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Perte sèche (deadweight loss) : définition, calcul et exemples

Mis à jour le 05 octobre 2026 par l'Équipe de broker-forex.fr

La perte sèche, ou deadweight loss en anglais (parfois traduite par « charge morte » ou « perte de poids mort »), désigne la perte d'efficacité économique qui apparaît lorsque le marché d'un bien ou d'un service ne fonctionne pas à son point d'équilibre. Une taxe, un prix imposé, un monopole ou une subvention modifient la quantité échangée : une partie de la richesse qui aurait pu être créée ne l'est pas, et personne ne la récupère.

Cette notion de microéconomie sert à évaluer le coût caché d'une politique fiscale, d'un contrôle des prix ou d'une situation de faible concurrence. Ce guide explique comment la calculer, avec un exemple chiffré, puis passe en revue ses principales causes.

Points clés à retenir

  • La perte sèche est la part du surplus des consommateurs et des producteurs qui disparaît quand le marché s'écarte de son équilibre.
  • Sur un graphique offre-demande, elle prend la forme d'un triangle, dit triangle de Harberger.
  • Formule usuelle : ½ × écart de prix × écart de quantité.
  • Les taxes, prix plafonds, prix planchers, monopoles, subventions et externalités en sont les causes les plus courantes.
  • Plus l'offre et la demande sont sensibles au prix, plus la perte sèche est importante.

Qu'est-ce que la perte sèche ?

Sur un marché concurrentiel, le prix d'équilibre est celui pour lequel la quantité offerte est égale à la quantité demandée. À ce prix, tous les échanges avantageux pour les deux parties ont lieu, et le surplus total est maximal. Ce surplus se compose de deux éléments :

  • le surplus du consommateur : la différence entre ce que les acheteurs étaient prêts à payer et ce qu'ils paient réellement ;
  • le surplus du producteur : la différence entre le prix reçu par les vendeurs et le prix minimum auquel ils auraient accepté de vendre.

Dès qu'un élément empêche le marché d'atteindre cet équilibre, la quantité échangée change. Si elle diminue, des transactions qui auraient profité à l'acheteur comme au vendeur n'ont plus lieu. Si elle augmente artificiellement, des unités sont produites alors qu'elles coûtent plus cher qu'elles ne valent pour les acheteurs. Dans les deux cas, la valeur perdue constitue la perte sèche.

Graphique de la perte sèche : surplus du consommateur, surplus du producteur et triangle de perte sèche avec un prix fixé sous l'équilibre

Le graphique ci-dessus illustre le cas d'un prix fixé en dessous du prix d'équilibre. La quantité offerte recule, le surplus du consommateur et celui du producteur sont redistribués, et le triangle jaune représente la perte sèche : une richesse qui n'est captée ni par les acheteurs, ni par les vendeurs, ni par l'État.

Perte sèche ou simple transfert ?

Il ne faut pas confondre perte sèche et transfert. Lorsqu'une taxe est prélevée, la recette fiscale passe des acheteurs et des vendeurs vers l'État : c'est un transfert, pas une perte. La perte sèche correspond uniquement aux échanges qui ont disparu.

Comment calculer la perte sèche

Pour calculer la perte sèche, vous devez connaître quatre éléments : la quantité d'équilibre, la quantité réellement échangée, le prix payé par l'acheteur et le prix reçu par le vendeur pour cette quantité. Lorsque les courbes d'offre et de demande sont des droites, la perte sèche est l'aire d'un triangle :

Perte sèche = ½ × (prix payé par l'acheteur − prix reçu par le vendeur) × (quantité d'équilibre − quantité réelle)

Le premier terme mesure l'écart de prix créé par la distorsion (le montant de la taxe, par exemple). Le second mesure le nombre d'échanges qui n'ont plus lieu. Le coefficient ½ vient du fait que l'on calcule l'aire d'un triangle, et non celle d'un rectangle : les premières unités perdues avaient une forte valeur, les dernières une valeur presque nulle.

1
Repérer l'équilibre

Déterminez le prix et la quantité pour lesquels l'offre est égale à la demande en l'absence de distorsion.

2
Mesurer la quantité réellement échangée

Relevez la quantité vendue une fois la taxe, le prix imposé ou le pouvoir de marché pris en compte.

