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Krachs : Une histoire des crises boursières (2009)

Mis à jour le 20 juillet 2026 par Ludovic

Documentaire. Réalisé par Sylvain Bergère. Auteur : Stéphane Osmont. Produit par No One. Coproduit par l'Ina. Avec la participation de France 2.
Diffusé pour la première fois le 29 octobre 2009 sur France 2 dans la case documentaire Infrarouge, Krachs, une histoire des crises boursières raconte l'histoire de la finance à travers les crises qui l'ont secouée, de 1929 à la faillite de Lehman Brothers. Près de vingt ans après sa réalisation, ce film reste l'une des meilleures portes d'entrée en français pour comprendre pourquoi les krachs boursiers se répètent et pourquoi les mêmes mécanismes se sont rejoués en 2020, en 2024 et en 2025.

Points clés à retenir

  • Un documentaire de référence sur la mécanique des crises financières, construit à partir d'archives de l'Ina et d'entretiens avec des économistes reconnus.
  • Une lecture à rebours : le film part du choc d'octobre 2008 et remonte le fil jusqu'aux années 1920, en s'arrêtant sur six dates-charnières.
  • Un fil conducteur clair : dérégulation, crédit abondant, effet de levier, euphorie collective, puis retournement brutal et retour de l'État.
  • Toujours d'actualité : les krachs de mars 2020, d'août 2024 et d'avril 2025 reproduisent les schémas décrits dans le film.
  • À voir gratuitement : la vidéo intégrale est disponible ci-dessous.

Fiche technique du documentaire

ÉlémentDétail
TitreKrachs, une histoire des crises boursières
Année2009
RéalisationSylvain Bergère
Auteur / scénarioStéphane Osmont
ProductionNo One, en coproduction avec l'Ina
DiffusionFrance 2, collection Infrarouge (première diffusion le 29 octobre 2009)
Voix offAgnès Molinier
LangueFrançais
ThèmesKrachs boursiers, bulles spéculatives, dérégulation financière, crise des subprimes

Synopsis : de Lehman Brothers à 1929

Le 6 octobre 2008, les Bourses du monde entier entament leur descente aux enfers. La panique s'empare des marchés après la faillite retentissante de Lehman Brothers, la première d'une banque aussi puissante. Le grand public découvre alors un continent étrange et inquiétant, celui du shadow banking system, le système bancaire de l'ombre, peuplé de traders, de fonds spéculatifs, de produits structurés, de ventes à terme, de spéculations à la baisse, de paradis fiscaux et d'actifs toxiques. Dans le chaos ambiant, un vieil acteur qu'on croyait retiré fait son retour : l'État.

En s'arrêtant sur plusieurs dates-clés, le film remonte le compte à rebours qui a mené à la crise : l'avènement du néolibéralisme avec l'élection de Ronald Reagan, le « big bang » de la City en octobre 1986, la première alerte d'octobre 1987, le début de l'interminable crise japonaise en décembre 1989, la profusion de crédit à partir de septembre 2001, puis la crise des subprimes à l'été 2007. Un grand nombre d'archives permettent d'expliquer le contexte politique et social de chaque période dans laquelle ont évolué la finance internationale, la culture de l'argent roi, la starification des chefs d'entreprise et la magie du boursicotage. Quatre-vingts ans après 1929, un an après 2008, l'idée de ce documentaire est de décrypter et de comprendre les krachs boursiers qui ont conduit à la crise financière mondiale.

Les dates-clés retracées par le film

1
1929 : la matrice de tous les krachs
Spéculation à crédit, euphorie de masse et effondrement d'octobre. Le Dow Jones perdra près de 90 % de sa valeur entre 1929 et 1932, ouvrant la Grande Dépression et fondant l'imaginaire du krach boursier.
2
1980-1986 : la dérégulation
L'élection de Ronald Reagan et l'arrivée de Margaret Thatcher marquent le tournant néolibéral. Le « big bang » de la City, en octobre 1986, ouvre la finance londonienne à la concurrence internationale et à l'informatisation des marchés.
3
Octobre 1987 : la première alerte
Le 19 octobre 1987, le Dow Jones perd 22,6 % en une seule séance, la pire journée de son histoire en pourcentage. Le rôle des programmes automatiques de vente et de l'assurance de portefeuille est mis en cause.
4
Décembre 1989 : le sommet japonais
Le Nikkei culmine à près de 38 900 points le 29 décembre 1989, au terme d'une bulle immobilière et boursière historique. Il faudra plus de trente ans à l'indice pour retrouver ce niveau, en février 2024.
5
Septembre 2001 : l'ère de l'argent facile
Après l'éclatement de la bulle Internet et les attentats du 11 septembre, les banques centrales abaissent massivement les taux. Le crédit abondant alimente une nouvelle bulle, cette fois immobilière.
6
2007-2008 : subprimes et Lehman Brothers
La défaillance des crédits immobiliers à risque contamine des produits titrisés dispersés dans tout le système bancaire. La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, transforme une crise de crédit en panique boursière mondiale.

