
Mis à jour le 13 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr
La guerre est revenue au centre de l'actualité : conflit russo-ukrainien depuis février 2022, affrontements au Proche-Orient, frappes américano-israéliennes contre l'Iran depuis fin février 2026, tensions autour de Taïwan, guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine… Si le coût financier d'un conflit reste dérisoire face à son coût humain, beaucoup d'épargnants se demandent légitimement comment investir en temps de guerre et quels actifs protègent le mieux un patrimoine en période d'instabilité géopolitique.
Ce guide aborde la question sous deux angles : celui de l'observateur, qui n'est pas directement touché par les combats mais subit leurs effets économiques (inflation, volatilité, sanctions), et celui du participant, qui vit dans un pays en guerre. Il ne s'agit pas de minimiser la tragédie des conflits, mais de comprendre ce que l'histoire et les données nous apprennent pour préserver son épargne.
Les marchés financiers sont exposés à de nombreux chocs : crises de la dette, pandémies, catastrophes naturelles, guerres. Beaucoup de ces événements nous surprennent simplement parce qu'ils ne se sont pas produits depuis que nous investissons. C'est là qu'une étude de l'histoire financière et du cycle des empires devient précieuse.
En 2011, le psychologue Steven Pinker publiait dans le Wall Street Journal un article intitulé « Why Violence Is Vanishing », montrant que le nombre de décès liés aux guerres rapporté à la population mondiale avait fortement diminué depuis la Seconde Guerre mondiale :

D'autres analyses montrent que le nombre de conflits entre États n'a pas disparu, mais ces conflits ont été bien moins meurtriers que les guerres mondiales. Conséquence pratique : la plupart des investisseurs vivront les guerres futures en observateurs, pas en participants. Même aux États-Unis, impliqués dans de nombreux conflits depuis 1900, l'immense majorité de la population a été spectatrice des guerres.
Plusieurs analystes comparent la période actuelle aux années 1929-1945 : ralentissement économique, taux d'intérêt tombés à zéro et création monétaire massive après 2008 et 2020, montée des inégalités et du populisme, puis multiplication des conflits commerciaux, technologiques, financiers et géopolitiques. Dans ce schéma, la guerre commerciale est souvent le premier domino ; les rivalités sur les capitaux (monnaie, dette, accès aux marchés), la technologie et l'influence géopolitique suivent, parfois 5 à 10 ans avant un conflit armé.
La grande différence avec les années 1930 tient à la dissuasion nucléaire : la doctrine de la « destruction mutuelle assurée » incite les grandes puissances à la prudence et à la négociation. Mais l'histoire montre aussi que les petites guerres peuvent échapper à tout contrôle et que les conflits se révèlent presque toujours plus longs et plus coûteux que prévu par ceux qui les déclenchent. Pour l'investisseur, la leçon est simple : il est impossible de prévoir l'issue d'une guerre, il faut donc construire un portefeuille capable de traverser plusieurs scénarios.
Si l'on compare le rendement réel annualisé médian des actions américaines et des obligations du Trésor américain à 10 ans en temps de paix et en temps de guerre depuis 1900, les deux classes d'actifs sous-performent nettement pendant les guerres mondiales :

Le constat reste identique si l'on ajoute la guerre de Corée et la guerre du Vietnam : les obligations passent d'un rendement réel positif à un rendement négatif, et les actions perdent environ 5 points de performance annuelle.

L'écart est statistiquement significatif (au seuil de 1 %) pour les obligations, mais pas pour les actions. Quelle en est la cause principale ? L'inflation. En moyenne, l'indice des prix à la consommation américain progresse d'environ 3 points de plus par an en temps de guerre qu'en temps de paix, un écart lui aussi significatif au seuil de 1 % :

Le mécanisme est connu : une guerre coûte cher, l'État s'endette et finit souvent par monétiser une partie de cette dette. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont ainsi plafonné artificiellement les taux d'intérêt (de 1942 jusqu'à l'accord Trésor-Fed de 1951) pour financer l'effort de guerre à bon marché. Les détenteurs de liquidités et d'obligations ont perdu une grande partie de leur pouvoir d'achat. Les guerres actuelles s'inscrivent dans le même schéma : hausse des budgets militaires, déficits publics élevés et pression sur la politique monétaire des banques centrales.
À retenir : investir en temps de guerre, c'est d'abord investir dans un environnement d'inflation plus forte. Les actifs qui protègent de l'inflation sont donc ceux qui protègent le mieux d'un conflit vu de loin.
