez aussi notre guide comment investir lorsque la bourse baisse et notre guide complet pour investir en bourse.

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⚠️ Investir comporte des risques de perte en capital.