3
Mesurer l'écart de prix

Pour cette quantité, calculez la différence entre le prix que les acheteurs acceptent de payer et le prix auquel les vendeurs acceptent de vendre.

4
Appliquer la formule

Multipliez l'écart de prix par l'écart de quantité, puis divisez par deux.

Si les courbes ne sont pas linéaires, le principe reste le même, mais l'aire se calcule par intégration entre la quantité réelle et la quantité d'équilibre. La formule du triangle donne alors une approximation.

Exemple de calcul chiffré

Supposons que le prix d'équilibre d'un bien soit de 10 € et que la quantité d'équilibre soit de 100 unités. L'État instaure une taxe de 3 € par unité. Après la taxe, les acheteurs paient 12 €, les vendeurs ne reçoivent plus que 9 € et la quantité vendue tombe à 90 unités.

ÉlémentAvant la taxeAprès la taxe
Prix payé par l'acheteur10 €12 €
Prix reçu par le vendeur10 €9 €
Quantité échangée10090
Recette fiscale0 €3 € × 90 = 270 €
Perte sèche0 €½ × 3 € × 10 = 15 €

La perte sèche est donc de 15 € : ½ × (12 € − 9 €) × (100 − 90). Les 270 € de recette fiscale ne sont pas perdus, ils changent simplement de mains. En revanche, les 10 unités qui ne sont plus échangées auraient procuré 15 € de gain cumulé aux acheteurs et aux vendeurs, et ce gain a disparu.

Erreur fréquente

On rencontre parfois la formule « (prix d'équilibre − prix réel) × (quantité d'équilibre − quantité réelle) » sans le coefficient ½. Elle calcule l'aire d'un rectangle et surestime la perte sèche. Elle ignore aussi que le prix payé par l'acheteur et le prix reçu par le vendeur peuvent différer.

Taxes et perte sèche

Les taxes sont la source de perte sèche la plus étudiée. Elles agissent de deux manières.

Premièrement, une taxe creuse un écart entre le prix payé par l'acheteur et le prix reçu par le vendeur. Le prix payé monte, le prix reçu baisse, et la quantité échangée diminue. La répartition de la charge entre acheteurs et vendeurs dépend de leur sensibilité respective au prix : la partie la moins flexible supporte la plus grande part de la taxe.

Deuxièmement, les impôts modifient les comportements et l'affectation des ressources. Une fiscalité élevée sur les revenus du travail peut décourager l'activité ou inciter des ménages et des entreprises à s'installer dans une région moins taxée, comme on l'observe entre certains États américains à forte et à faible fiscalité.

Deux règles sont à retenir :

  • la perte sèche augmente plus que proportionnellement avec le taux : doubler une taxe multiplie à peu près par quatre la perte sèche ;
  • elle est d'autant plus forte que l'offre et la demande sont élastiques, c'est-à-dire sensibles au prix.

C'est pourquoi les systèmes fiscaux doivent être conçus avec soin : un taux trop élevé crée des effets dissuasifs et des comportements d'arbitrage qui peuvent finir par réduire les recettes fiscales elles-mêmes.

Prix plafond et perte sèche

Un prix plafond est un prix maximum fixé par les pouvoirs publics. S'il est placé en dessous du prix d'équilibre, la quantité demandée augmente tandis que la quantité offerte diminue : une pénurie apparaît.

Prenons le cas d'un prix de l'essence plafonné nettement sous son niveau de marché. Les distributeurs réduisent leurs approvisionnements, les automobilistes en demandent davantage, et l'on voit apparaître des files d'attente, du rationnement, voire un marché noir où le carburant se revend au-dessus du prix officiel. L'encadrement des loyers est un autre exemple classique : il protège les locataires en place, mais peut réduire l'offre de logements à louer.

La perte sèche correspond ici aux quantités que les vendeurs auraient fournies au prix d'équilibre et qui ne sont plus mises sur le marché.

Salaire minimum et prix plancher

Un prix plancher est un prix minimum. Placé au-dessus de l'équilibre, il produit l'effet inverse du plafond : la quantité offerte dépasse la quantité demandée. Le salaire minimum est le prix plancher le plus connu.

Dans le modèle concurrentiel standard, un employeur n'embauche que si la productivité attendue du salarié couvre son coût. Si le salaire minimum est fixé à 15 € de l'heure, un poste qui ne rapporte pas au moins 15 € de l'heure n'est plus viable.