Sur la période 1972-2021, le classement des grandes classes d'actifs américaines en rendement réel médian annuel montre la domination des actifs « réels » et des actions :
| Classe d'actifs | Rendement réel médian (1972-2021) | Rendement réel médian quand l'inflation dépasse 4 % |
|---|---|---|
| Actions américaines (S&P 500) | 8,3 % | 0,8 % |
| Immobilier coté (REIT) | 7,8 % | 5,6 % |
| Actions internationales | 6,7 % | 1,0 % |
| Obligations d'entreprises américaines | 6,2 % | -5,1 % |
| Bons du Trésor à 10 ans | 3,9 % | -6,4 % |
| Immobilier résidentiel américain | 3,0 % | 0,0 % |
| Or | 1,5 % | -1,4 % |
| Bons du Trésor à 3 mois | 0,4 % | -1,4 % |
| Matières premières | -1,1 % | -6,0 % |
Données historiques sur le marché américain, rendements réels (après inflation) médians par année civile.
Deux enseignements se dégagent :
L'investisseur et stratégiste Barton Biggs, auteur de Wealth, War and Wisdom, recommandait ainsi de conserver environ 75 % de sa fortune en actions, en rappelant qu'un siècle d'histoire en fait le placement principal à privilégier, mais pas le seul. Une approche cohérente avec les portefeuilles de protection contre l'inflation et la déflation.
Il est tentant de réorganiser son portefeuille au gré des gros titres en ajoutant des valeurs défensives, énergétiques ou d'armement. En pratique, cela revient à faire du stock picking et du market timing, deux exercices difficiles. Les marchés anticipent : au moment où un conflit fait la une, une bonne partie de la hausse des secteurs « gagnants » est souvent déjà dans les cours. Une rotation sectorielle raisonnée peut avoir sa place, mais la discipline et la diversification restent les meilleures protections.
Les marchés des pays qui gagnent une guerre restent généralement solides, alors que ceux des perdants peuvent subir des pertes considérables, jusqu'à la disparition complète de leur richesse financière. D'où l'importance d'une diversification entre pays, devises et classes d'actifs plutôt qu'un pari sur un camp.
En temps de guerre, la monnaie d'échange entre pays qui ne se font pas confiance est historiquement l'or, l'argent métal et le troc. Le métal jaune présente des caractéristiques uniques :
Pour ces raisons, il est courant pendant les guerres d'acheter de l'or et de vendre du crédit (obligations et autres actifs de dette). L'or a toutefois un défaut majeur : il ne verse aucun revenu, ce qui explique son rendement réel modeste sur le long terme dans le tableau précédent.
Le déclenchement d'un conflit provoque souvent une flambée de l'or… qui ne dure pas toujours. Lors de l'invasion de l'Ukraine en février 2022, l'once a bondi au-delà de 2 050 $ début mars avec le gel des réserves de change russes, avant de revenir à son point de départ quelques semaines plus tard :

C'est sur la durée que l'effet des guerres sur l'or s'est révélé. Après le gel des avoirs russes, les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d'or par an en 2022, 2023 et 2024 selon le World Gold Council, un rythme deux fois supérieur à celui de la décennie précédente, et leurs achats sont restés soutenus en 2025 et 2026 (Pologne et Chine en tête). Porté par cette demande, par les tensions géopolitiques et par les inquiétudes sur la dette américaine, l'or a atteint un record d'environ 5 400 $ l'once fin janvier 2026, avant de corriger fortement pour revenir autour de 4 000 $ fin juin 2026. Une volatilité qui rappelle que la valeur refuge n'est pas un actif sans risque.
Comment s'exposer ? Via l'or physique (pièces, lingots), l'or « alloué » stocké en coffre via des plateformes comme BullionVault, les ETC adossés à de l'or physique ou les mines d'or cotées. Pour doser la place de l'or dans un portefeuille, consultez notre analyse du portefeuille or et actions.
Le conflit entre la Russie et l'Ukraine a remis la question des monnaies de réserve au premier plan. Les États-Unis (dollar), la zone euro et le Royaume-Uni ont utilisé le statut de réserve de leurs monnaies comme une arme : priver un pays de l'accès au dollar ou à l'euro, c'est l'empêcher de commercer avec une grande partie du monde.
En 2022, environ 300 milliards de dollars de réserves de la Banque centrale de Russie ont été immobilisés par les pays occidentaux, dont la majeure partie chez le dépositaire belge Euroclear. Fin 2025, l'Union européenne a décidé d'immobiliser ces avoirs sans limite de durée. Moscou avait pourtant anticipé : la part du dollar dans ses réserves était passée de plus de 40 % en 2013 à moins de 20 % mi-2021, au profit de l'or et du renminbi.