Les intervenants

Le documentaire donne la parole à des économistes, des journalistes et des praticiens des marchés, dont les analyses restent largement pertinentes aujourd'hui :

  • Patrick Artus, alors directeur de la recherche et des études économiques de Natixis, professeur associé à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne et enseignant à l'École polytechnique.
  • Nicolas Baverez, docteur en histoire, agrégé de sciences économiques et sociales, ancien élève de l'ENA, éditorialiste au Point et au Monde.
  • Daniel Cohen (1953-2023), professeur d'économie à l'École normale supérieure, l'une des grandes voix françaises de l'économie politique.
  • Marc Fiorentino, ancien PDG de la société de Bourse EuroLand Finance, chroniqueur, auteur de Un trader ne meurt jamais (2009) et de Tu seras un homme riche mon fils ! (2005).
  • Éric Le Boucher, alors directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Échos, ancien chroniqueur du Monde.
  • André Lévy-Lang, ancien président du directoire du groupe Paribas.
  • Bernard Maris (1946-2015), économiste, agrégé et docteur en économie, écrivain et journaliste, assassiné lors de l'attentat contre Charlie Hebdo.
  • André Orléan, directeur de recherche au CNRS, directeur d'études à l'EHESS, polytechnicien, auteur de Le Pouvoir de la finance (Odile Jacob, 1999), théoricien de l'autoréférentialité des marchés.
  • Marc Touati, économiste, alors directeur général délégué de la société d'investissement Global Equities.

Ce que le documentaire nous apprend encore aujourd'hui

Le film a été tourné en 2009, mais son schéma explicatif n'a pas vieilli. Il décrit un enchaînement que l'on retrouve dans presque toutes les crises financières.

1. Un récit crédible
Chaque bulle commence par une histoire vraie : le chemin de fer, l'électricité, Internet, l'immobilier américain, aujourd'hui l'intelligence artificielle. L'innovation est réelle, c'est le prix payé pour y accéder qui devient déraisonnable.
2. Du crédit bon marché
Sans dette abondante, pas de bulle de grande ampleur. Taux bas, achats sur marge et financements structurés démultiplient les montants engagés bien au-delà de l'épargne disponible.
3. Le mimétisme
André Orléan le résume dans le film : sur les marchés, on n'achète pas ce que l'on juge bon, on achète ce que l'on pense que les autres vont acheter. Cette logique autoréférentielle nourrit la hausse comme la chute.
4. L'opacité du risque
Titrisation, produits structurés, hors-bilan : plus le risque est fragmenté et complexe, moins personne ne sait qui le porte réellement. La découverte de cette ignorance déclenche la panique.
5. Le déclencheur
Une hausse de taux, un défaut, une mauvaise statistique : l'événement déclencheur est souvent secondaire. C'est la fragilité accumulée en amont qui détermine l'ampleur de la chute.
6. Le retour de l'État
Sauvetages bancaires, garanties publiques, injections de liquidité : la puissance publique intervient toujours, au prix d'un transfert de la dette privée vers la dette publique et d'un débat sur l'aléa moral.

Les krachs survenus depuis le tournage du film

Le documentaire s'arrête en 2009. Depuis, les marchés ont connu plusieurs épisodes de panique qui illustrent parfaitement les mécanismes qu'il décrit.

DateÉpisodeAmpleurCause principale
6 mai 2010Flash CrashLe Dow Jones perd près de 1 000 points en quelques minutes avant de rebondirTrading algorithmique et évaporation de la liquidité
Été 2011Crise des dettes souverainesChute des indices européens, forte tension sur les dettes périphériquesDoute sur la solvabilité de la Grèce et de l'Italie, dégradation de la note américaine
Août 2015« Lundi noir » chinoisLe Shanghai Composite recule de 8,5 % le 24 aoûtÉclatement de la bulle boursière chinoise et dévaluation du yuan
Février 2018VolmageddonLe Dow Jones cède 4,6 % le 5 février, effondrement des produits vendeurs de volatilitéRetour de l'inflation et positions courtes massives sur le VIX
Février-mars 2020Krach du Covid-19Le S&P 500 abandonne environ un tiers de sa valeur en un peu plus d'un moisArrêt brutal de l'économie mondiale, ruée vers la liquidité
2022Marché baissier des tauxLe Nasdaq perd environ un tiers sur l'année, le S&P 500 environ 20 %Inflation post-Covid, resserrement monétaire accéléré, guerre en Ukraine
5 août 2024Débouclage du carry trade sur le yenLe Nikkei chute de 12,4 %, sa pire séance depuis 1987Hausse surprise des taux japonais et liquidation forcée de positions à effet de levier
Avril 2025Choc tarifaire américainLe S&P 500 recule de près de 10 % en une semaine, Hong Kong perd 13,2 % le 7 avril, les principales places européennes cèdent plus de 10 %Annonce de droits de douane généralisés et craintes de guerre commerciale