Exemple : un petit café

Un café ouvert 300 heures par mois emploie 6 personnes par équipe, payées 10 € de l'heure. Sa masse salariale est de 6 × 300 × 10 € = 18 000 € par mois. Un salaire minimum de 15 € est instauré.

  • À effectif constant, la masse salariale passerait à 27 000 €, soit 9 000 € de plus par mois, ce que ses marges ne permettent pas d'absorber.
  • Obtenir 50 % de productivité supplémentaire de chaque salarié n'est pas réaliste.
  • Le café passe donc à 4 personnes par équipe (4 × 300 × 15 € = 18 000 €) et élargit leurs tâches : chacun prépare les boissons, tient la caisse et nettoie.

Quatre salariés sont mieux payés, mais avec davantage de responsabilités, et deux postes par équipe disparaissent. Les heures de travail qui ne sont plus échangées représentent la perte sèche.

Un débat empirique ouvert

Ce raisonnement repose sur un marché du travail parfaitement concurrentiel. Dans la réalité, de nombreuses études, à commencer par celle de Card et Krueger (1994), ont mesuré des effets faibles sur l'emploi pour des hausses modérées du salaire minimum. Lorsque les employeurs disposent d'un pouvoir de marché sur les salaires (monopsone), un salaire minimum peut même rapprocher le marché de son équilibre. L'ampleur de la perte sèche dépend donc du niveau du plancher et du contexte.

Monopoles et oligopoles

Une entreprise en situation de monopole, ou un petit groupe d'entreprises en oligopole, dispose d'un pouvoir de marché. Elle peut fixer un prix supérieur au prix concurrentiel en limitant volontairement la quantité vendue. Des clients qui auraient acheté à un prix plus proche du coût de production renoncent : c'est une perte sèche.

En principe, des prix élevés attirent de nouveaux concurrents qui font baisser les prix. Mais les barrières à l'entrée peuvent être considérables. Concurrencer un acteur dominant de la recherche en ligne ou de la vidéo, par exemple, suppose des investissements et une audience qu'un nouvel entrant met des années à réunir, s'il y parvient. Dans l'intervalle, la perte sèche persiste. C'est l'une des justifications des politiques de concurrence et du contrôle des concentrations.

Subventions

Une subvention agit comme une taxe inversée : elle abaisse le prix payé par l'acheteur ou relève le prix reçu par le producteur. La quantité échangée dépasse alors la quantité d'équilibre.

Si l'État subventionne la production de blé, les agriculteurs en produisent davantage et le prix de marché baisse. Des unités sont produites alors que leur coût dépasse la valeur que leur accordent les acheteurs, et des terres, du travail et du capital sont détournés d'autres usages plus utiles. Le coût de la subvention pour le contribuable est supérieur au gain cumulé des producteurs et des consommateurs : la différence est la perte sèche.

Externalités

Une externalité est un coût ou un avantage qui touche des tiers sans être reflété dans le prix de marché. L'exemple type est la pollution : une usine dégrade la qualité de vie des riverains, mais ce coût n'apparaît pas dans le prix de ses produits. Le prix est trop bas, la production trop élevée, et trop peu de moyens sont consacrés à la dépollution.

Ici, la perte sèche vient d'une surproduction par rapport à l'optimum social. C'est un cas où une taxe bien calibrée (taxe dite pigouvienne, comme une taxe carbone) peut réduire la perte sèche au lieu de l'augmenter, en réintégrant le coût caché dans le prix. À l'inverse, une activité qui génère des externalités positives, comme la recherche, tend à être sous-produite.

Ventes liées

La vente liée consiste à imposer l'achat d'un produit pour en obtenir un autre. Un ordinateur vendu obligatoirement avec un système d'exploitation, un écran et des accessoires de la même marque en est un exemple. L'acheteur paie pour des éléments dont il ne veut pas forcément, ou qu'il aurait préférés chez un autre fabricant. Des ressources sont ainsi consacrées à des produits qui ont moins de valeur pour leur acquéreur que ce qu'ils coûtent à produire.