La leçon a été retenue par de nombreux pays : des réserves en devises ne sont que des créances sur d'autres États, qui peuvent décider unilatéralement de ne pas les honorer. D'autres précédents existent : en 2021, le FMI a suspendu l'accès de l'Afghanistan à ses fonds et à ses droits de tirage spéciaux (DTS) après la prise de pouvoir des talibans, et les avoirs iraniens en dollars restent soumis aux décisions du Trésor américain.
Faut-il pour autant parier sur la fin du dollar ? Les données du FMI (COFER) invitent à la prudence. Au 2e trimestre 2026, le dollar représente encore 56,7 % des réserves de change mondiales allouées, contre 20,6 % pour l'euro, environ 5 % pour le yen et seulement 2,1 % pour le yuan chinois. La part du billet vert recule lentement depuis 25 ans (elle dépassait 70 % au début des années 2000), mais aucune devise n'est en mesure de le remplacer : l'euro souffre de la fragmentation de sa dette publique, et le yuan reste pénalisé par le contrôle des capitaux chinois.
Les gestionnaires de réserves qui veulent se diversifier se tournent donc vers deux options : des actifs monétaires « neutres » comme l'or, ou des devises émergentes comme le yuan. Aucune n'est simple : détenir une grande partie de ses réserves en or ou en yuan comporte aussi des risques, et la Chine ne peut pas détenir sa propre monnaie en réserve.
Une monnaie largement utilisée ressemble à une langue largement parlée : elle reste en place par habitude bien après le déclin de la puissance qui l'a imposée. Les Provinces-Unies (Pays-Bas) n'ont perdu leur statut de monnaie de réserve qu'avec la quatrième guerre anglo-néerlandaise (1780-1784). Les dépenses de guerre ont ruiné le pays, provoquant l'effondrement de ses marchés de la dette et des actions, et celui du florin face à l'or, à l'argent et à la livre sterling :

Sur le très long terme, toutes les monnaies de réserve successives (florin, livre sterling, dollar) ont perdu l'essentiel de leur valeur face à l'or. Les États-Unis ont connu deux fortes dévaluations, en 1933 (Grande Dépression) et en 1971 (fin de la convertibilité en or, sur fond de dépenses militaires et sociales), sans perdre pour autant leur statut de réserve.

L'or fonctionne en quelque sorte comme l'inverse de la monnaie : à mesure que la masse monétaire augmente, son prix tend à suivre sur le long terme. Sa popularité progresse quand les rendements réels des actifs financiers baissent, en particulier en période de guerre, de tensions géopolitiques exacerbées ou de dévaluations à grande échelle.
Les matières premières ont une valeur intrinsèque et deviennent très demandées pendant les conflits, au point de pouvoir servir de monnaie alternative. Lorsque la guerre a éclaté entre la Russie et l'Ukraine en février 2022, l'indice des matières premières a enregistré, en milieu de semaine, sa meilleure semaine depuis 1974. Cette ruée reflétait des déficits d'offre déjà présents (énergie, céréales, métaux industriels) et la volonté de détenir des biens réels.
Les chocs pétroliers liés aux conflits peuvent cependant se dégonfler très vite. En juin 2025, pendant la « guerre des douze jours » entre Israël et l'Iran, le baril de Brent a bondi de plus de 7 % en une séance avant d'effacer l'essentiel de sa hausse dès l'annonce du cessez-le-feu : le marché craignait une fermeture du détroit d'Ormuz qui ne s'est pas produite.
Le scénario redouté s'est en revanche matérialisé en 2026. Après les frappes américano-israéliennes contre l'Iran du 28 février, le trafic dans le détroit d'Ormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial, s'est effondré : le Brent est passé d'environ 71 $ fin février à plus de 112 $ le 20 mars 2026, soit près de 60 % de hausse en trois semaines, avant de revenir autour de 79 $ mi-juin après la réouverture du détroit. Un rappel que l'énergie est le principal canal par lequel un conflit au Moyen-Orient se transmet à l'inflation… et donc aux taux d'intérêt.
Sur le long terme, les matières premières restent la classe d'actifs la moins rémunératrice (-1,1 % de rendement réel médian sur 1972-2021). Elles sont donc davantage un outil de couverture ponctuel qu'un placement de fond. Pour aller plus loin : investir dans les matières premières et trader le pétrole.