Sources : données de marché publiques et presse financière. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Et en 2026 ? Le débat s'est déplacé vers les valorisations liées à l'intelligence artificielle et vers le niveau d'endettement qui les finance. Selon les données de Bank of America, une dizaine de grandes valeurs technologiques représentent désormais environ 40 % de la capitalisation du S&P 500, une concentration comparable à celle de la fin des années 1990. Les gérants restent partagés : certains voient une bulle de crédit en formation, d'autres soulignent que, contrairement aux start-up de 2000, les principaux acteurs affichent aujourd'hui des bénéfices élevés. Nul ne sait qui a raison — c'est précisément le message du documentaire : un krach n'est jamais prévu, il n'est expliqué qu'après coup.

Comment préparer son portefeuille à un krach

Le film ne donne aucun conseil d'investissement, mais l'histoire qu'il raconte suggère quelques principes de prudence, valables quel que soit le contexte de marché.

1
Définir sa véritable tolérance au risque
Chiffrez en euros, et non en pourcentage abstrait, la perte que vous pouvez supporter sans vendre dans la panique. Calibrez ensuite votre exposition aux actions en fonction de ce montant et de votre horizon de placement.
2
Diversifier réellement
Répartissez vos positions entre zones géographiques, secteurs et classes d'actifs. Détenir dix valeurs du même thème porteur n'est pas une diversification, comme l'ont appris les investisseurs de 2000 puis de 2008.
3
Maîtriser le levier
C'est la dette qui transforme une correction en catastrophe. Le levier accroît autant les pertes que les gains et peut provoquer une liquidation forcée au pire moment. Gardez une réserve de liquidités pour ne jamais vendre sous contrainte.
4
Écrire son plan avant la crise
Fixez à l'avance vos règles de vente, de renforcement et de rééquilibrage annuel. Une décision prise au calme vaut infiniment mieux qu'une réaction improvisée au milieu d'une séance à -8 %.
5
Investir progressivement et rester investi
Les versements programmés lissent les points d'entrée. Et les plus fortes hausses journalières se produisent généralement au cœur des périodes de panique : en avril 2025 comme en août 2024, le rebond a suivi le krach de quelques jours seulement.

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Points forts
  • Une pédagogie accessible, sans jargon financier inutile
  • Des archives de l'Ina qui restituent le climat de chaque époque
  • Des intervenants de premier plan, aux sensibilités variées
  • Une lecture historique longue, de 1929 à 2008
  • Disponible gratuitement et intégralement en ligne
Limites
  • Le film s'arrête en 2009 : ni Covid, ni inflation post-pandémie, ni IA
  • Une tonalité critique de la finance dérégulée qui ne fait pas l'unanimité
  • Peu de détails techniques sur les produits titrisés
  • Aucune dimension pratique pour l'investisseur particulier
  • Qualité d'image datée de la télévision de 2009

Conclusion

Krachs, une histoire des crises boursières reste, plus de quinze ans après sa diffusion, l'un des documentaires francophones les plus efficaces pour comprendre la répétition des crises financières. Son mérite n'est pas de prédire le prochain krach, aucun film ne le peut, mais de montrer que les ingrédients sont toujours les mêmes : une innovation séduisante, du crédit abondant, un effet de levier généralisé, une confiance collective qui se retourne d'un coup, puis l'intervention de l'État.

Pour un investisseur particulier, la leçon est moins spectaculaire qu'utile : la volatilité extrême fait partie du fonctionnement normal des marchés d'actions. Ce n'est pas l'anticipation du krach qui protège un portefeuille, mais la diversification, la maîtrise du levier et un plan écrit à l'avance. Vous retrouverez d'autres films sur le même thème dans notre sélection de documentaires et reportages sur la finance, et nos bases pédagogiques dans le guide comment devenir trader.

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