Comment réduire la perte sèche

Les moyens de limiter la perte sèche visent tous à rapprocher le marché de son équilibre :

  • Lever les barrières qui empêchent le prix de s'ajuster, lorsque leur objectif peut être atteint autrement.
  • Adapter la structure fiscale : des assiettes larges et des taux modérés créent moins de distorsions que des taux élevés sur des assiettes étroites.
  • Renforcer la concurrence pour réduire le pouvoir de marché des vendeurs en place.
  • Améliorer l'information afin que les acheteurs et les vendeurs décident en connaissance de cause.
  • Réduire les coûts de transaction pour faciliter les échanges.
  • Corriger les externalités en faisant payer le coût réel des nuisances.

Une perte sèche n'est pas, à elle seule, un argument suffisant contre une politique. Un impôt finance des services publics, un salaire minimum poursuit un objectif de répartition. L'analyse économique consiste à comparer le coût en efficacité avec le bénéfice recherché.

Ce que la notion apporte
  • Elle chiffre le coût caché d'une taxe ou d'un prix imposé
  • Elle permet de comparer plusieurs politiques entre elles
  • Elle distingue les transferts des pertes réelles
  • Elle met en évidence le rôle des élasticités
Ses limites
  • Elle suppose de connaître les courbes d'offre et de demande
  • Elle ne dit rien de l'équité ni de la répartition
  • Elle repose sur un marché de référence parfaitement concurrentiel
  • Elle ignore les effets sur les autres marchés

Pourquoi cette notion intéresse les traders

La perte sèche relève de la microéconomie, mais elle éclaire des événements qui font bouger les marchés. Elle complète utilement l'analyse fondamentale :

  • Matières premières : subventions agricoles, taxes à l'exportation ou plafonnement des prix de l'énergie modifient les quantités produites et les cours.
  • Droits de douane : un tarif douanier est une taxe sur les importations. Il réduit les volumes échangés et crée une perte sèche dans le pays qui l'impose.
  • Actions : le pouvoir de marché d'une entreprise soutient ses marges, mais l'expose à des enquêtes des autorités de la concurrence.
  • Fiscalité des transactions : une taxe sur les transactions financières tend à réduire les volumes traités sur les titres concernés.

FAQ - Questions fréquentes

Qu'est-ce que la perte sèche en économie ? ▾
La perte sèche (deadweight loss en anglais) est la part du surplus total, celui des consommateurs et des producteurs, qui disparaît lorsqu'un marché ne fonctionne pas à son point d'équilibre. Elle correspond à des échanges mutuellement avantageux qui n'ont pas lieu, ou à des échanges réalisés alors qu'ils coûtent plus qu'ils ne rapportent.
Quelle est la formule de la perte sèche ? ▾
Avec des courbes d'offre et de demande linéaires, la perte sèche est l'aire d'un triangle : ½ × (prix payé par l'acheteur − prix reçu par le vendeur) × (quantité d'équilibre − quantité réellement échangée).
Pourquoi une taxe crée-t-elle une perte sèche ? ▾
Une taxe creuse un écart entre le prix payé par l'acheteur et le prix reçu par le vendeur. Certains échanges qui étaient rentables pour les deux parties ne se font plus. La recette fiscale n'est pas une perte sèche, puisqu'elle est transférée à l'État : seule la valeur des échanges disparus en est une.
Qu'est-ce que le triangle de Harberger ? ▾
C'est le nom donné à la représentation graphique de la perte sèche, d'après l'économiste Arnold Harberger qui en a popularisé la mesure dans les années 1950. Le triangle est délimité par la courbe d'offre, la courbe de demande et la quantité réellement échangée.
Une perte sèche peut-elle être nulle ? ▾
Oui, en théorie, sur un marché parfaitement concurrentiel, sans taxe, sans contrôle des prix et sans externalité, où le prix s'établit à l'équilibre. Elle est également nulle si l'offre ou la demande est totalement insensible au prix, car la quantité échangée ne change alors pas.

Conclusion

La perte sèche mesure la richesse qui disparaît lorsqu'un marché s'écarte de son équilibre. Elle se calcule, dans le cas le plus simple, comme l'aire d'un triangle : ½ × écart de prix × écart de quantité. Taxes, prix plafonds, prix planchers, monopoles, subventions, externalités et ventes liées en sont les principales sources.

Comprendre ce mécanisme aide à évaluer une décision de tarification, un niveau de production ou une mesure de politique économique, en gardant à l'esprit que l'efficacité n'est qu'un critère parmi d'autres. Pour replacer cette notion dans un cadre plus large, consultez notre guide de l'analyse fondamentale.

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