Les sections précédentes adoptent le point de vue de l'investisseur de long terme. Le trader, lui, s'intéresse aux premiers jours d'un conflit, lorsque les marchés « fuient vers la qualité » (flight to safety) : les capitaux quittent les actifs risqués (actions, devises émergentes, crypto-actifs) pour se réfugier vers quatre grandes familles d'actifs jugés capables de préserver leur valeur. Ces mouvements sont rapides, souvent spectaculaires, mais rarement durables.
| Valeur refuge | Caractéristiques | Pourquoi elle réagit aux conflits | Pour quel profil ? |
|---|---|---|---|
| Or (XAU/USD) | Forte volatilité, réagit très vite au sentiment de risque | Réserve de valeur sans risque de défaut, émise par aucun État | Traders court terme et swing traders |
| Dollar américain (USD) | Liquidité inégalée, demande mondiale soutenue | Première monnaie de réserve, marchés de capitaux les plus profonds | Traders forex et investisseurs internationaux |
| Yen japonais (JPY) | Se renforce souvent en phase d'aversion au risque | Économie stable, position extérieure nette très créditrice, débouclage des carry trades | Traders forex axés sur le sentiment de risque |
| Franc suisse (CHF) | Devise stable, système financier solide | Neutralité politique de la Suisse et faible endettement public | Traders de devises prudents |
| Obligations du Trésor américain | Volatilité plus faible que l'or ou les devises | Garanties par l'État fédéral américain, risque de défaut jugé très faible | Investisseurs à moyen et long terme |
L'or est souvent le premier actif à réagir à une escalade militaire. Il n'est la dette d'aucun pays et ne dépend de la santé financière d'aucune économie : quand la confiance dans les monnaies fiduciaires s'érode, la demande se reporte sur le métal jaune. Les frappes américano-israéliennes contre plusieurs sites iraniens, le samedi 28 février 2026, en ont donné une illustration. Marchés fermés, la réaction s'est concentrée sur l'ouverture du lundi 2 mars : l'once, qui clôturait la semaine précédente vers 5 180 $, a ouvert en gap haussier et dépassé brièvement 5 400 $, le RSI passant en zone de surachat.

Le graphique montre aussi la suite : dès le 3 mars, l'or a reperdu toute sa hausse et glissé vers 5 000 $, en dessous de son niveau d'avant les frappes. Exactement comme lors de l'invasion de l'Ukraine en 2022, la prime de risque géopolitique s'est dissipée en quelques jours. Pour un trader, acheter un gap d'ouverture sur une nouvelle de guerre est donc un pari risqué ; les signaux de surachat du RSI invitent plutôt à la prudence.
En période d'incertitude, investisseurs, institutions et banques centrales privilégient les actifs libellés en dollars, les plus faciles à acheter, à vendre et à conserver quand la volatilité explose. Après les frappes contre l'Iran, l'indice dollar (DXY), déjà orienté à la hausse au-dessus de sa moyenne mobile, a prolongé sa progression d'environ 97,6 à près de 99,6, soit 2 % en quelques séances.

Malgré les débats sur la dédollarisation (voir la section sur les monnaies de réserve), le billet vert reste donc la valeur refuge de court terme par excellence. La hausse s'est toutefois essoufflée dès que l'indice est entré en zone de surachat. Un conflit au Moyen-Orient profite en outre doublement au dollar : les États-Unis sont exportateurs nets de pétrole, alors que la zone euro et le Japon subissent la hausse de leur facture énergétique.
Le yen et le franc suisse sont les deux devises refuges traditionnelles du marché des changes. La Suisse doit cette réputation à sa neutralité et à la solidité de son système financier, le Japon à la taille de son économie, à la profondeur de ses marchés et à son énorme stock d'actifs à l'étranger, rapatriés en cas de crise. Lors du choc de risque provoqué par la pandémie de Covid-19, début 2020, la paire USD/JPY a chuté de son plus haut annuel, vers 112,00, jusqu'à près de 101,00 (un yen en hausse d'environ 10 % face au dollar), avant de rebondir :

Le franc suisse a suivi le même schéma : la paire USD/CHF est passée d'environ 0,9850 à 0,9150, soit une appréciation du franc d'environ 7 %.

Ces deux devises ne sont pas des refuges inconditionnels. Face à un dollar lui-même très demandé, leurs gains restent souvent limités, et la Banque nationale suisse n'hésite pas à intervenir sur le marché des changes pour freiner une appréciation trop rapide du franc. Pour suivre leur force relative indépendamment du dollar, consultez l'indice du yen (JXY) et l'indice du franc suisse (SXY).
Garanties par l'État fédéral américain, les obligations du Trésor (Treasuries) sont considérées comme l'un des actifs les plus sûrs au monde et constituent le refuge privilégié des investisseurs institutionnels. Lorsque la demande augmente, leur prix monte et leur rendement baisse : une baisse brutale des taux longs est donc un signal classique de fuite vers la sécurité.

Autour des frappes contre l'Iran, le rendement du Trésor à 10 ans est tombé à environ 3,97 % en clôture, son plus bas niveau depuis l'automne 2024, les investisseurs craignant une escalade régionale et des perturbations dans le détroit d'Ormuz. Mais le graphique montre que le mouvement s'est inversé dès la semaine suivante (4,21 % le 11 mars), et le 10 ans a dépassé 4,6 % en juillet 2026 avec la reprise des frappes. C'est la limite des obligations comme refuge : quand un conflit fait flamber le pétrole, la crainte de l'inflation l'emporte sur la recherche de sécurité.
L'histoire montre que les flux vers les valeurs refuges dépendent de la nature du conflit : exposition au pétrole, risque d'inflation, position de départ du dollar et des taux. Le tableau ci-dessous résume les réactions observées lors de quatre épisodes majeurs.
| Conflit | Or | Dollar (DXY) | Yen et franc suisse | Treasuries à 10 ans |
|---|---|---|---|---|
| Guerre du Golfe (invasion du Koweït, août 1990) | D'environ 384 $ en juillet à 416 $ en octobre 1990, puis repli avec la fin rapide du conflit | Recul pendant la crise, puis rebond d'environ 13 % (de 82 à 93) après la victoire de la coalition | Yen en hausse d'environ 14 %, franc suisse d'environ 8 % face au dollar | Repli des rendements vers 7,7-8 %, accentué par la récession américaine |
| Guerre d'Irak (mars 2003) | Hausse avant l'invasion (près de 390 $ début février), repli dès son déclenchement, mais +19 % sur l'ensemble de 2003 | Baisse (DXY sous 98), le dollar poursuivant sa tendance baissière face à l'euro | Volatils : variations d'environ 5 % (JPY) et 6 % (CHF) | Plus bas autour de 3,6 % au 1er trimestre |
| Gaza (à partir d'octobre 2023) | +3 % dans les premières séances, puis retour vers 2 000 $ en trois semaines | Ferme, près de son plus haut annuel (environ 107) | Gains limités par la vigueur du dollar (variations de 3 à 4 %) | Repli initial vers 4,65 % (contre 4,80-4,88 %), puis remontée vers 5 % mi-octobre |
| Iran (frappes du 28 février 2026) | Gap au-dessus de 5 400 $, effacé en quelques séances | Environ +2 % (de 97,6 à 99,6) | Éclipsés par la demande de dollars | Plus bas vers 3,97 %, puis forte remontée avec le choc pétrolier |
Ordres de grandeur arrondis, tirés des données de marché de chaque période ; les variations dépendent fortement des dates de début et de fin retenues.
L'épisode de 2003 est particulièrement instructif : l'or a monté pendant les mois de tension qui ont précédé l'invasion, puis baissé dès le début des opérations militaires. Un cas typique de « vendre la nouvelle », que l'on retrouve souvent sur les marchés en temps de guerre.
Investir ou trader en période de conflit peut offrir des opportunités, mais dans un environnement de volatilité accrue et de réactions imprévisibles aux gros titres. Quelques principes permettent de limiter les risques :
À retenir : en trading, une valeur refuge n'est pas un actif sans risque. Sur les quatre conflits étudiés, la prime géopolitique s'est presque toujours dégonflée en quelques jours ou quelques semaines. Avant de vous exposer, entraînez-vous sur un compte de démonstration.
Le retour de la guerre en Europe a profondément changé la perception du secteur de la défense. Au sommet de La Haye de juin 2025, les pays de l'OTAN se sont engagés à porter leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % du PIB d'ici 2035 (dont 3,5 % pour la défense au sens strict), contre un objectif de 2 % fixé en 2014. L'Union européenne a lancé le plan ReArm Europe, qui vise à mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros d'ici 2030. Selon les estimations reprises par Zonebourse, les dépenses de défense européennes sont passées d'environ 262 milliards d'euros en 2022 à 418 milliards en 2025, et devraient approcher 454 milliards en 2026. L'Allemagne vise environ 3,5 % de son PIB, contre 1,2 % en 2019.
Aux États-Unis, le projet de loi de programmation militaire (NDAA) pour 2027 prévoit environ 1 100 milliards de dollars pour la défense et la sécurité nationale, un montant qui pourrait approcher 1 500 milliards avec un paquet budgétaire complémentaire. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont en outre fortement entamé les stocks de missiles, d'intercepteurs et de systèmes antidrones, qu'il faut désormais reconstituer.

Les industriels européens en ont été les grands bénéficiaires boursiers : Rheinmetall, emblème du secteur, a pris environ 1 500 % en quatre ans, et les ETF thématiques consacrés à la défense dépassent désormais plusieurs milliards d'euros d'encours. Avant même l'escalade avec l'Iran, les tensions au Proche-Orient avaient aussi profité aux entreprises les plus exposées aux drones, au spatial et à la cybersécurité.
La Bourse n'a pas suivi les budgets en ligne droite. Selon Zonebourse, les valeurs européennes de la défense reculaient d'environ 16 % depuis le début de l'année au 21 septembre 2026, et Rheinmetall de 35 à 40 %. Plusieurs facteurs expliquent ce repli :
Les fondamentaux restent pourtant solides : plusieurs analystes (RBC, Bernstein, Fitch) estiment que le cycle de réarmement européen ne fait que commencer. Le débat ne porte plus sur le montant des dépenses, mais sur leur répartition et sur les industriels qui en profiteront.
À retenir : une bonne nouvelle déjà intégrée dans les cours ne suffit plus à faire monter un titre. Dans la défense comme ailleurs, le prix payé compte autant que la qualité de l'entreprise.
Les États-Unis restent de loin le premier budget militaire mondial et abritent les plus grands groupes de défense cotés. Leurs actions sont accessibles via un compte-titres ordinaire, mais exposent au risque de change euro/dollar.
Hors des États-Unis, Elbit Systems (ESLT), coté à Tel-Aviv et sur le Nasdaq, est le premier groupe de défense israélien (électronique militaire, drones, systèmes terrestres).
Les industriels européens sont les premiers bénéficiaires du réarmement du continent, d'autant que les programmes européens favorisent de plus en plus les fournisseurs locaux. Ceux dont le siège est situé dans l'Union européenne sont en outre éligibles au PEA.
D'autres groupes profitent du réarmement : Safran (moteurs militaires, optronique), Dassault Aviation (Rafale), Hensoldt et Renk (Allemagne), Saab (Suède), Kongsberg (Norvège) ou le tchèque CSG. Les plus petites capitalisations offrent souvent plus de potentiel, mais aussi plus de volatilité et une moindre liquidité.
| Entreprise | Pays | Code | Domaines clés | Dividende | PEA |
|---|---|---|---|---|---|
| Lockheed Martin | États-Unis | LMT | Avions de combat (F-35), missiles, défense antimissile, spatial | Oui | Non |
| RTX Corporation | États-Unis | RTX | Missiles, radars, moteurs et équipements aéronautiques | Oui | Non |
| Northrop Grumman | États-Unis | NOC | Bombardiers, dissuasion nucléaire, spatial, cybersécurité | Oui | Non |
| Axon Enterprise | États-Unis | AXON | Armes non létales, caméras, logiciels cloud | Non | Non |
| AeroVironment | États-Unis | AVAV | Drones tactiques et de reconnaissance | Non | Non |
| Rocket Lab | États-Unis / Nouvelle-Zélande | RKLB | Lanceurs, satellites militaires | Non | Non |
| Elbit Systems | Israël | ESLT | Électronique militaire, drones, systèmes terrestres | Oui | Non |
| Thales | France | HO | Électronique de défense, radars, cybersécurité, spatial | Oui | Oui |
| Rheinmetall | Allemagne | RHM | Blindés, munitions, défense aérienne | Oui | Oui |
| BAE Systems | Royaume-Uni | BA. | Terrestre, aérien, naval, électronique | Oui | Non |
| Leonardo | Italie | LDO | Hélicoptères, électronique, aéronautique, spatial | Oui | Oui |
Éligibilité au PEA selon le siège social (Union européenne ou Espace économique européen). Vérifiez toujours auprès de votre courtier avant d'acheter.
Dans un secteur porté par l'actualité, la sélection doit reposer sur des éléments concrets plutôt que sur les gros titres, en complément de notre méthode pour analyser une action en bourse.
Un carnet de commandes représentant plusieurs années de chiffre d'affaires, comme chez Lockheed Martin ou Thales, offre une visibilité rare. Surveillez aussi le ratio entre prises de commandes et chiffre d'affaires (book-to-bill) : au-dessus de 1, le carnet continue de se remplir.
Les groupes présents à la fois dans l'aérien, le naval, le terrestre, les drones et la cybersécurité résistent mieux aux arbitrages budgétaires qu'un acteur dépendant d'un seul programme. Une activité civile, comme chez RTX ou Safran, apporte aussi un relais si les dépenses militaires ralentissent.
Un industriel qui exporte dans de nombreux pays dépend moins des décisions de son propre gouvernement. Près de la moitié du carnet de commandes défense de RTX provient de l'international, alors que Rheinmetall reste très lié au calendrier des commandes allemandes.
Les grands maîtres d'œuvre (Lockheed Martin, Northrop Grumman, BAE Systems) versent des dividendes réguliers financés par des flux de trésorerie récurrents. Vérifiez que la conversion des bénéfices en trésorerie reste solide : la montée en cadence des usines consomme beaucoup de liquidités.
Évitez de payer n'importe quel prix pour une belle histoire. Comparez le multiple de bénéfices à celui du secteur (environ 18 fois en Europe en septembre 2026) et à la croissance attendue, et méfiez-vous des petites capitalisations spéculatives sans revenus clairs.
Pour ceux qui préfèrent la simplicité, un ETF sectoriel permet de s'exposer à des dizaines de valeurs de la défense en une seule ligne. Attention : les ETF américains souvent cités, comme l'iShares U.S. Aerospace & Defense (ITA) ou le SPDR S&P Aerospace & Defense (XAR), ne sont pas accessibles aux particuliers européens, faute de document d'informations clés (DIC) conforme à la réglementation européenne. Il faut passer par des ETF au format UCITS, cotés en Europe.
| ETF | Code | Zone | Frais annuels | Encours | PEA |
|---|---|---|---|---|---|
| VanEck Defense UCITS ETF | DFNS | Monde | 0,55 % | 6,1 Md€ | Non |
| WisdomTree Europe Defence UCITS ETF | WDEF | Europe | 0,40 % | 4,4 Md€ | Non |
| HANetf Future of Defence UCITS ETF | NATO | Pays de l'OTAN | 0,49 % | 2,8 Md€ | Non |
| iShares Global Aerospace & Defence UCITS ETF | DFND | Monde | 0,35 % | 1,6 Md€ | Non |
| Amundi Stoxx Europe Defense UCITS ETF | DEFS | Europe | 0,35 % | 0,55 Md€ | Non |
| BNP Paribas Easy Bloomberg Europe Defense UCITS ETF | GUARD | Europe | 0,35 % | 0,52 Md€ | Oui |
Encours et frais : données justETF au 17 septembre 2026, reprises par XTB.
Les ETF « Europe » ne sont pas tous éligibles au PEA : un fonds doit être investi à au moins 75 % dans des sociétés de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen, ce qui exclut ceux qui comptent environ un quart de valeurs britanniques (BAE Systems, Rolls-Royce, Babcock…). Les ETF mondiaux sont, eux, dominés par les groupes américains. Vérifiez aussi la concentration : dans un secteur étroit, les cinq premières lignes pèsent souvent une part importante du fonds.
La question éthique mérite d'être posée : certains investisseurs refusent de financer l'armement, d'autres considèrent la défense comme une condition de la sécurité et de la démocratie. Les labels et fonds ISR excluent souvent les armes controversées, parfois l'ensemble du secteur ; notre guide sur l'investissement ESG et éthique vous aidera à faire un choix cohérent avec vos convictions.
Enfin, la défense reste un secteur : y concentrer son épargne revient à parier sur un seul thème. Mieux vaut l'intégrer comme une poche limitée d'un portefeuille diversifié, en tenant compte du fait que ces valeurs sont plutôt classées parmi les actions défensives.
Parmi les courtiers qui donnent accès à ces marchés, Fortuneo propose un PEA et un compte-titres, XTB donne accès aux actions et ETF réels ainsi qu'aux CFD, et IG est une référence du trading de CFD. Comparez les frais de courtage, les frais de change et l'offre d'ETF avant de choisir, et limitez cette exposition sectorielle à une fraction de votre portefeuille.
Les guerres affectent les actifs financiers à travers leurs flux de trésorerie et l'action des banques centrales. Dans certains cas, l'effet est limité ; dans d'autres, toute la richesse financière d'un pays est anéantie. Voici les principaux risques à connaître.
En cas de guerre, les banques continuent généralement de fonctionner, mais les comptes des ressortissants de pays ennemis peuvent être gelés. En 2022, de nombreux pays ont gelé les comptes et saisi les biens (yachts, immobilier) d'oligarques russes et de leurs proches.
Un pays peut interdire ou limiter les sorties de capitaux, comme l'a fait la Russie dès le début de la guerre en 2022. La Chine limite elle aussi en permanence les montants que ses résidents peuvent transférer à l'étranger chaque année.
Pour financer l'effort de guerre, les États s'endettent et maintiennent souvent des taux d'intérêt artificiellement bas. Les épargnants perdent alors du pouvoir d'achat sur leurs liquidités et leurs obligations. Dans les cas extrêmes, l'inflation dégénère en hyperinflation, comme en Allemagne en 1923.
La Bourse de New York a fermé pendant quatre mois en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, mais est restée ouverte pendant la Seconde. D'autres places ont fermé pendant des années, privant les investisseurs de l'accès à leurs actions et obligations. En mars 2020, certains pays ont suspendu leurs marchés face au krach du Covid-19 sans résoudre le problème : à la réouverture, les cours ont simplement rattrapé ce qu'ils auraient fait, pendant que les investisseurs étaient bloqués.
Parfois, les marchés disparaissent purement et simplement, en général lors de révolutions (Russie en 1917-1918, Chine en 1949) ou d'hyperinflations. Le marché actions japonais a perdu environ 96 % de sa valeur réelle entre la Grande Dépression et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Autriche environ 95 % avec la Première Guerre mondiale et l'hyperinflation qui a suivi, et la France environ 93 % entre la Grande Dépression et l'Occupation.
La meilleure protection reste une bonne diversification entre actifs, classes d'actifs, pays, devises et entre actifs financiers et non financiers. Aucun placement ne résiste seul à tous les scénarios.
Si vous vivez dans un pays en guerre, la préservation de votre patrimoine ne sera pas votre priorité : nourriture, eau potable et sécurité de vos proches passeront avant tout. Cela dit, deux principes permettent de se prémunir contre ce risque : la portabilité des actifs et la diversification géographique.
Aussi solides soient-ils sur le long terme, les actions et l'immobilier ne vous serviront à rien si vous ne pouvez pas y accéder : fermeture des bourses et confiscation des terres sont fréquentes en temps de guerre. Les actifs les plus faciles à emporter sont :
Le revers de la médaille : un patrimoine portable est aussi facile à voler, même en temps de paix. Et transférer d'importantes sommes à l'étranger sans respecter les procédures (déclaration des sommes de 10 000 € ou plus en espèces, or ou valeurs à la frontière de l'UE) est illégal. Préserver son patrimoine est important ; éviter la prison l'est encore plus.
Enfin, l'actif le plus portable reste vous-même. Personne ne peut vous retirer vos connaissances et vos compétences. Comme le résumait Barton Biggs, l'intelligence et le savoir-faire sont peut-être les actifs les plus faciles à transporter pour préserver sa richesse.
Si vos actifs ne sont pas transportables, vous pouvez les répartir dans plusieurs pays avant qu'une crise n'éclate :
Quelle part de son patrimoine y consacrer ? Barton Biggs suggérait 5 à 10 %, soit de quoi repartir de zéro. Fuir son pays est un événement traumatisant ; survivre et pouvoir reconstruire, même en ayant perdu la majeure partie de ses économies, reste l'essentiel. Aucune de ces stratégies n'est infaillible : elles visent à réduire les incertitudes, pas à les éliminer.
Les marchés intègrent très vite les nouvelles géopolitiques. Vendre dans la panique au déclenchement d'un conflit revient souvent à vendre au plus bas. Gardez le cap fixé par votre horizon de placement.
Privilégiez les actions mondiales et l'immobilier, raccourcissez la duration de vos obligations et envisagez les obligations indexées sur l'inflation.
Une poche d'or (souvent 5 à 10 % du portefeuille) joue le rôle de réserve neutre, indépendante de tout État, en cas de crise monétaire ou géopolitique.
Répartissez votre épargne entre plusieurs zones géographiques, plusieurs devises et, si votre patrimoine le justifie, plusieurs établissements réglementés.
Conservez plusieurs mois de dépenses en liquidités disponibles et quelques actifs facilement mobilisables pour ne jamais être contraint de vendre au mauvais moment.
La guerre est imprévisible et dévastatrice, et la préservation du patrimoine y devient au mieux une préoccupation secondaire. Pour l'investisseur qui n'est pas directement touché, l'histoire est pourtant claire : le principal danger financier d'un conflit est l'inflation. Les actions mondiales, l'immobilier et les obligations à court terme ont historiquement le mieux protégé le pouvoir d'achat, tandis que les obligations longues ont été les grandes perdantes. Les valeurs de la défense profitent d'un cycle de réarmement de long terme, mais la correction de 2026 rappelle qu'elles ne sont pas un placement refuge : mieux vaut les sélectionner avec soin, ou passer par un ETF, et les limiter à une poche du portefeuille. L'or, qui a retrouvé sa place dans les réserves des banques centrales depuis le gel des avoirs russes, apporte une protection complémentaire, au prix d'une forte volatilité. Pour le trader, les valeurs refuges (or, dollar, yen, franc suisse, Treasuries) réagissent vite aux escalades, mais leurs hausses se dégonflent souvent tout aussi vite, comme l'ont montré les frappes contre l'Iran en 2026.
Pour ceux qui vivent dans une zone de conflit, la portabilité des actifs et la diversification géographique sont essentielles, à condition de les organiser avant que la crise n'éclate et dans le respect de la loi. Dans tous les cas, l'avenir ne ressemblera pas forcément au passé : personne ne peut garantir la sécurité d'un patrimoine en temps de guerre, mais une allocation diversifiée et disciplinée permet de faire face aux scénarios les plus difficiles. Espérons simplement ne jamais avoir à les tester.
Pour approfondir, consultez aussi notre guide comment investir lorsque la bourse baisse et notre guide complet pour investir en bourse.
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